L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Esme ou la vie volée 29 janvier 2009

Filed under: Divers — Dominique @ 5:21
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ofarrellPour des raisons un peu floues, j’ai un faible pour la littérature irlandaise. Je trouve que cette terre d’inspiration a enfanté une quantité incroyable, relativement à sa population (à peu près égale en nombre à celle de la Suisse), d’écrivains talentueux. Et encore, je ne parle que de ceux qui sont traduits en français. C’est pourquoi je considère toujours d’un oeil particulièrement affûté, un peu malgré moi, la production issue de la verte Erin. Par contre je n’avais jamais lu Maggie O’Farrell, dont le 4ème roman est paru l’année dernière chez Belfond. Une critique élogieuse, une couverture que personnellement je trouve tout à fait attrayante et l’intervention de plusieurs de mes collègues ont contribué à ce que je répare cette négligence en empruntant, puis en dévorant L’étrange disparition d’Esme Lennox. Le fait que ce roman tourne autour du secret de famille n’était de plus évidemment pas pour me déplaire. Iris est une jeune femme indépendante qui tient bon an mal an sa boutique de vêtements, a un amant marié, une mère lointaine et une grand-mère qui souffre de la maladie d’Alzheimer. Un coup de téléphone inattendu bouscule son quotidien : on la prie de venir « récupérer » sa grand-tante Esme, pensionnaire de l’asile de Cauldstone qui va bientôt fermer ses portes, car elle en est l’unique descendante…  Iris n’avait jamais entendu même prononcer le nom d’Esme, qui serait donc la soeur de sa grand-mère Kitty. Entre incrédulité et curiosité, elle se rend à Cauldstone pour tâcher de voir ce qu’elle pourrait bien faire de cette encombrante aïeule qu’elle imagine frappée de démence, et pour cause : elle croupit depuis plus de 60 ans entre les murs d’un asile situé à quelques kilomètres à peine de chez elle ! Au lieu de la vieillarde recroquevillée sur elle-même à laquelle elle s’attendait, elle trouve une dame digne, le regard fier et qui a l’air tout sauf dangereuse.
Continuons par deux jeunes filles à un bal. On est en Inde, dans les années 30. Kitty, l’aînée, est jolie, sage et raisonnable, Esme est rebelle et indépendante. L’une cherche un mari, l’autre pas. L’une se voit vivre comme sa mère selon un plan archi-connu qu’elle ne songerait pas à remettre en cause, l’autre rêve de poursuivre des études et refuse catégoriquement le destin de ses paires : être une bonne épouse, pondre quelques marmots et passer sa vie à s’ennuyer dans une grande maison tenue par un nuage de domestiques. Car, oui, elles viennent d’une famille de la haute bourgeoisie anglaise, qui finira par retourner vivre en Ecosse où se scellera l’avenir de chacune d’elles. Comme après la mort d’Hugo, le petit frère, plus personne n’a été autorisé à l’évoquer, ainsi en fut-il d’Esme. A 17 ans, trouvant ses frasques trop nuisibles à la bonne réputation de la famille, ses parents décidèrent de l’enfermer et il ne fut dès lors plus permis à quiconque de se souvenir d’elle. Voilà les bonnes manières des grandes familles bourgeoises pour ceux, et surtout celles, qui refusaient de rentrer dans le rang. Voilà comment l’on punissait les plus contestataires, celles qui entachaient l’honneur des leurs. Voilà comment des vies furent gâchées, et celle d’Esme en est un exemple tragique, elle qui était trop grande pour les limites que lui imposait son milieu. On découvre peu à peu avec Iris les mensonges, trahisons et déchirements qui ont broyé sans état d’âme l’existence d’une jeune femme pleine de vie et d’éclat.

O’FARRELL, Maggie. L’étrange disparition d’Esme Lennox. Paris, Belfond, 2008 (Littérature étrangère). 231 p.

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No Future 21 janvier 2009

Filed under: BD — JTH @ 3:54
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No Comment d'Ivan BrunNo comment d’Ivan Brun, auteur de BD, peintre et chanteur hardcore, est une suite de courts récits au dessin faussement naïf, sans paroles. Les phrases des différents personnages sont directement dessinées sous forme de logos.

Autant vous prévenir, Ivan Brun continue dans la lancée de ses précédents albums ! Bien que son style se soit assagi – il dessine des personnages ronds aux visages vaguement mangas – le fond de ses histoires est toujours aussi violent et pessimiste.

