L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Les accommodements raisonnables 28 avril 2009

Filed under: Roman — Françoise B. @ 9:46
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images1Bien que Jean-Paul Dubois soit un de mes auteurs préférés, je n’ai pas encore tout lu de lui, d’abord parce qu’il écrit beaucoup, et ensuite parce que je me réserve toujours quelques-uns de ses romans en guise de « poire pour la soif ». Néanmoins, quand son dernier titre, Les accommodements raisonnables, est arrivé jusqu’à moi, j’ai croqué tout de suite dans le fruit.

 

Ce roman met en scène Paul, époux de la belle Anna, père de 3 enfants et grand-père de 2 petits-enfants. Notre homme, qui gagne sa vie dans l’audiovisuel, est choisi pour adapter le scénario d’un film français médiocre, « Le désarticulé », à la sauce américaine. Pour cela, il doit laisser Anna à sa grave dépression et s’exiler pour plusieurs mois à Los Angeles auprès de la Paramount. Là, une grosse surprise l’attend, en la personne de Selma, sosie d’Anna… mais en 30 ans plus jeune… Vous devinez la suite ? Paul résistera-t-il à la beauté incandescente du double de son épouse ? c’est toute la question . Se mêlent aussi à cette histoire les relations difficiles de Paul avec son père Alexandre, de plus en plus bizarre depuis la mort de son frère Charles, personnage haut en couleur.

 

J’aime beaucoup Jean-Paul Dubois pour ses héros attachants (qui s’appellent d’ailleurs souvent Paul ou Jean-Paul… mais quelle coïncidence…) et pour son ton plein de verve et d’humour. Les accommodements raisonnables ne faillissent pas à la règle : juste pour ses scènes cocasses, ce roman mérite d’être lu.

Mais, pour être un brin critique, j’avoue avoir trouvé la première centaine de pages un peu longue. Les descriptions du travail à la Paramount m’ont ennuyée, et pourtant, cette plongée dans le microcosme de l’industrie cinématographique est instructive. Par ce biais, Jean-Paul Dubois observe, en connaisseur avisé (il est l’auteur de L’Amérique m’inquiète, Ed. de l’Olivier, 1996) les travers de la société américaine. L’air de rien, il observe aussi la campagne présidentielle américaine qui voit Barack Obama pointer son nez et les candidats à l’Elysée en France se disputer. Ces références à l’actualité récente amènent un supplément de réalité à l’histoire.

Malgré un début qui m’a un peu lassée, le constat final est donc tout à fait positif et je peux vous recommander chaudement cette lecture ou une autre du même auteur.

 

Disponibilité

 

DUBOIS, Jean-Paul. Les accommodements raisonnables. Paris, Olivier, 2008. 260p.

 

La vague 22 avril 2009

Filed under: BD,Documentaire — thierry @ 4:18
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 vague

Voila, c’est l’histoire d’un professeur de lycée qui ne sait plus comment faire pour enseigner la période nazie de l’Allemagne à une classe. Il essaie d’abord la méthode classique, mais c’est un échec, les élèves n’arrivent pas à comprendre comment autant de personnes ont peut suivre un mode de pensée tellement destructeur. Bien sûr, ils sont émus par les images de camp de concentration que le prof leur montre, mais ils ne comprennent pas comment on arrive à un résultat aussi monstrueux.

Le prof décide donc d’agir autrement et propose une méthode radicalement différente. Il choisit de créer une atmosphère dans la classe où les élèves vont faire du fascisme sans s’en rendre compte ! Plus concrètement il va demander à ses élèves de se saluer d’une certaine manière, de se reconnaître par un symbole (la vague), de se tenir droit, de prôner le culte de la personnalité d’un chef (le prof), d’adopter une doctrine, etc. et ça marche à merveille!

Ca marche tellement bien que le mouvement prend de l’ampleur, que les élèves essaient de propager la vague en dehors des heures de cours et que le prof n’arrive plus à gérer le groupe. Ceux-la mêmes qui ne comprenaient pas pourquoi le nazisme avait réussi à s’imposer à des millions d’Allemands, sont en train de reproduire exactement le même schéma à l’échelle de leur école. La preuve, ceux qui s’opposent à la vague sont exclus du groupe et se voient dévalorisés et discriminés.

