L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Tout dans la courbe 21 octobre 2008

Filed under: Roman — davide @ 11:27
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Voilà un livre qui aurait mérité qu’on le déteste. Bon d’accord je le déteste. Il avait tout pour me déplaire. Un héros un peu fadasse, des thatchéristes à la pelle, l’Angleterre des années quatre-vingt, peu d’action, quasiment pas d’essorage cérébral tortueux …

Et pourtant quel plaisir de lecture !

On suit la quête de Nick, alumni d’Oxford profitant de son amitié avec le fils d’un politicien montant pour se payer une collocation dans le quartier huppé de Notting Hill, quête avant tout de la beauté selon le concept hogarthien (en très gros, ce qui serpente est vivant donc beau, architecture ou fesses du susmentionné fils de politicien) et de la pensée du Maître (Henry James, apparemment). Dans les faits il s’agit pour Nick de profiter du parasitage d’une classe des plus aisées pour profiter du luxe qui lui est dû en toute oisiveté, car la beauté est le privilège des riches, à quelques exceptions près .

Soit, mais c’est sans compter la maîtrise diabolique qu’a Hollinghurst de son écriture, et la manière des plus subtiles qu’il trouve d’injecter la tragédie et la comédie dans son livre.

La tragédie, car il s’agit des années quatre-vingt et de l’Angleterre, une époque ou les fortunés et les politiciens vont se murer dans un délire néo-libéral qui conduira ce pays à la ruine culturelle et morale fumante qu’il est aujourd’hui à grands coups d’excès en tous genres, moins avouables les uns que les autres, et que notre héros n’aura de cesse de poursuivre sa quête de l’idéal de beauté mais aussi d’amour à travers des êtres qui n’ont qu’à lui offrir leur vacuité et leur égoïsme, jusqu’à sa confrontation directe avec la maladie et la mort, qu’il devra affronter terriblement seul, poursuivi par le souvenir d’une seule rencontre significative et réellement honnête, sans être vraiment sûr des raisons qui la lui ont fait rater.

Déjà ça, c’était fait pour me plaire.

Mais il y a aussi la comédie, intimement liée aux éléments précités, car  bien des situations tiennent du grotesque, du décalage total dans la vie de ces personnes dont le quotidien est tellement vide de sens que le moindre fait et geste devient le prétexte d’une fête, d’une jouissance ou d’un compliment, des personnages qui croient si fort au rôle qui leur est imposé, et auquel ils ne voient et ne veulent surtout voir aucune alternative, même quand leur propres proches sombrent dans la solitude, la folie et/ou la mort.

Et ça, ça peut être tellement drôle.

Le livre contient également la quantité et le dosage du mélange de substances psychoactives licites et illicites nécessaires à faire un boogie avec Margaret T.

Mais ne gâchons pas tout. Il s’agit aussi de relever l’excellent sens du rythme de l’auteur, à travers la subdivision du livre en trois parties, ce qui permet une véritable évolution des personnages et rend l’histoire ainsi racontée complète mais pas épuisante. Hollinghurst nous fait grâce du traitement par trop émotionnel et voyeuriste de certains sujets à scandale, évite les schémas narratifs dramatiques habituels, et laisse plein de trous noirs inquiétant, mais garde les préludes et les lendemains qui justement ne chantent pas. On évite ainsi toute catharsis, une douce tension est maintenue toute au long du livre, et on fait faire mine de rien sa gymnastique à son imagination, ce qui lui rend tout son galbe.

 

HOLLINGHURST, Alan. La ligne de beauté. Paris, Fayard, 2005 (Littérature étrangère). 537 p.

HOLLINGHURST, Alan. The line of beauty. London, Picador, 2004. 501 p.

Disponibilité (français)

Diponibilité CIT (anglais)

Disponibilité EVI, JON, MIN, SER (anglais)

 

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