L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Le liban contemporain 28 mai 2009

Filed under: Documentaire — davide @ 10:58
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libancontemporainFortement frustré dans ma soif d’informations concernant l’histoire du Liban à la suite de la ma dernière lecture, j’ai pris le parti de demander une recommandation pour un livre le plus concret, le plus terre-à-terre possible concernant ce pays.
Alors je l’ai bien cherché.
Je ne vais pas avoir grand-chose à dire ici qui ne se lise pas sur la quatrième de couverture de cet ouvrage. Corm nous présente une histoire du Liban, plus ou moins depuis l’éclatement de l’empire ottoman jusqu’en 2005, avec pour but avoué de faire apparaître, sinon les raisons, du moins les circonstances qui ont fait d’une bonne partie de ce pays un champ de ruines. J’ai d’abord été séduit par le parti pris de ne pas se limiter au seul contexte communautariste (en gros, si le pays va mal, c’est parce qu’il est plein de communautés culturello-religieuses trop occupées à se fiche sur la figure à qui mieux mieux toute la sainte journée pour embrasser la  marche du progrès), car cela voulait dire gratter la surface, éviter les explications faciles et ré-attribuer leurs responsabilités à ceux qui ont vraiment œuvré pour que ce pays a priori charmant s’auto-phagocyte.
Le problème (qui n’en est pas vraiment un) est qu’à force de creuser le fait, de démêler l’écheveau des différents groupes ayant un jeton dans le pot, le livre peut peser un peu sur l’estomac littéraire. Il n’y a aucun répit, aucun souffle, des renvois à foison, des références bibliographiques essentielles, qui font que le lecteur un peu insouciant qui ne voulait rien d’autre que de paraître un peu moins bête qu’il ne l’est vraiment se prend en pleine face une bordée d’informations plutôt difficiles à analyser sans travail de préparation préalable.
Les différentes communautés sont présentées, mais elles cèdent le pas aux différentes milices plus ou moins violentes physiquement, plus ou moins nationales ou indépendantes. Le gouvernement local n’est pas en reste tant, à quelques exceptions près, il est difficile de faire la part entre politicard intéressé et élu d’un peuple véritablement conscient des enjeux et des conséquences de ses actions. Ajoutez à cela l’influence des gouvernements étrangers anciens colonisateurs reconvertis en chantres du modernisme et les conflits moyen-orientaux de plus en plus épicés, et vous obtenez une pizza socio-géo-culturelle dont on ne peut tirer une tranche sans laisser pendre de longs fils de misère humaine. Et c’est que Corm, en sa qualité d’ex-ministre des finances libanais, a un avantage non négligeable sur nous, et il s’en excuse, ce qui n’est pas peu dire, car son habileté à présenter des budgets, à les mettre en relation avec des politiques intérieures et extérieures et à tisser des liens entre des éléments a priori disparates est proprement hallucinante.
Donc, pour résumer, ce livre est certes très intéressant, mais aurait vraiment mérité d’être plus long et plus complet, ce qui l’aurait peut-être rendu un peu indigeste. Cependant il sera fort utile à toute personne ayant une connaissance de base du sujet et qui désire en savoir davantage.

CORM, Georges. Le Liban contemporain. Paris, Découverte, 2003. 318 p.

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Les cent vies de Roza 27 mai 2009