Le prof a réussi son coup : il a réussi à imposer une autorité extrêmement forte et à créer un groupe qui se croit tout puissant. Le résultat est vraiment spectaculaire surtout si l’on sait que cette BD a été faite selon une histoire vraie qui aurait eu lieu à Palo Alto en 1969. Mais, on s’en doutait, surtout pour tous ceux qui se rappellent de « Soumission à l’autorité » de Stanley Milgram, on est en plein dedans. Pour les autres, il faut simplement rapeller que le livre de Milgram, écrit en 1972, a démontré que l’on peut faire faire n’importe quoi à n’importe qui en lui faisant croire que ce qu’il fait, il le fait dans un but scientifique ! Même à lui envoyer des décharges électriques extrêmement fortes. Dans La vague les élèves ne se posent pas mille questions ils font confiance à l’institution Ecole, chez Milgram on fait confiance à la science ! De plus, et ce n’est pas par hasard puisque cette histoire a été écrite dans les années 70, ce livre questionne aussi la relation pédagogique entre un groupe d’élèves et un prof. C’est dans ces années que l’école a essayé de replacer au centre l’élève, de le rendre actif. Dans La vague, il devient tellement actif qu’il devient même dangereux!

Sinon, par rapport aux dessins de cette BD, c’est vrai qu’on entend souvent dire qu’ils ne sont pas terribles. Tant pis, moi ils ne m’ont pas dérangé. L’important dans cette histoire ce n’est pas tellement le dessin, la forme ou le style mais plutôt le fond qui compte. Mais ceux qui ont vraiment de la peine avec les illustrations de Kampmann pourront toujours se rabattre sur le film  (tourné en Allemagne!) ou sur le roman.

 

Disponibilité

 

KAMPMANN, Stefani. La vague. Paris, Gawsevitch, 2009. 171 p.

 

Un pavé dans le ciel 16 avril 2009

Filed under: Roman — Roane @ 3:47
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p1000651Au commencement, deux anges discutent. Le subalterne (eh oui la hiérarchie semble aussi exister dans les cieux !) fait le rapport de la mission qui l’a occupé une bonne septantaine d’années. Sûr que sans le coup de pouce céleste, Max Delius et Onno Quist ne se seraient jamains rencontrés. Max est astronome, coureur de jupons, extraverti et fils d’un collabo qui a dénoncé sa femme juive à la Gestapo. Onno est un éminent spécialiste de langues anciennes, fils de bonne famille calviniste hollandaise, timide et solitaire. Dans la nuit du 13 février 1967, l’un vient de quitter brutalement le lit d’une femme quand il prend en stop l’autre qui a fui un repas de famille ennuyeux. Aux premiers mots échangés, va naître une intense histoire d’amitié. Quand on dit que certains « sont faits pour se rencontrer« , c’est bien la preuve que là-haut ça travaille ! Ils vont ensuite rencontrer la belle Ana, dont chacun tombera amoureux. Quintin, l’enfant d’Ana et de…. (ça vous pensez bien que je ne vais pas vous le dévoiler ici) sera l’Etincelle divine, celui qui a été conçu, prévu, pour récupérer les Tables de la Loi que Dieu avait données à Moïse et qu’il souhaite récupérer car trop déçu par les hommes.

Le Chef est un idéaliste, un grand coeur, qui ne veut que du bien aux gens, alors qu’il ne sait pas à qui il a affaire. Lucifer, lui, il sait qu’ils préfèrent assister à l’anéantissement du ciel et de la terre plutôt que de se défaire de leur voiture. Il s’est arrangé pour qu’ils trouvent leur félicité dans les objets.

Un pavé de 700 pages tombé tout droit du ciel et qui nous étourdit de tant d’imagination et d’érudition. Arts, sciences, religions, Harry Mulisch tisse le tout d’un joli fil d’humour pour nous donner envie de dévorer ce roman avec gourmandise, un péché qui nous sera pardonné car La découverte du ciel est bien l’un des chefs-d’oeuvre du 20ème siècle.

MULISCH, Harry. La découverte du ciel. Paris, Gallimard, 1999 (Du monde entier). 683 p.

