L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Philippe Curval revisite les lois de la robotique? 16 décembre 2008

Filed under: Science fiction — Françoise A. @ 12:47

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Dans les années 30 du 21ème siècle, il a été décidé que l’éducation des jeunes enfants serait confiée à des robots spécialisés, qui eux, ne pourraient jamais être dépassés ni découragés. Les humains n’ont aussi plus aucun travail pénible à effectuer. D’ailleurs, pour chaque problème éventuel, il y a un quasi, ou un simili, ou même un matsushita. Pourtant, dans cet univers parfait, certains éléments de la population demandent le rétablissement du travail pour l’homme, alors que d’autres, tout aussi catégoriques, réclament l’émancipation des robots.

 

Noura M’Salem, lui, gagne magnifiquement sa vie : ses créations d’environnement virtuel sont très à la mode. Lorsqu’il reçoit l’ordre d’aller récupérer au garde-meuble le vieux robot Lothar qui l’a élevé, Noura est contraint de faire face à la question qui le hante depuis plusieurs années et à laquelle il n’a jamais voulu faire face jusque-là. Pourquoi ses parents biologiques l’ont-ils abandonné lorsqu’il avait 14 ans ?

 

La quête de Noura l’amène à renouer avec son tuteur directeur de théâtre en Roumanie, à faire la connaissance d’un informaticien de génie obèse, et d’une fille très très bizarre qui prétend être sa soeur. 

On ne peut pas ne pas penser au grand maître Asimov en lisant ce roman… Les lois de la robotique qui condamnent les robots à l’obéissance ne peuvent pourtant pas les empêcher de penser…

 

CURVAL, Philippe. Lothar blues. Paris, Laffont, 2008  

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Ian again 10 décembre 2008

Filed under: Divers,Roman — Dominique @ 11:07
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macewan_chesil1Moi, j’aime bien Ian MacEwan… Après avoir découvert Délire d’amour, un roman qui m’a tenue en haleine de bout en bout (vous pouvez lire dans ces pages un billet de David – à qui je n’ai PAS conseillé ce livre – qui ne vous poussera certainement pas à l’ouvrir, billet qui devrait vous inspirer la plus grande méfiance…), je me suis régalée avec Sous les draps, un recueil de nouvelles d’une pertinence glaçante, et j’ai fini par lire, avec une joie inégale, il faut bien le dire, tous ses livres. Si l’on peut à mon avis négliger Samedi et Amsterdam, ses derniers titres parus, qui, je le réalise maintenant, ne me laissent pas le moindre souvenir, on peut par contre se lancer à corps perdu dans Expiation ou d’autres romans plus anciens comme Un bonheur de rencontre ou L’innocent. Cette introduction pour vous montrer que je suis une fan presque inconditionnelle mais néanmois critique de l’oeuvre de cet Anglais sexagénaire dont on ne soupçonnerait pas sous ses airs de Brit à lunettes combien son esprit tordu couve de scénarios malsains.

Son dernier livre, Sur la plage de Chesil, débute avec le dîner de mariage d’Edward et Florence, nés dans les années 40, deux jeunes être innocents et bien élevés dont l’un ne rêve que de cette nuit de noces où, enfin !, il pourra tenir le corps nu de sa femme, découvrir ses seins, toucher sa peau, alors que l’autre, brebis apeurée, au fur et à mesure que les heures passent, voit grandir sa répulsion pour le peu qu’elle sait de ce qui se passera entre elle et son tout nouveau mari. Car elle s’est renseignée, non pas, ou très peu, auprès de ses amies, trop pudique, mais dans les pages d’un guide du couple à couverture rouge dont la lecture de certains mots, comme la « muqueuse vaginale », le terrible « gland luisant » mais surtout l’effroyable « pénétration », l’a littéralement horrifiée !

Au cours du repas, on tente d’apaiser à coups de « je t’aime » une tension qui devient palpable et c’est Florence, alors que les serveurs les ont enfin laissés seuls et que la sauce du rôti se fige dans les assiettes en porcelaine blanche, qui propose à Edward de se diriger – enfin ! – vers le lit. Celui-ci s’enhardit, pensant que son désir est partagé. Celle-là, par contre, sachant que de toute façon, elle doit « y passer », tente par cette proposition de passer par-dessus la peur irrationnelle qui l’habite.

Evidemment, cela ne pouvait que mal tourner. Et comme on est chez MacEwan, c’est même catastrophique.

A l’heure où les jeunes d’aujourd’hui sont condamnés à 14 ans pour avoir fait subir des tournantes à leurs petites camarades de classe et où Internet permet d’en savoir aussi long sur le sexe que n’importe quel réalisateur de films X, on se souvient difficilement qu’il y a moins de 50 ans pesait sur le couple une chape de non-dits et d’interdits. Dont a souffert notre gentil couple, trop poli, trop coincé, et surtout en déficience sidérante de communication. Car c’est de cela aussi qu’il s’agit, du fait qu’on ne parle pas de « ces choses », laissant son conjoint interpréter ses attitudes, ses gestes et ses paroles, plutôt que de s’exprimer ouvertement.

Certes, Sur la plage de Chesil n’est pas le meilleur livre que j’ai lu cette année, et ce n’est certainement pas mon titre préféré de MacEwan, mais il donne en 150 pages un aperçu du talent de son auteur.