Dans les 14 histoires de ce one shot, qui aurait pu s’appeler « No Future », rien n’est épargné au lecteur. Aucune lueur d’espoir, aucune pitié. On se trouve spectateur, ou voyeur, de récits parfois exagérés, souvent crédibles. Des portraits peu flatteurs de la condition humaine avec toujours un point commun, des gens victimes d’un système qui les broie, dominés par leurs concitoyens et qui subissent ou reportent leur frustration sur d’autres, plus faibles. Entre ces histoires, quelques illustrations bien maîtrisées, qui à elles seules valent l’achat (ou au moins la lecture) de l’album.
Ces 85 pages « consommées », il reste un vague sentiment de malaise… Alors quoi ? Ouvrage un poil exhibitionniste qui dénonce avec un peu trop de complaisance ou récit dérangeant qui agit comme un électrochoc ? Une chose est sûre, cet ouvrage est revendicatif, ironique et passionnant. Tant le style graphique que la narration sont rafraîchissants… à condition de parvenir à surmonter la noirceur et la violence de certaines planches.

BRUN, Ivan. No Comment. [S.l.], Drugstore, 2008

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Mémoire d’éléphant 19 janvier 2009

Filed under: Roman — Roane @ 1:14
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Fin des années 70 à p1000321Lisbonne. Nous lecteur sommes invités à partager, le temps d’une journée, le cerveau d’un psychiatre qui touche le « fond du fond », comme il le dit à son meilleur ami. Séparé de sa femme depuis 5 ans, il pleure encore cet amour. Hanté par les 27 mois où il était engagé comme médecin dans la Guerre d’Angola, il ne peut accepter les propos racistes de ceux, trop nombreux, qui regrettent le régime de Salazar : « Répondez-moi, lui ordonna son collègue. Vous vous voyez en train de manger à la même table qu’un menuisier ? » Les fous dont il s’occupe lui paraissent tellement plus normaux et surtout plus agréables à côtoyer que ses collègues.

Quand on dit, réfléchit-il les mains dans les poches, en observant les séraphins du tord-boyaux, que les psychiatres sont fous, on touche sans le savoir le centre de vérité : dans aucune autre spécialité on ne rencontre autant d’êtres ayant le crâne aussi en tire-bouchon qui se soignent en imposant, par la persuasion ou par la force, des cures de sommeil à ceux qui viennent les trouver pour se retrouver…

Vous dire encore qu’Antonio Lobo Antunes a lui-même été médecin et a travaillé dans un hôpital psychiatrique, qu’il a connu les barbaries commises en Angola et que son divorce fut pénible. Ses phrases sont de longs serpents qui vous attrapent pour ne plus vous lâcher jusqu’à vous étouffer par cette tension intérieure qui s’en dégage. Heureusement, beaucoup de drôlerie se glisse entre les lignes, ce qui détend l’atmosphère.

Plus on connaît les hommes, plus on apprécie les appareils électroménagers, répondit-elle. Je vis maritalement avec une cuisinière à deux feux et nous sommes heureuses.

Ce livre est une belle entrée dans l’oeuvre imposante du grand auteur portugais car il aborde déjà tous ses thèmes fétiches. Ajoutons pour terminer qu’Antonio Lobo Antunes a obtenu en 2007 le prix Camões et a reçu cette année les insignes de Commandeur de l’Ordre des arts et des lettres (voir ici le discours de l’ambassadeur).

ANTUNES, Antonio Lobo. Mémoire d’éléphant. Paris, Bourgois, 1998

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ANTUNES, Antonio Lobo. Memoria de elefante. Lisboa, Vega, 1979

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L’aliéniste 15 janvier 2009

Filed under: Roman — davide @ 11:43
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alienistOn m’a reproché récemment de ne présenter que des livres dont les mots clés pourraient se résumer à « trash » et « homosexualité ». Ne voulant pas trop m’étendre sur le traumatisme ainsi subi dans ma carrière encore jeune et fraîche de bloggueur, je dois reconnaître que c’est vrai.

Du coup, et sur la recommandation d’un estimé collègue, je vous livre un article sur L’aliéniste de Caleb Carr, qui comporte meurtres en série, misère noire et prostitution enfantine, mais dont le seul trash qu’on puisse trouver est une description des plus polies du système d’égoûts primitifs du New York de la fin du 19ème siècle.

