L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Marche ou crève 23 octobre 2008

Filed under: Documentaire — Dominique @ 8:42
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Vous cherchez un de ces livres qu’on ne lâche pas avant le dernier mot ? Oubliez la série Millenium qui, à ce qu’en disent certains, fait des merveilles comme somnifuge, laissez tomber Stephen King et ses thrillers haletants, ignorez royalement les premiers Mary Higgins Clark (sans parler de ses dernières publications, davantage destinées à asseoir la réputation de la vieille dame et le compte en banque de son éditeur qu’à distraire les insomniaques). J’ai mieux à vous proposer.
A marche forcée est un document unique, dont Phébus a publié une nouvelle traduction en 2002, sur la suggestion de Nicolas Bouvier qui, malheureusement, n’aura pas le temps d’en rédiger la préface avant que la mort l’emporte.
Ce n’est pas son style qui en fait une lecture inoubliable, mais la trame de ce témoignage incroyable. Recueilli par un journaliste qui en a sciemment gardé le ton, ce récit, livré par un vieillard d’origine polonaise vivant à Londres débute par son arrestation, en 1939, à l’âge de 24 ans, par les Russes, alors qu’il était officier de l’armée polonaise. Slavomir Rawicz, de mère russe, parlait couramment cette langue, ce qui lui valut d’être soupçonné d’espionnage. Une détermination hors du commun lui permettra de traverser  un nombre incalculables de séances de torture sans qu’il avoue le forfait dont on l’accuse. A bout de forces, drogué, quasi inconscient, il finit par apposer son paraphe au bas d’une feuille listant ses pseudo-crimes, ce qui lui vaut d’être condamné à 25 ans de travaux forcés.
Je ne dirai rien du voyage inhumain qui le conduira, lui et des milliers d’autres prisonniers, jusqu’en Sibérie affronter un froid qu’on ne saurait imaginer, la faim perpétuelle et une surveillance drastique sous le regard débonnaire d’un Staline en noir et blanc encadré dans le bureau du chef de camp.
Saisissant une de ces chances qui, telle une météorite, ne traverse qu’une seule fois une existence et faisant preuve d’une audace hors du commun, Slavomir et six de ses frères d’infortune parviennent à s’échapper.
A peine croyable que certains aient survécu à ce périple à côté duquel un double marathon ferait figure de lancer de pain aux canards en eau calme, lorsqu’on sait que les compagnons ont traversé à pied toute la glaciale Sibérie, le cuisant désert de Gobi et l’indomptable Himalaya sans argent, presque sans vivres et chaussés de ce qui pourrait s’apparenter à une paire de charentaises, pour atteindre l’Inde, des mois plus tard…
Je ne suis pas une grande lectrice d’histoires vécues mais celle-ci m’a gardée vissée à mon siège de manière aussi efficiente qu’un décollage de 747, alors je ne peux que vous inviter à vous y plonger vous-même, le frisson ne se fera pas attendre bien longtemps.

RAWICZ, Slawomir. A marche forcée : à pied, du cercle polaire à l’Himalaya, 1941-1942. Paris, Phébus, 2002 (D’ailleurs)

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