Filed under: Divers — Dominique @ 5:30
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bernieresSoit un quadragénaire, Chris, marié depuis la nuit des temps à celle qu’il appelle « la Grosse Miche de Pain Blanc », ce qui en dit long sur l’affection débordante qu’il lui porte, et père d’une fille absente, représentant pour une entreprise pharmaceutique. En gros, un type qui s’ennuie ferme… Dans ce paysage maussade et plat comme un pain pita sans sel, l’apparition dans une rue de Londres de la belle Roza en minijupe et cuissardes constitue la plus alléchante des visions… Même si Chris n’est pas du genre à fréquenter les prostituées, il l’aborde et, face à l’indignation de la dame, se rend compte de sa méprise. Elle va tout de même accepter qu’il la reconduise dans son squat miteux et sans toit, qu’elle partage avec un clone de Bob Dylan et l’invite à revenir prendre un café quand il voudra. Notre Chris est déjà tout amoureux… Dès qu’il le peut, le revoici donc frappant à la porte de Roza, puis assis en face d’elle, tout enamouré et tâchant de cacher son trouble, à l’écouter qui raconte sa vie en buvant du thé et en fumant cigarette sur cigarette.  Jour après jour, il est là, envoûté, l’oreille ouverte et l’oeil humide de désir, à entendre le récit de cette jeune femme, née en Yougoslavie d’un père serbe et partisan de Tito. De sa vie, on pourrait faire un livre (comme quoi…), tant elle a connu d’aventures. Et elle ne cache rien à un Chris atterré lorsqu’elle évoque les hommes qu’elle a aimés… Même si le roman se place davantage du point de vue de Chris, Roza est la narratrice de quelques chapitres et l’on sait à quel point elle s’attache peu à peu à son amoureux transi, alors qu’on pourrait penser qu’elle ne le considère que comme une grande oreille où se déverser. Les jours, donc, passent, les thés se boivent, les cigarettes se consument, les paroles se répandent, et le désir est toujours là, s’amplifiant… Il y a un tel contraste entre la jeune femme qui a vécu cent vies et l’ennuyeux représentant de commerce qu’il est pertinent de se demander
1° comment ces deux-là ont pu être attirés l’un par l’autre
2° si ça peut vraiment aller plus loin
Et puis un jour, la phrase de trop est prononcée, déclenchant le cataclysme et mettant fin aux fous espoirs de Chris.
Louis de Bernières est Anglais, comme son nom ne l’indique pas, il a vécu longtemps en Amérique du Sud, grâce à quoi on lui doit, entre autres, La mandoline du capitaine Corelli et Señor Vivo et le baron de la coca, des romans qui rappellent, à ce qu’on dit, Gabriel Garcia Marquez. Je ne pourrais pas le certifier moi-même, puisque je ne les ai pas lus, mais ce sera fait… Car j’ai beaucoup aimé cette Fille du partisan, un roman à l’écriture ciselée qui m’a tenue en haleine jusqu’à son dénouement.

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BERNIERES, Louis de. La fille du partisan. Paris, Mercure de France, 2009 (bibliothèque étrangère)

 

Une brève histoire du tracteur en Ukraine… drôle de titre, non ? 22 mai 2009

Filed under: Roman — Françoise B. @ 11:12
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lewyckaSi je vous dis :

Belle blonde / tracteur / vieillard / amour / héritage / soeurs / réfugiés / Ukraine / pommes Toshiba / Angleterre / famille / poids du passé… 

Qu’est-ce que vous en déduisez ? Serait-ce l’histoire d’une belle blonde fuyant l’Angleterre et le poids du passé sur son tracteur ukrainien hérité d’un vieillard énamouré ?  Trêve de plaisanterie, voici la bonne version :
Dans Une brève histoire du tracteur en Ukraine, de Marina Lewycka, le vieillard en question, un Ukrainien veuf vivant en Angleterre, s’éprend d’une femme ukrainienne qu’il trouve merveilleuse. Mais ça n’est pas du tout l’avis de ses deux filles qui doutent totalement de l’honnêteté de ladite personne. En froid depuis des années, elles vont unir leurs efforts pour protéger leur père, par ailleurs passionné de l’histoire des tracteurs en Ukraine, de la problématique fiancée. Et les pommes Toshiba, dans tout ça ? vous en connaîtrez le secret à la page 44 du roman. Car il faut absolument que vous lisiez ce pur délice d’humour intelligent. Car oui, il y a du comique dans ce texte qui a d’ailleurs obtenu le prix Bollinger Everyman Wodehouse 2005-2006. Mais l’aspect comique, que j’apprécie beaucoup dans la littérature pour son côté « détente », est soutenu ici par des thèmes très profonds comme les problèmes liés aux aînés,  le phénomène des migrants, les traumatismes de la 2e guerre mondiale. Il faut savoir que l’auteure, Ukrainienne elle aussi, est née en 1946 dans un camp de réfugiés allemand… Ces thèmes donnent de l’épaisseur au texte, mais, rassurez-vous, sans le plomber.
 Un roman drôle qui invite à la réflexion… ou un roman grave teinté d’humour ? c’est au lecteur de décider. Pour ma part, je suis conquise et attends avec impatience  la traduction en français du 2e roman de Lewycka intitulé : « Two caravans ».

 

 

 

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LEWYCKA, Marina. Une brève histoire du tracteur en Ukraine. Paris, Deux-terres, 2008. 424 p.