Car voilà, il s’agit d’un roman historique, mais pas que ça. Oh que non. C’est aussi un roman policier à tendance tueur en série tout à fait dans les normes, avec son héros un peu décadent (il fait beaucoup de peine à sa grand-mère), son équipe d’experts (l’expert en psychiatrie traumatisé dans son enfance, les faire-valoir humoristiques qui se révèlent être des experts en criminologie, le « people » qui fera de son mieux pour aider les héros mais qui est restreint par sa haute visibilité politique, en l’occurrence Théodore Roosevelt, ce qui est ma foi assez courageux de la part de l’auteur, le gosse des rues au passé criminel qui fera son Bildung au cours du roman et sauvera la vie du héros au moins une fois, le colosse terrifiant, bla bla, passé criminel, bla bla, cache un cœur d’or et une sensibilité rare, et enfin la femme, qui malgré l’époque telle qu’on la connaît, veut être policière, et est le seul personnage possédant en permanence une arme à feu et un caractère de catcheuse en manque d’action). La digression sur la place des femmes dans ce roman mérite d’ailleurs une fermeture de parenthèse pour s’y étendre ; ladite drôle de dame mise à part, on ne croise quasiment pas de personnages féminins, ou très brièvement et, souvent, dans des rôles de mères de victimes ; l’autre femme bénéficiant d’un rôle de choix s’avère être un cas psychiatrique guéri mais qui conserve une aptitude à la violence à faire rougir John Rambo. Il semblerait que l’auteur, conscient de la misogynie historique propre aux domaines explorés par ses héros, ait senti le besoin de mettre un peu de féminité dans ses épinards, mais que par effet de compensation celle-ci s’exprime par une assurance et un désir de punir le monde entier qui est juste au-delà du crédible. Bref ça ne regarde que lui ; revenons au livre.

On pourrait dire que ce roman est au style roman à tueurs en série contemporains ce que le steampunk est au cyberpunk; ou, pour m’exprimer de manière compréhensible, qu’on y retrouve systématiquement les mêmes ingrédients, mais à la sauce de grand-mère. J’ai déjà mentionné l’équipe d’experts, mais on relève également leur propension à la découverte de cadavres à haute et tortueuse valeur symbolique psychologique (Freud est mentionné comme un jeune fou aux théories avant-gardistes), l’utilisation des techniques de criminologie de pointe (le passage où il est question de reconnaissance d’empreintes digitales comme technique subversive et en marge des méthodes policières est des plus amusants, celui de la théorie de la dernière image vue par la victime imprimée sur la rétine l’est un peu moins, et c’est un bonheur de la voir expédiée de la sorte), le travail d’enquête porte à porte, au contact de sympathiques minorités ethniques qui permet à l’experte de montrer qu’en plus d’être l’élément le plus dangereux de l’équipe, elle est aussi la plus polyglotte, et enfin le classique voyage à l’autre bout du pays pour revenir sur le passé du tueur.

Mais à part ça, le reste n’est pas mal. J’ai beaucoup, beaucoup apprécié la présentation de New-York de 1896, en transition de port sordide qu’elle était vers la capitale économique étincelante qu’elle ne peut que devenir, avec tout ce que cela implique de sacrifices humains et de vice et de débauche. On me rapporte que la recherche des faits historiques de la vie quotidienne est plutôt exacte ; elle est du moins crédible, j’ai parfois regretté que l’enquête doive suivre son cours tant l’aspect documentaire du roman était bien ficelé.

Finalement, on se laisse prendre au jeu de l’auteur, on fait grâce des quelques lenteurs dues probablement aux déplacements uniquement faits à pied, en calèche ou en train à vapeur, et on se laisse sournoisement gagner par le désir d’en savoir plus sur l’esprit malade qui sévit dans la ville ; on frémit un peu également des retombées politiques de ses actions, même si elles restent pour le moins anecdotiques, tant les personnages sont issus ou protégés des classes aisées.

Finalement, on assiste à une fin un peu insipide mais adéquate, avec pour seule grosse mouche dans la soupe la constatation qu’un fois le méchant mis hors d’état de nuire, la ville peut poursuivre sa glorieuse destinée vers un avenir plus propre et plus sûr grâce à une meilleure compréhension des processus et contextes qui font d’individus potentiellement bons, charmants et gentils des bouchers psychomalades secoués de tics nerveux à peine capables de réserver une table au restaurant, ce qui, vu que nous nous trouvons maintenant dans cet avenir plus propre et plus sûr, assoit ce roman très fermement dans le domaine de la fiction la plus pure.

 

CARR, Caleb. L’aliéniste. Paris, Presses de la cité, 2004. 490 p.

