L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Shutter island 14 avril 2009

Filed under: BD,Polar — davide @ 9:24
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shutter-island1Rendons-nous à l’évidence, mes principes sont aussi solides qu’un œuf de Pâques dans un micro-ondes, car voici une nouvelle présentation de bande dessinée. Shutter Island est une adaptation graphique du roman éponyme de Dennis Lehane, vraisemblablement un grand nom du roman noir. Or cette BD lorgne à mon avis bien plus du côté du thriller, voire de la veine horreur. J’irais même jusqu’à le classer dans une catégorie bien personnelle, j’ai nommé : « histoire de fous en asile psychiatrique » (ça peut paraître un peu limitatif mais on serait surpris du nombre d’œuvres notables à y classer). C’est donc dans un hôpital psychiatrique que se rendent les agents fédéraux Teddy Daniels et Chuck Aule. Pour être plus précis, un hôpital psychiatrique pour criminels sur l’île de Shutter Island, à la veille d’un ouragan, parce qu’un centre de réadaptation pour névrotiques légers par une belle après-midi d’automne serait certes avant-gardiste mais beaucoup moins intéressant.

Le fait est que Rachel Solando (meurtre par noyade de ses trois enfants) s’est évadée de sa cellule fermée de l’extérieur, et les gardiens locaux ont envie de voir des nouvelles têtes de temps en temps pour leurs parties de cartes. C’est du moins ce que l’on pourrait croire devant leur manque de détermination à retrouver l’évadée, ce dont se rendent compte assez vite nos deux agents. Ils réalisent aussi assez vite qu’il y a quelque chose de louche sur cette île. Il y a le bâtiment A pour les fous dangereux pas trop dangereux, le bâtiment B pour les fous dangereux moyennement dangereux, et le bâtiment C dont on interdit l’accès aux agents. Il y a les phares désaffectés qui servent au traitement des eaux usagées et qui nécessitent deux fois plus de gardes armés que le reste de l’île. Il y a les messages codés qu’a laissé Rachel, que l’agent Daniels tente de déchiffrer, mais il a l’impression d’être le seul à vraiment se donner du mal. Aule le seconde comme il peut, et il a quelques as dans sa manche, mais Daniels est un vétéran, un homme qui a l’habitude de mener sa guerre seul. Puis, l’ouragan arrive. Les communications avec le continent sont coupées. L’alimentation électrique du bâtiment C n’est plus assurée, le niveau de l’eau monte et Daniels est à court de clopes. Sans compter que Andrew Laeddis, l’assassin de sa femme est peut-être sur l’île, qui pourrait être le lieu d’expérimentations. Le genre qui ne donne pas de résultats sur les animaux. L’enquête pourrait bien être d’une nature différente que l’on aurait pu le croire. De faux-semblants en mensonges éhontés, d’interrogatoires subtils comme la première flamme d’un incendie criminel en lobotomies chimiques, l’ambiance de cette histoire est glauque et malsaine au possible, atmosphère magnifiquement rendue par le dessin de De Metter tout en noir, ocre et vert sombre maladif. Peu d’action sur l’ordonnance, mais une tension constante règne, de par les ingrédients injectés au compte-goutte. Jusqu’au dernier jour de l’orage, qui sera loin d’amener une accalmie. Peu de choses à redire ici, si ce n’est que certains éléments sont un peu téléphonés, et le style de dessin plutôt classique que révolutionnaire, mais la fin de l’histoire est suffisamment bien pensée et rendue pour que l’on ait envie de relire le tout, pour un deuxième petit frisson.

METTER, Christian. Shutter Island. Bruxelles, Casterman, 2008(Rivages/Casterman/Noir). 128 p.

Disponibilité

p.s.: les lecteurs qui voudraient un second avis consulteront les docteurs Génépi & Argousier, La Liseuse, Alain et Yspaddaden.En cas de vacances, les permanences des cliniques Zonelivre et Samba Bugatti vous ouvrent toutes grandes leurs portes.