MacEWAN, Ian. Sur la plage de Chesil. Paris, Gallimard, 2008 (Du monde entier)

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Le totem du loup 8 décembre 2008

Filed under: Roman — François @ 10:32
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Totem du loupEn 1965, en pleine révolution culturelle, Chen Zhen fait partie des jeunes instruits chinois envoyés de Pékin dans la steppe de Mongolie intérieure pour encadrer les populations rurales. Au contact des nomades, il va découvrir la vénération que les Mongols vouent au loup dont ils se prétendent les descendants et comment ces animaux régulent la vie de la steppe.

Contrairement aux Mongols, les Chinois veulent exterminer le loup car ils le craignent et le considèrent comme un frein au développement de l’élevage et donc contre-productif, malgré les mises en garde des populations nomades qui tentent vainement de les en dissuader.

Chen Zhen se passionne pour le loup, mais plus il en apprend, plus il se rend compte du décalage entre l’enseignement qu’il a suivi et le mode de vie des Mongols, ainsi que de l’antagonisme entre les Chinois, peuple de sédentaires cultivateurs dont le principal souci est de survenir aux besoins immédiats en nourriture et qui n’ont pas de vision à plus long terme, et les Mongols, peuple de chasseurs-éleveurs nomades, qui vivent en harmonie avec la nature et font très attention à ne pas épuiser les ressources qui les entourent.

Ce roman, parfois extrêmement dur lorsqu’il décrit certaines scènes de chasse, est aussi fortement autobiographique car l’auteur (qui écrit sous un pseudonyme) a passé plusieurs années dans la steppe de Mongolie intérieure dans les années 60.

D’une étonnante actualité en regard des problématiques environnementales, ce livre s’est vendu à plus vingt millions d’exemplaires en Chine quand bien même son message  peut être compris comme extrêmement critique envers la politique de ce pays.

JIANG, Rong. Le totem du loup. Paris, Bourin, 2008. 565 p.

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Si tu reviens 3 décembre 2008

Filed under: Roman — Cyrielle @ 5:27
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si-tu-reviensLorsque Amanda Travis apprend par son ex-mari Ben que sa mère, Gwen Price, est inculpée de meurtre, cela va complètement bouleverser la nouvelle vie qu’elle s’est bâtie à Miami.

Avocate renommée, elle refuse tout d’abord d’aider sa mère. D’ailleurs, la dernière fois qu’elle a été en contact avec elle c’était aux funérailles de son père dix ans auparavant à Toronto et leurs relations ont toujours été tumultueuses. Dans un premier temps, elle ne se sent pas le courage de remuer le passé et veut laisser de côté tous ces douloureux souvenirs. Elle finira tout de même par changer d’avis, poussée par le besoin de comprendre : Pourquoi sa mère a abattu un inconnu ? Pourquoi refuse-t-elle de s’expliquer autant auprès de la police que de son avocat ou de sa propre fille ? Quel est ce secret qui l’a fait agir de la sorte ? Elle décide donc finalement de tout faire pour aider cette mère qui s’est murée dans le silence, et de trouver les réponses aux questions qui la rongent.

De retour à Toronto, Amanda va vivre une enquête des plus mouvementées où elle découvrira de nombreux secrets qui, jusqu’à présent, avait été bien gardés. Amanda comprendra alors que durant toutes ces années où elle ne s’était pas entendue avec sa mère, celle-ci cherchait en fait à la protéger d’un terrible secret de famille.

Dans ce livre où le crime est mêlé à la romance, Joy Fielding emmène le lecteur sur le thème des blessures de l’enfance dans la relation mère-fille. C’est un roman riche en rebondissements qui ne laisse aucun répit.

FIELDING, Joy. Si tu reviens. Paris, Laffont, 2008. 361 p.

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Paroles d’enfant-soldat 2 décembre 2008

Filed under: Roman — Roane @ 10:02
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Quelque part en Afrique, la guerre civile. Une mère et une soeur sont évacuées par l’ONU, un père est exécuté d’une rafale de balles, un enfant est enrôlé dans une milice… Je vous propose la lecture d’un roman qui fait mal, mais qui témoigne malheureusement d’une réalité.

Obéir aux ordres, c’est la nouvelle vie d’Agu happé en pleine enfance. Avec son arme si grande qu’elle l’empêche de marcher droit, il doit tuer. Avec son petit corps, il doit violer. Avec ses mains innocentes, il doit caresser les nuits de son Commandant. Avec sa voix brisée, il murmure : « Maintenant on ressemble tous à des animaux ».

Quand je me souviens que j’ai fait des belles choses bien avant d’être soldat, eh bien là alors je me sens mieux. D’ailleurs si vraiment j’ai fait toutes ces belles choses avant la guerre et que maintenant je ne fais que mon boulot de soldat, comment même je peux être être un mauvais garçon, moi ?

Alan Mabanckou, l’auteur du remarquable et remarqué Mémoire de Porc-épic (Prix Renaudot 2006) a su très bien traduire les mots de l’auteur, Uzodinma Iweala, né aux USA, d’origine nigériane. Pourtant, il n’est pas facile de rendre la voix d’un petit garçon mais quand le  » Lietnant se gosille », que les hommes doivent être « au grade à vous » et qu’on « trébouche » de fatigue, nous lecteur sourions de ces jolis restes d’enfance… la « lame » à l’oeil.

IWEALA, Uzodinma. Bêtes sans patrie. Paris, Olivier, 2008. 175p.

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