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Mort au hérisson, vive le porc-épic ! 12 janvier 2009

Filed under: Roman — Roane @ 12:13
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p1000475Si comme vos « hibouquineurs » préférés, vous vous goinfrez de livres, vous avez bien évidemment entendu dire énormément de bien de L’élégance du hérisson de Muriel Barbery. Si vous abondez dans ce sens, d’un clic quittez ce blog car je vais égratigner la bestiole… Encore là ? Bien. Je vais donc vous dire pourquoi j’ai de suite détesté cette Renée, concierge nippophile du 16ème arrondissement. Son occupation principale (hormis se délecter des films d’Ozu) c’est casser du bourgeois avec Paloma, la fifille surdouée d’une famille aisée de l’immeuble. Quoi de plus banal en littérature que de proclamer que la culture ne s’acquiert pas uniquement à l’école, que les intelligences sont multiples et que les « petites » gens sont souvent (mais pas toujours) de « grandes » et magnifiques personnes ? La belle affaire, je vous trouve des dizaines de romans qui montrent cela avec tellement plus de finesse ! Comment ressentir une once de sympathie pour ces deux pipelettes qui, du haut de leur supériorité affichée, jouent de l’arrogance et de la morale comme d’un tocsin ? Comment un roman bourré de stéréotypes, de citations alambiquées dégoulinantes de populisme peut-il plaire autant ? Comme l’agrégée de lettres Judith Bernard (lire ici son billet d’humeur) je m’interroge et me désespère de ce succès en criant à qui veut l’entendre : « Mort au hérisson, vive le porc-épic ! » et lisez plutôt une authentique fable philosophique : Mémoires de porc-épic, de l’africain Alain Mabanckou (voir ici son site).

Porc-épic raconte à Baobab sa vie de « double nuisible » qui consistait à être au service d’un être humain.

à vrai dire, je n’ai rien à envier aux hommes, je me moque de leur prétendue intelligence puisque j’ai moi-même été le double de l’homme qu’on appelait Kibandi et qui est mort avant-hier…

Ce dernier, initié à l’âge de 10 ans à l’insu de sa famille, n’éprouve dès lors plus de sentiments tels que la pitié, le remords ou la miséricorde. Ainsi, lorsque Kibandi, son alter ego humain, se sent blessé ou humilié, il envoie son animal commettre des meurtres. Il commencera par tuer, à l’aide de ses piquants, la jeune fille qui n’a pas voulu de son protégé comme fiancé. Puis c’est le tour d’Amédée qui vient de terminer ses études en Europe : Kibandi lui reproche de penser comme ces Blancs qui veulent que les Africains soient « exotiques et continuent à s’habiller en peaux de léopards et habiter dans les arbres ». Et puis les crimes s’enchaînent, son maître devenant de plus en plus hargneux à force de « manger » ses ennemis et boire du vin de palme. Jusqu’au jour où le porc-épic doit envoyer ses pics sur un nouveau-né…

MABANCKOU, Alain. Mémoires de porc-épic. Paris, Seuil, 2006

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BARBERY, Muriel. L’élégance du hérisson. Paris, Gallimard, 2007

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Vineland 8 janvier 2009

Filed under: Roman — davide @ 11:16
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vinelandVineland de Thomas Pynchon est un des ouvrages qui figure en bonne place sur ma liste de lecture, tant lire tout Pynchon est pour moi l’équivalent d’un sauna suivi d’une plongée en bassin à 8°C,  d’un visionnage de l’intégrale d’une série d’anime japonaise et de la consommation d’un paris-brest géant au chocolat, SIMULTANEMENT.

On retrouve ici les petits bonheurs à la Pynchon : la paranoïa conspirative, la lutte désespérée contre l’emprise étatique sur le biopouvoir , un certain pimentage de la vie « ordinaire » par le surnaturel, et une description étonnamment lucide de nos sociétés occidentales.

Ces joyeux ingrédients s’accommodent pour cet opus à la sauce post-hippie américaine, en particulier autour du personnage de Brock Vond, agent de la DEA complètement fou, mais aussi amoureux de Frenesi, une ex-activiste ex-cinéaste qui a vendu ses collègues de lutte à la faveur de son fétichisme de l’uniforme. Ses actions ont eu un nombre de conséquences pour ses connaissances et sa famille, qui se retrouvent tous sur le grill dès le moment où elle n’est plus couverte par le programme de protection des témoins et à nouveau la cible du fonctionnaire fou susmentionné. On les suit dans leurs fuites respectives en commençant par son ex-mari, et au gré de leurs rencontres on remonte le cours du temps et on découvre peu à peu ce qui les a menés à leur situation présente.

