L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Mon patron est un bon mac 6 février 2009

Filed under: Divers — Dominique @ 10:02
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greenlandJulian Ripps était bien trop gros pour se prélasser dans un jacuzzi entre deux femmes nues, à moins qu’il soit riche ou que les deux femmes soient des prostituées. Ce qu’il n’était pas, mais ce qu’elles étaient, elles. Et elles travaillaient pour lui: il s’agissait donc en quelque sorte d’une fête de bureau, version partouze. Les trois fêtards venaient de se livrer à un Kama Sutra aquatique dans le jardin de Julian, au sommet de la colline, et ils se reposaient sous la voûte étoilée. En cette douce nuit de septembre, la San Fernando Valley s’étalait au loin, tel un cadavre décoré de guirlandes lumineuses. (extrait)

Julian Ripps était loin de se douter qu’il vivait là ses derniers instants, terrassé par un infarctus du myocarde sitôt les deux belles disparues, laissant une florissante affaire de, disons, service d’escort-girls, bien planqué sous le couvert d’une blanchisserie. Dans la famille Ripps, Julian jouait à perfection le rôle du mauvais garçon, brouillé depuis longtemps avec son frère, Marcus, qui, vous l’aurez deviné, est pour la nuit ce qu’est le jour ou pour le démon ce qu’est l’ange : son exact contraire.
Marcus Ripps, marié à Jan depuis 15 ans, père de Nathan et gendre modèle qui a recueilli sa belle-mère atteinte de glaucome, est un cadre sans éclat ni ambitions chez Wazoo Toys sous les ordres de son vieil ami Roon qui a beaucoup mieux réussi que lui et ça fait mal de l’avouer.
Au moment où Roon décide de délocaliser son usine en Chine, enjoignant Marcus de reprendre la direction des opérations à Guodong, celui-ci se trouve devant un choix cornélien : quitter la Californie pour la Chine, aller timbrer au chômage ou… accepter l’héritage laissé par son frère. Pas la peine d’avoir fait Polytechnique pour se rendre compte que la blanchisserie manque étonnamment de presses à repasser et que la quantité de maquillage utilisé par ses employées est inversement proportionnelle à la surface de tissu qui les recouvre. Briefé par l’ex-bras droit de Julian, un jeune dur à cuire à l’accent russe, Marcus décide qu’il n’a d’autre choix que de reprendre l’affaire mais à sa manière, en bon mac. Non seulement il se promet de n’entretenir avec les filles que des rapports strictement professionnels mais il offre à celles-ci assurance sociale et plan de retraite.
Si sa naïveté ne le met pas à l’abri des requins de la pègre, Marcus engendre pourtant assez vite un magot considérable qui lui permet d’envisager l’avenir avec sérénité, la bar-mitzvah de son fils avec faste et l’opération oculaire de sa belle-mère dans des délais inespérés. Jusqu’à ce qu’un cadavre lui reste sur les bras…
Ce roman caustique, grinçant, drôle et improbable embarque avec une légèreté feinte son lecteur dans le monde du bien et du mal, de la mondialisation et de la place de l’individu dans la société capitaliste. Les personnages sont hauts en couleurs, les répliques font mouche, la description ne manque pas de piquant : on ne s’étonne pas que Seth Greenland soit scénariste, et on lui pardonne avec magnanimité quelques improbabilités à mon avis superflues, tant le rythme est échevelé.

GREENLAND, Seth. Un patron modèle. Paris, Liana Levi, 2008. 396 p.

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