L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Mort au hérisson, vive le porc-épic ! 12 janvier 2009

Filed under: Roman — Roane @ 12:13
Tags:

p1000475Si comme vos « hibouquineurs » préférés, vous vous goinfrez de livres, vous avez bien évidemment entendu dire énormément de bien de L’élégance du hérisson de Muriel Barbery. Si vous abondez dans ce sens, d’un clic quittez ce blog car je vais égratigner la bestiole… Encore là ? Bien. Je vais donc vous dire pourquoi j’ai de suite détesté cette Renée, concierge nippophile du 16ème arrondissement. Son occupation principale (hormis se délecter des films d’Ozu) c’est casser du bourgeois avec Paloma, la fifille surdouée d’une famille aisée de l’immeuble. Quoi de plus banal en littérature que de proclamer que la culture ne s’acquiert pas uniquement à l’école, que les intelligences sont multiples et que les « petites » gens sont souvent (mais pas toujours) de « grandes » et magnifiques personnes ? La belle affaire, je vous trouve des dizaines de romans qui montrent cela avec tellement plus de finesse ! Comment ressentir une once de sympathie pour ces deux pipelettes qui, du haut de leur supériorité affichée, jouent de l’arrogance et de la morale comme d’un tocsin ? Comment un roman bourré de stéréotypes, de citations alambiquées dégoulinantes de populisme peut-il plaire autant ? Comme l’agrégée de lettres Judith Bernard (lire ici son billet d’humeur) je m’interroge et me désespère de ce succès en criant à qui veut l’entendre : « Mort au hérisson, vive le porc-épic ! » et lisez plutôt une authentique fable philosophique : Mémoires de porc-épic, de l’africain Alain Mabanckou (voir ici son site).

Porc-épic raconte à Baobab sa vie de « double nuisible » qui consistait à être au service d’un être humain.

à vrai dire, je n’ai rien à envier aux hommes, je me moque de leur prétendue intelligence puisque j’ai moi-même été le double de l’homme qu’on appelait Kibandi et qui est mort avant-hier…

Ce dernier, initié à l’âge de 10 ans à l’insu de sa famille, n’éprouve dès lors plus de sentiments tels que la pitié, le remords ou la miséricorde. Ainsi, lorsque Kibandi, son alter ego humain, se sent blessé ou humilié, il envoie son animal commettre des meurtres. Il commencera par tuer, à l’aide de ses piquants, la jeune fille qui n’a pas voulu de son protégé comme fiancé. Puis c’est le tour d’Amédée qui vient de terminer ses études en Europe : Kibandi lui reproche de penser comme ces Blancs qui veulent que les Africains soient « exotiques et continuent à s’habiller en peaux de léopards et habiter dans les arbres ». Et puis les crimes s’enchaînent, son maître devenant de plus en plus hargneux à force de « manger » ses ennemis et boire du vin de palme. Jusqu’au jour où le porc-épic doit envoyer ses pics sur un nouveau-né…

MABANCKOU, Alain. Mémoires de porc-épic. Paris, Seuil, 2006

Disponibilité

BARBERY, Muriel. L’élégance du hérisson. Paris, Gallimard, 2007

Disponibilité