L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

contre les jouets sexistes 27 février 2009

Filed under: Documentaire — davide @ 5:19
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contre_les_jouets_sexistesLe thème est simple : les jouets que nous offrons (pour être plus précis : que VOUS offrez, ou avez offerts à vos enfants), sont un des vecteurs principaux de comportements machistes, de la soumission acceptée et de l’inégalité de traitement dans la plupart des domaines de la vie en société entre les femmes, et les hommes.

 

Je plaisante.

 

En fait, on commence par une explication rapide de la notion de genre, différente de la notion de sexe. Ceci conduit à une analyse plus poussée de certains cas de figure où les auteurs soulignent et explicitent les comportements que génèrent certains jouets, mais aussi quels comportements et points de vue adultes entourent l’utilisation de ces jouets. On découvre par exemple que la plupart des jouets sont destinés à un genre bien défini (panoplies diverses associées à des corps de métiers, miniatures d’ustensiles ménagers), mais aussi que leur valeur est de ce point de vue différente (une petite fille utilisant un établi de petit chimiste est tolérable mais un petit garçon jouant à la poupée beaucoup moins).

On en apprend également un petit peu sur les stratégies publicitaires des vendeurs de jouets, qui non seulement s’appuient, mais usent et abusent d’une imagerie profondément primitive (et j’insulte ainsi le primitivisme). Les figurines de héros pour petits garçons, par exemple, ne sourient guère et sont rarement, d’un point de vue physique, des prétendants à la prochaine académie des étoiles. Imaginons une poupée Barbie sans son 91/54/79, sa blondeur et son sourire dentu : impossible.

Bref, au fil d’exemples bien reliés entre eux, on nous montre ici à quel point le rôle sexué des enfants est véritablement dicté par leurs jouets (et les attentes de leurs parents). D’un côté les filles sont éloignées des objets encourageant l’intérêt pour les sciences dures, les activités physiques ou professionnelles violentes et sciemment préparées à leur rôle de mère ou d’objet (je dis objet mais c’est une autre mot auquel je pense, je vous laisse le découvrir par vous-même), où leur seule valeur repose sur la capacité à répondre aux critères de beauté imposés par leur milieu et à se tenir tranquilles (au propre comme au figuré).

Le petits garçons ne sont pas en reste : il est exigé d’eux qu’ils soient vifs, actifs, bruyants, mais aussi violents, impitoyables, prompts à considérer la compétition comme seule et unique voie d’existence sociale.

Je m’étendrais plus longtemps sur cet ouvrage, mais je n’en ai pas besoin : il est intéressant, foisonnant d’exemples, seulement un petit peu en reste d’objectivité, mais il illustre avant tout un état de fait.

J’en profite ici pour dire ceci aux adeptes du « [voix geignarde] mais si tout le monde fait déjà comme ça à quoi ça sert d’essayer de changer le monde » : inutile d’essayer de changer le monde, en prendre véritablement conscience est déjà un pas de géant.

Finalement, ce livre est tout simplement nécessaire à tout jeune parent, mais connaissant leur susceptibilité, évitez de le leur offrir, même comme plaisanterie.

Enfin, moi je le ferai, mais bon.

 

COLLECTIF. Contre les jouets sexistes. Paris, Echappée, 2007 (pour en finir avec). 158 p.

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Se plonger dans un bon manga 20 février 2009

Filed under: BD — florent @ 1:01
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Undercurrent de Toyoda

Undercurrent de Toyoda

La variété des thèmes et des sensibilités de la bande dessinée japonaise ne cesse de me surprendre. Undercurrent raconte un épisode de la vie de Kanae, la patronne d’un établissement de bains publics, les typiques sentô japonais (article Sentô sur Wikipedia).  Son travail compte beaucoup dans la vie de l’héroïne. C’est une affaire de famille, héritée de ses parents, et dans laquelle elle travaillait avec son mari. Or celui-ci a mystérieusement disparu et elle tente de faire face à cette situation, tant sur le plan professionnel que personnel. La disparition de son mari et l’arrivée d’un nouvel employé pour le remplacer vont  la confronter à ses choix de vie ainsi qu’à un traumatisme de son passé. L’intervention d’un détective privé loufoque ainsi que de personnages secondaires parfois comiques donnent en contrepartie une touche de légèreté et d’humour à l’histoire.

L’éditeur a utilisé comme bandeau publicitaire pour ce livre une critique de Taniguchi qui vante les qualités du livre de Tetsuya Toyoda.  Le rapprochement entre ces deux auteurs n’est sans doute pas anodin. Il y a dans Undercurrent la même tendre nostalgie de l’auteur pour une certaine tradition populaire de son pays. En ce sens on pourrait rapprocher l’évocation des bains de celle des restaurants populaires du Gourmet solitaire de Taniguchi, peuplés comme le sentô de Kanae de personnages pittoresques et touchants. On retrouve aussi ce questionnement sur les relations intimes et la difficulté de communiquer, suivie de retrouvailles parfois postumes, souvent définitives, comme dans le Journal de mon père ou Quartier lointain.

