L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Mémoire d’éléphant 19 janvier 2009

Filed under: Roman — Roane @ 1:14
Tags:

Fin des années 70 à p1000321Lisbonne. Nous lecteur sommes invités à partager, le temps d’une journée, le cerveau d’un psychiatre qui touche le « fond du fond », comme il le dit à son meilleur ami. Séparé de sa femme depuis 5 ans, il pleure encore cet amour. Hanté par les 27 mois où il était engagé comme médecin dans la Guerre d’Angola, il ne peut accepter les propos racistes de ceux, trop nombreux, qui regrettent le régime de Salazar : « Répondez-moi, lui ordonna son collègue. Vous vous voyez en train de manger à la même table qu’un menuisier ? » Les fous dont il s’occupe lui paraissent tellement plus normaux et surtout plus agréables à côtoyer que ses collègues.

Quand on dit, réfléchit-il les mains dans les poches, en observant les séraphins du tord-boyaux, que les psychiatres sont fous, on touche sans le savoir le centre de vérité : dans aucune autre spécialité on ne rencontre autant d’êtres ayant le crâne aussi en tire-bouchon qui se soignent en imposant, par la persuasion ou par la force, des cures de sommeil à ceux qui viennent les trouver pour se retrouver…

Vous dire encore qu’Antonio Lobo Antunes a lui-même été médecin et a travaillé dans un hôpital psychiatrique, qu’il a connu les barbaries commises en Angola et que son divorce fut pénible. Ses phrases sont de longs serpents qui vous attrapent pour ne plus vous lâcher jusqu’à vous étouffer par cette tension intérieure qui s’en dégage. Heureusement, beaucoup de drôlerie se glisse entre les lignes, ce qui détend l’atmosphère.

Plus on connaît les hommes, plus on apprécie les appareils électroménagers, répondit-elle. Je vis maritalement avec une cuisinière à deux feux et nous sommes heureuses.

Ce livre est une belle entrée dans l’oeuvre imposante du grand auteur portugais car il aborde déjà tous ses thèmes fétiches. Ajoutons pour terminer qu’Antonio Lobo Antunes a obtenu en 2007 le prix Camões et a reçu cette année les insignes de Commandeur de l’Ordre des arts et des lettres (voir ici le discours de l’ambassadeur).

ANTUNES, Antonio Lobo. Mémoire d’éléphant. Paris, Bourgois, 1998

Disponibilité

ANTUNES, Antonio Lobo. Memoria de elefante. Lisboa, Vega, 1979

Disponibilité

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s