Disponibilité

 

Shutter island 14 avril 2009

Filed under: BD,Polar — davide @ 9:24
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shutter-island1Rendons-nous à l’évidence, mes principes sont aussi solides qu’un œuf de Pâques dans un micro-ondes, car voici une nouvelle présentation de bande dessinée. Shutter Island est une adaptation graphique du roman éponyme de Dennis Lehane, vraisemblablement un grand nom du roman noir. Or cette BD lorgne à mon avis bien plus du côté du thriller, voire de la veine horreur. J’irais même jusqu’à le classer dans une catégorie bien personnelle, j’ai nommé : « histoire de fous en asile psychiatrique » (ça peut paraître un peu limitatif mais on serait surpris du nombre d’œuvres notables à y classer). C’est donc dans un hôpital psychiatrique que se rendent les agents fédéraux Teddy Daniels et Chuck Aule. Pour être plus précis, un hôpital psychiatrique pour criminels sur l’île de Shutter Island, à la veille d’un ouragan, parce qu’un centre de réadaptation pour névrotiques légers par une belle après-midi d’automne serait certes avant-gardiste mais beaucoup moins intéressant.

Le fait est que Rachel Solando (meurtre par noyade de ses trois enfants) s’est évadée de sa cellule fermée de l’extérieur, et les gardiens locaux ont envie de voir des nouvelles têtes de temps en temps pour leurs parties de cartes. C’est du moins ce que l’on pourrait croire devant leur manque de détermination à retrouver l’évadée, ce dont se rendent compte assez vite nos deux agents. Ils réalisent aussi assez vite qu’il y a quelque chose de louche sur cette île. Il y a le bâtiment A pour les fous dangereux pas trop dangereux, le bâtiment B pour les fous dangereux moyennement dangereux, et le bâtiment C dont on interdit l’accès aux agents. Il y a les phares désaffectés qui servent au traitement des eaux usagées et qui nécessitent deux fois plus de gardes armés que le reste de l’île. Il y a les messages codés qu’a laissé Rachel, que l’agent Daniels tente de déchiffrer, mais il a l’impression d’être le seul à vraiment se donner du mal. Aule le seconde comme il peut, et il a quelques as dans sa manche, mais Daniels est un vétéran, un homme qui a l’habitude de mener sa guerre seul. Puis, l’ouragan arrive. Les communications avec le continent sont coupées. L’alimentation électrique du bâtiment C n’est plus assurée, le niveau de l’eau monte et Daniels est à court de clopes. Sans compter que Andrew Laeddis, l’assassin de sa femme est peut-être sur l’île, qui pourrait être le lieu d’expérimentations. Le genre qui ne donne pas de résultats sur les animaux. L’enquête pourrait bien être d’une nature différente que l’on aurait pu le croire. De faux-semblants en mensonges éhontés, d’interrogatoires subtils comme la première flamme d’un incendie criminel en lobotomies chimiques, l’ambiance de cette histoire est glauque et malsaine au possible, atmosphère magnifiquement rendue par le dessin de De Metter tout en noir, ocre et vert sombre maladif. Peu d’action sur l’ordonnance, mais une tension constante règne, de par les ingrédients injectés au compte-goutte. Jusqu’au dernier jour de l’orage, qui sera loin d’amener une accalmie. Peu de choses à redire ici, si ce n’est que certains éléments sont un peu téléphonés, et le style de dessin plutôt classique que révolutionnaire, mais la fin de l’histoire est suffisamment bien pensée et rendue pour que l’on ait envie de relire le tout, pour un deuxième petit frisson.

METTER, Christian. Shutter Island. Bruxelles, Casterman, 2008(Rivages/Casterman/Noir). 128 p.

Disponibilité

p.s.: les lecteurs qui voudraient un second avis consulteront les docteurs Génépi & Argousier, La Liseuse, Alain et Yspaddaden.En cas de vacances, les permanences des cliniques Zonelivre et Samba Bugatti vous ouvrent toutes grandes leurs portes.

 

En attendant les barbares 8 avril 2009

Filed under: Roman — davide @ 9:46
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waitingforbarbariansMes collègues vous diront (surtout en mon absence) que je change d’avis face à un livre autant qu’un bouledogue lâche son os ou un actionnaire ses dividendes. Et c’est pour cela que j’inclus En attendant les barbares de Coetzee à mon dossier à charge, car je n’imaginais pas le finir.