TOYODA, Tetsuya. Undercurrent. Bruxelles, Kana, 2008, 299 p.
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Vermeer et son faussaire 10 février 2009

Filed under: Roman — Roane @ 5:52
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p1000531Faire un Veermer. Atteindre la perfection. Duper les experts, les « spécialistes » en art, ceux qui décident du bon et du mauvais goût. Voilà ce que Hans van Meegeren a dans la tête lorsqu’il se met à peindre des faux. Même si l’auteur italien, Luigi Guarnieri, a souhaité écrire un roman, il l’a voulu réaliste car il s’inspire d’un fait divers authentique.

Ce faussaire a bien existé. Né aux Pays-Bas en 1889, subjugué par la peinture du 17ème siècle, il aime peindre « à l’ancienne ». Les critiques d’art le méprisent, toute leur admiration allant au génial Picasso. Notre pauvre Hans van Meegeren, aigri mais sûr de son talent, décide de se venger. Il connaît si bien l’oeuvre du « Maître de Delft » qu’il sait exactement ce que les experts en art aimeraient découvrir au fond d’un grenier hollandais : un Veermer à sujet religieux. Il ne  se contentera donc pas de reproduire l’existant, mais créera un « Christ à Emmaüs ». Pour ce faire, il va utiliser les techniques et les pigments des artiste d’alors. Il fabrique un four pour cuire et recuire son tableau afin de lui apporter les craquelures voulues. Histoire de lui donner un dernier coup de vieux, il enduit la toile d’une fine couche de suie. Quand ce Christ est projeté sur le marché de l’art, l’accueil est unanime : enfin le Vermeer tant attendu ; la joie est si grande que l’authenticité de l’oeuvre n’est même pas mise en doute. Le faussaire jubile et va continuer à découvrir (et donc fabriquer) d’autres oeuvres de Vermeer et de ses contemporains, engrangeant par la même occasion des milliers de florins. Jusqu’au jour où Goering est arrêté et que l’on retrouve dans sa fabuleuse collection  un Veermer inconnu. La justice cherche le traître qui a vendu cette toile inestimable à l’Occupant. Hans van Meegeren est arrêté. Il nie sa collaboration avec l’ennemi mais crie haut et fort que ce Vermeer est un faux, ainsi que beaucoup d’autres, et qu’il en est l’auteur. Qu’importe ce qu’il risque, il veut que ses dons soient enfin reconnus. Le procès fait grand bruit et le faussaire devient célèbre.  Un ouvrage très bien documenté, sans grand intérêt littéraire, mais qui passionnera certainement les personnes qui se posent des questions sur l’esthétique, le marché de l’art, la reconnaissance des pairs et sur les goûts… et les couleurs…

GUARNIERI, Luigi. La double vie de Vermeer. Arles, Actes Sud, 2006. 229 p.

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Mon patron est un bon mac 6 février 2009

Filed under: Divers — Dominique @ 10:02
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greenlandJulian Ripps était bien trop gros pour se prélasser dans un jacuzzi entre deux femmes nues, à moins qu’il soit riche ou que les deux femmes soient des prostituées. Ce qu’il n’était pas, mais ce qu’elles étaient, elles. Et elles travaillaient pour lui: il s’agissait donc en quelque sorte d’une fête de bureau, version partouze. Les trois fêtards venaient de se livrer à un Kama Sutra aquatique dans le jardin de Julian, au sommet de la colline, et ils se reposaient sous la voûte étoilée. En cette douce nuit de septembre, la San Fernando Valley s’étalait au loin, tel un cadavre décoré de guirlandes lumineuses. (extrait)

