L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Ian again 10 décembre 2008

Filed under: Divers,Roman — Dominique @ 11:07
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macewan_chesil1Moi, j’aime bien Ian MacEwan… Après avoir découvert Délire d’amour, un roman qui m’a tenue en haleine de bout en bout (vous pouvez lire dans ces pages un billet de David – à qui je n’ai PAS conseillé ce livre – qui ne vous poussera certainement pas à l’ouvrir, billet qui devrait vous inspirer la plus grande méfiance…), je me suis régalée avec Sous les draps, un recueil de nouvelles d’une pertinence glaçante, et j’ai fini par lire, avec une joie inégale, il faut bien le dire, tous ses livres. Si l’on peut à mon avis négliger Samedi et Amsterdam, ses derniers titres parus, qui, je le réalise maintenant, ne me laissent pas le moindre souvenir, on peut par contre se lancer à corps perdu dans Expiation ou d’autres romans plus anciens comme Un bonheur de rencontre ou L’innocent. Cette introduction pour vous montrer que je suis une fan presque inconditionnelle mais néanmois critique de l’oeuvre de cet Anglais sexagénaire dont on ne soupçonnerait pas sous ses airs de Brit à lunettes combien son esprit tordu couve de scénarios malsains.

Son dernier livre, Sur la plage de Chesil, débute avec le dîner de mariage d’Edward et Florence, nés dans les années 40, deux jeunes être innocents et bien élevés dont l’un ne rêve que de cette nuit de noces où, enfin !, il pourra tenir le corps nu de sa femme, découvrir ses seins, toucher sa peau, alors que l’autre, brebis apeurée, au fur et à mesure que les heures passent, voit grandir sa répulsion pour le peu qu’elle sait de ce qui se passera entre elle et son tout nouveau mari. Car elle s’est renseignée, non pas, ou très peu, auprès de ses amies, trop pudique, mais dans les pages d’un guide du couple à couverture rouge dont la lecture de certains mots, comme la « muqueuse vaginale », le terrible « gland luisant » mais surtout l’effroyable « pénétration », l’a littéralement horrifiée !

Au cours du repas, on tente d’apaiser à coups de « je t’aime » une tension qui devient palpable et c’est Florence, alors que les serveurs les ont enfin laissés seuls et que la sauce du rôti se fige dans les assiettes en porcelaine blanche, qui propose à Edward de se diriger – enfin ! – vers le lit. Celui-ci s’enhardit, pensant que son désir est partagé. Celle-là, par contre, sachant que de toute façon, elle doit « y passer », tente par cette proposition de passer par-dessus la peur irrationnelle qui l’habite.

Evidemment, cela ne pouvait que mal tourner. Et comme on est chez MacEwan, c’est même catastrophique.

A l’heure où les jeunes d’aujourd’hui sont condamnés à 14 ans pour avoir fait subir des tournantes à leurs petites camarades de classe et où Internet permet d’en savoir aussi long sur le sexe que n’importe quel réalisateur de films X, on se souvient difficilement qu’il y a moins de 50 ans pesait sur le couple une chape de non-dits et d’interdits. Dont a souffert notre gentil couple, trop poli, trop coincé, et surtout en déficience sidérante de communication. Car c’est de cela aussi qu’il s’agit, du fait qu’on ne parle pas de « ces choses », laissant son conjoint interpréter ses attitudes, ses gestes et ses paroles, plutôt que de s’exprimer ouvertement.

Certes, Sur la plage de Chesil n’est pas le meilleur livre que j’ai lu cette année, et ce n’est certainement pas mon titre préféré de MacEwan, mais il donne en 150 pages un aperçu du talent de son auteur.

MacEWAN, Ian. Sur la plage de Chesil. Paris, Gallimard, 2008 (Du monde entier)

Disponibilité

 

2 Responses to “Ian again”

  1. Armeno Says:

    Je ne sais pas si je vais lire quelques ouvrages de Mc Ewan, même si cette athmosphère british me semble pleine de promesses, mais j’aimerais bien découvrir une oeuvre de Dominique, dont l’humour et le sens de la description sont remarquables !
    « Sur la plage de Chesnil » pourrait quand même devenir une de mes lectures de Noël.

  2. dasola Says:

    Bonjour, personnellement, ce n’est pa mon roman préféré de Mc Ewan. J’ai même été déçue. Je ne comprends l’intérêt qu’il a eu de raconter cette histoire aujourd’hui. Je préfère nettement Expiation (pour moi son meilleur) et même Samedi ou Délire d’amour (voir mon billet du 25/10/08). Bonne fin d’après-midi.


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