Le livre narre une année de la vie du Magistrat, représentant mollasson d’un empire non nommé mais quand même sacrément familier dans ses idéaux, alors qu’il fait vivoter un poste frontière dans un territoire occupé inhospitalier, et se consacre avant tout à l’archéologie en amateur, et au stupre (en amateur aussi). Cependant, le territoire est suspecté de pulluler de barbares, et le Troisième Bureau de l’Empire y dépêche un représentant bien droit et zélé qui se rend vite compte (car le garçon est finaud) que le Magistrat vit un peu trop en bonne entente avec l’ennemi, et ne démontre pas suffisamment de courage guerrier. S’ensuivent une expédition et une rafle au sein de la population indigène, dont les prisonniers seront dûment torturés avant que le représentant ne retourne à son Empire, très content de lui. Or le Magistrat sombre peu à peu dans la culpabilité lyrique et lie une relation plus qu’équivoque avec une jeune barbaresse ayant subi les bonnes grâces de la civilisation.

Je passe rapidement sur la partie centrale, qui voit le Magistrat se complaire en réflexions profondément métaphysiques alors que les personnages secondaires sont un peu transparents, car je  me suis réveillé en sursaut vers le dernier tiers du livre lors d’une scène de torture célébrant le retour des représentants de l’Empire (qui devient de plus en plus reconnaissable au fil du roman), ayant enfin l’impression que le fil narratif commençait à suinter le sang, la mort et l’horreur qu’une telle mise en scène suppose. La détresse humiliée et humiliante du Magistrat humaniste lors de sa condamnation (je ne gâche rien, franchement, c’était aussi prévisible que le nombre de jours de révolte gastrique que je subis à la suite des fêtes de fin d’année), la brutalité stupide et la stupidité brutale de ses tortionnaires, la fascination transie des villageois devant la descente de leur vie quotidienne dans l’abus et la misère, tout cela sonnait juste. Ajoutez à cela une fin diablement dénuée de toute mise en scène dramatique, et vous avez En attendant les barbares, un livre peut-être pas essentiel… mais aucun livre n’est essentiel, alors lisez-le.

 

COETZEE, John Michael. En attendant les barbares. Paris, Seuil, 2000 (Points ; 720). 248 p.

Disponibilité

 

Nombril sans fond 1 avril 2009

Filed under: BD — florent @ 11:39
Editions Ca et là

Editions Ca et là

Difficile de résister à la tentation de reprendre le titre de cette bande dessinée… que l’éditeur français, lui,  a préféré conserver dans la langue de l’auteur : Bottomless belly button. Cela a son charme. Il semble d’ailleurs que cette édition française proposée par Ca et là soit particulièrement fidèle à l’originale : bizarre et, à vrai dire, pas foncièrement engageante avec une couverture plutôt  douteuse et un couleur d’impression assez inhabituelle (brun).

Mais au risque de produire une lapalissade, il ne faut pas s’arrêter à la première impression. Une bande dessinée de plus de 700 pages, cela ne se refuse pas,  et Bottomless belly button est au final une bande dessinée de la meilleure facture. Il s’agit d’une comédie familiale (c’est marqué sur le dos  du livre)  : après 40 ans de vie commune, Maggie et David Loony annoncent à leurs trois enfants qu’ils divorcent « parce qu’ils ne s’aiment plus ». Pendant une semaine, nous allons suivre la petite révolution que cela provoque dans la famille.  C’est simple, c’est beau, ça fait mal, car comme le note l’auteur « il y a plein de sortes de familles Loony » et l’on se reconnait certainement dans les réactions de l’un ou l’autre personnage. Peut-être même dans celles un rien nombrilistes du narrateur.
On se laisse donc porter dans ces centaines de pages par la très belle construction narrative de Dan Shaw, même s’il y a parfois quelque maladresse ou effet trop démonstratifs comme le relève Xavier Guilbert dans sa critique sur Du9.org.

Le site de l’auteur (en anglais)
Présentation du livre sur le le site de l’éditeur Ca et là.

Shaw, Dash. Bottomless belly button. Bussy-Saint-Georges : Cà et là , 2008
Disponibilité