Ce livre est relativement court pour un Pynchon, mais il reste néanmoins une bonne vingtaine de personnages principaux qui se croisent, se recroisent et flash-backent dans la joie, la bonne humeur et la nostalgie d’une époque où les idéaux avaient bon teint. Un humour assez décapant et grotesque est également présent, mais il repose beaucoup sur le ridicule des bons (au sens le plus large du terme) sentiments des personnages, plutôt que sur l’horreur absolue d’une situation cauchemardesque, sans issue et presque intangible (personnellement, c’est ça qui me fait rire chez Pynchon, mais bon, quand j’étais petit, mes parents me laissaient regarder Benny Hill à la télévision).

De plus, et malgré ce que j’ai pu écrire plus haut (car je partage avec le pokémon moyen  la caractéristique d’être en constante évolution) j’ai beaucoup regretté l’ancrage dans une réalité par trop concrète, qui à certaines exceptions près, est bien celle qui nous a conduits à notre situation socio-politique actuelle. Habituellement, Pynchon est à même de créer un monde fictif suffisamment éloigné du nôtre pour que notre inconscient y puise d’inquiétants similis, alors que là tout ce que mon inconscient a pu puiser fut une certaine lassitude envers des personnages bien faibles et de loin pas assez punis pour leurs faiblesses.

On butera également sur le happy-end un peu expéditif et compréhensible, qui ne laisse ni la possibilité d’imaginer une conclusion très personnellement satisfaisante, ni celle d’être infecté par une saine et vigoureuse colère teintée de révolte pour toute forme d’oppression hypocrite (je vous laisse décider laquelle des deux options est celle que je choisis le plus souvent), ou un mélange bien équilibré des deux.

 

PYNCHON, Thomas. Vineland. Paris, Seuil, 1991 (Fiction et Cie ; 136). 404 p.

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Blanc sur Noir, ou l’Amérique des années 60 5 janvier 2009

Filed under: Roman — Françoise A. @ 11:58
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97827526049582Je viens de découvrir un peu par hasard cette auteure de romans policiers. D’ailleurs, nous n’avons qu’un titre de cette série pour l’instant. Les héros forment un drôle de couple. Il y a Smokey Dalton, un détective  Noir et pauvre et Jimmy, enfant de la rue, Noir et pauvre aussi. Tous deux ont dû fuir Memphis car le FBI les recherche, ou plus exactement recherche Jimmy. Il faut dire que nous sommes en 1968, que Martin Luther King a été assassiné, et que Jimmy a vu l’assassin du pasteur.

Dans cet épisode, Smokey et Jimmy se sont réfugiés à Chicago, Noël approche et Smokey se demande s’il va vraiment participer à la fête autour du sapin, étant donné qu’il n’a pas le sou. Son voisin non plus, mais ce dernier lui explique tranquillement qu’il suffit de voler un arbre pour qu’il n’ait plus de problème.

Smokey a beau avoir dû changer de nom, le bouche à oreille fait que très vite la communauté noire sait qu’il aide les gens et « fait » le détective à ses heures. Une dame vient le trouver et lui demande d’élucider le meurtre de son mari, trouvé mort adossé à un tronc d’arbre dans un parc. Le meurtre date de plusieurs semaines et Madame Foster a l’impression que la police se désintéresse de l’histoire : un Noir assassiné, même dentiste, cela ne peut être qu’un sordide réglement de compte. Seule piste, quelques clichés pris par un jeune photographe « free-lance », Saul Epstein. Smokey fait la connaissance du photographe, un jeune homme blanc qui vit avec sa grand-mère et qui sort avec une jeune femme noire. Ce qui ramène notre détective à sa propre histoire car il est amoureux de Laura qui, elle, est Blanche, riche de surcroît, et qui se débat avec un héritage compliqué. (D’après ce que j’ai compris, son rôle dans cet épisode est peu important par rapport à d’autres romans de la série).

Vous me direz que j’insiste lourdement sur la question raciale, mais l’auteure en a même fait le titre de ce roman Elle décrit à merveille le cloisonnement des quartiers de Chicago où la présence d’un Noir dans un quartier blanc est considérée comme une provocation, (et réciproquement ?) et nous fait sentir la pesanteur des rapports sociaux dans l’Amérique de la fin des années 60.

Ajoutez à cela que le photographe et sa compagne se font sauvagement agresser, que Jimmy se fait approcher par un gang des rues, et que Smokey fait tout pour que le petit ne se fasse pas couler, vous aurez un peu l’atmosphère de cet attachant  polar en noir et blanc.

 

NELSCOTT, Kris. Blanc sur noir. La Tour d’Aigues, Aube, 2008 (Aube poche)

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