Julian Ripps était loin de se douter qu’il vivait là ses derniers instants, terrassé par un infarctus du myocarde sitôt les deux belles disparues, laissant une florissante affaire de, disons, service d’escort-girls, bien planqué sous le couvert d’une blanchisserie. Dans la famille Ripps, Julian jouait à perfection le rôle du mauvais garçon, brouillé depuis longtemps avec son frère, Marcus, qui, vous l’aurez deviné, est pour la nuit ce qu’est le jour ou pour le démon ce qu’est l’ange : son exact contraire.
Marcus Ripps, marié à Jan depuis 15 ans, père de Nathan et gendre modèle qui a recueilli sa belle-mère atteinte de glaucome, est un cadre sans éclat ni ambitions chez Wazoo Toys sous les ordres de son vieil ami Roon qui a beaucoup mieux réussi que lui et ça fait mal de l’avouer.
Au moment où Roon décide de délocaliser son usine en Chine, enjoignant Marcus de reprendre la direction des opérations à Guodong, celui-ci se trouve devant un choix cornélien : quitter la Californie pour la Chine, aller timbrer au chômage ou… accepter l’héritage laissé par son frère. Pas la peine d’avoir fait Polytechnique pour se rendre compte que la blanchisserie manque étonnamment de presses à repasser et que la quantité de maquillage utilisé par ses employées est inversement proportionnelle à la surface de tissu qui les recouvre. Briefé par l’ex-bras droit de Julian, un jeune dur à cuire à l’accent russe, Marcus décide qu’il n’a d’autre choix que de reprendre l’affaire mais à sa manière, en bon mac. Non seulement il se promet de n’entretenir avec les filles que des rapports strictement professionnels mais il offre à celles-ci assurance sociale et plan de retraite.
Si sa naïveté ne le met pas à l’abri des requins de la pègre, Marcus engendre pourtant assez vite un magot considérable qui lui permet d’envisager l’avenir avec sérénité, la bar-mitzvah de son fils avec faste et l’opération oculaire de sa belle-mère dans des délais inespérés. Jusqu’à ce qu’un cadavre lui reste sur les bras…
Ce roman caustique, grinçant, drôle et improbable embarque avec une légèreté feinte son lecteur dans le monde du bien et du mal, de la mondialisation et de la place de l’individu dans la société capitaliste. Les personnages sont hauts en couleurs, les répliques font mouche, la description ne manque pas de piquant : on ne s’étonne pas que Seth Greenland soit scénariste, et on lui pardonne avec magnanimité quelques improbabilités à mon avis superflues, tant le rythme est échevelé.

GREENLAND, Seth. Un patron modèle. Paris, Liana Levi, 2008. 396 p.

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La piscine-bibliothèque 2 février 2009

Filed under: Roman — davide @ 10:59
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swimmingpoollibraryJ’ai l’habitude de me répéter, cela me rassure et me réconforte. Cependant, j’ai récemment remarqué qu’une collaboratrice de ce fraternel espace de dialogue virtuel s’évertue à essayer de nous faire gober QU’UN CERTAIN écrivain britannique écrit des livres pas mal.

Et bien soit, il ne sera pas dit que je ne sais pas m’aligner sur la bourgeoisie locale, et vous faire part du bonheur qu j’ai eu à lire ENCORE un livre d’Hollinghurst, j’ai nommé La piscine-bibliothèque, son premier ouvrage.

Si vous n’êtes pas banquier privé ou consultant, vous n’avez probablement pas le temps de lire l’intégralité de lhibouquineur, et je me permets de vous rappeler qu’ayant lu le dernier Hollinghurst (La ligne de beauté), j’ai apprécié l’efficacité et la beauté de l’écriture, ainsi que la justesse de l’observation d’une certain société britannique ayant autant d’avenir et d’utilité sociale que le célèbre monocyle à quatre pédales.

La piscine-bibliothèque est aussi bien écrit, avec juste ce qu’il faut de personnages pas forcément excentriques, justes crédibles de manies. On flâne au gré des pages en compagnie de William Beckwith, jeune pair du royaume dont l’occupation principale dans la vie est de se trouver les petits amis les plus exotiques possible, et dont l’exercice principal consiste à se rendre à son club (tout un programme que je vous laisse découvrir), jusqu’à sa rencontre fortuite avec Lord Nantwich, reine vieillissante mais toujours active, qui lui demande avec insistance de rédiger ses mémoires. A partir de là, on partage sa lecture entre l’enquête un peu molle que le jeune héros va mener à la disparition de sa dernière conquête et le mettra face à la dure réalité d’une société anglaise que l’on ignore habituellement, et un florilège des journaux intimes du vieux Lord, de son éducation très privée d’oxfordien déluré jusqu’à ses voyages en une Afrique qui n’a cesse de le fasciner pour des raisons de plus en plus personnelles.

Au fil du roman, Beckwith trouve dans ces billets d’un autre temps le refuge à une réalité assez sordide dans la vie de Lord Nantwich, certes privilégiée mais remplissant néanmoins son quota d’amour, jusqu’à ce que l’histoire ne rattrape le présent en une conclusion qui m’a au début laissé sur ma faim, mais qui à le mérite d’être la plus juste possible.

Les histoires d’aristocrates me restent assez en travers de la gorge lorsqu’ils ne s’en prennent pas plein la face, mais une fois de plus l’écriture de Hollinghurst m’a pris et ne m’a pas lâché, tant il arrive avec subtilité à faire parler ces personnages bien particuliers, chacun de leur accent différent, mais je suis comblé  surtout par son habilité à faire plonger cette classe aristocratique a priori sans soucis dans la pataugeoire vaseuse et glacée du réel sans pour le moins essayer de nous faire croire qu’un tel traitement de choc peut être suivi d’une quelconque épiphanie, mais en nous faisant expérimenter à travers leurs désarrois tous ces phénomènes (par exemple au hasard : ratonnades homophobes ou mobbings xénophobes) que l’on a l’habitude de voir sur une page ou un écran, mais dont les implications et les conséquences nous échappent immanquablement.

 

HOLLINGHURST, Alan. La piscine-bibliothèque. Paris, Bourgeois, 1991. 455 p.

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