 

Résistante 14 mai 2009

Filed under: Documentaire — davide @ 10:29
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resistanteJe ne suis pas vraiment sûr de vouloir, voire même de pouvoir présenter ce livre. Annonçons la couleur : jusqu’à peu, le Liban n’évoquait pour moi que des souvenirs confus datant de mon enfance de mentions répétées au téléjournal des bombardements de Beyrouth, et vraiment rien de plus. Or récemment, une jeune musicienne d’origine libanaise  a fait ses premiers pas dans notre région de pêcheurs, et la force de ses propos était telle qu’elle m’a donné envie de me pencher un peu plus sur ce pays, et surtout faire un survol rapide de quelques documents afin de saisir les origines de sa situation actuelle. Car je suis avant tout un grand naïf. Un heureux concours de circonstances a porté à mon attention le livre de Béchara, et la lecture de la quatrième de couverture m’a  convaincu que ce serait là l’occasion idéale d’en apprendre un peu plus sur le Liban. Or, les premières pages de ce livre ne font pas mentir l’impression qu’on en a d’un « grand tirage » : grandes marges, police de caractère énorme, évocation rampante de nostalgie d’un passé révolu, ton lyrique. J’étais sur mes gardes, d’autant plus que j’avais remarqué qu’un certain monsieur Paris (notamment auteur de l’ Autobiographie d’une courgette, je ne plaisante pas) avait participé à l’écriture du livre. Evidemment j’ai eu tout faux ; si la présentation du pays, de ses différentes communautés et de ses problèmes peut sembler lacunaire dans cet ouvrage, en revanche elle est à échelle humaine, et l’auteure (la vraie, Mme Béchara) ouvre ainsi une fenêtre sur le point de vue qu’une enfant, puis une adolescente et enfin une jeune femme peut avoir lorsqu’elle grandit dans les conditions décrites, à peine croyables pour un européen pure souche, dans son livre. Il faut bien retenir ceci, car on aborde sans véritable préparation le moment où cette jeune personne sensible et surtout intelligente prend conscience qu’elle veut moins d’un avenir long et tranquille que de se sacrifier pour résister à ce qu’elle conçoit comme l’envahissement de son pays, ainsi que la destruction de son héritage culturel et de la société où elle revendique le droit de vivre. Des ennemis apparaissent, mais il s’agit souvent d’individus ou de groupes particuliers, et si Béchara veut se battre contre eux, c’est le plus souvent en réponse directe à leurs agissements plutôt que contre leur idéologie. On est (j’ai été) particulièrement fasciné par la détermination calme qui est décrite lorsqu’il s’agira pour l’auteur de s’investir « pour de bon » dans ce qui deviendra un complot d’assassinat, alors que tout, d’un point de vue purement égoïste, pourrait lui être acquis et qu’elle a tout à perdre. L’autre partie de ce livre concerne sa détention et les séances de torture auxquelles elle a été soumise. Car depuis l’avalanche de documents décrivant et analysant ce phénomène devenu fort à la mode (du moins dans l’œil du public) depuis les scandales de Abu Ghraib et de Guantanamo, les descriptions de Béchara sont singulièrement placides. Je n’exclus à aucun moment que ses tortionnaires étaient particulièrement gentils, ou que Béchara a montré une détermination et une force hors du commun face à ces épreuves, que ce soit face aux tortures elles-mêmes, ou aux conditions d’existence cauchemardesques qu’elle a vécu. J’ai cependant l’impression que l’éditeur de ce livre l’ait exigé le plus digeste possible, ou encore que l’écrivain qui a collaboré à l’écriture a volontairement donné un ton plus serein à son expérience, car le message qui en ressort semble être exagérement pacifiste. Ou alors tout simplement que notre point de vue sur le monde et ses pratiques a changé. Qu’une chose soit claire : la lecture de ce livre nécessite de prendre en compte non seulement qu’il s’agit d’un témoignage, et donc d’une œuvre des plus subjectives, mais aussi du contexte historique qui a vu son écriture, tristement à une époque ou l’on pouvait se permettre de voir une vie paisible potentielle pour les Libanais. Au risque de paraître provoquant, j’en suis à espérer que cette femme d’exception puisse écrire un autre livre, avec le recul de ses plus de 10 ans de liberté.

BECHARA, Souha. Résistante. Paris, Lattès, 2000. 200 p.

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Turkmenistan mon amour 11 mai 2009

Filed under: Divers — Dominique @ 10:28
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                                                        righetti                                           Je suis comme la plupart d’entre vous : je ne savais pas grand chose du Turkmenistan. Aussi, lorsqu’est apparu sur les étagères de la bibliothèque le dernier livre du photographe genevois Nicolas Righetti, que je connaissais déjà pour avoir publié Le dernier paradis, ouvrage édifiant sur la Corée du Nord, me suis-je emparée prestement dudit pour y jeter un peu plus d’un oeil. Comme dans son précédent ouvrage, pas besoin de long discours. Une trentaine de photos et quelques rares citations : la « preuve par l’image », en quelque sorte, comme le dit Jacques Hainard dans sa préface.
L’indépendance du Turkmenistan a été déclarée en 1992. A cette époque, Nyazov était déjà son président depuis 1985. Il a été réélu avec 99, 5% des voix… louche, vous dites ? Jusqu’en 2006, année de sa mort, il a maintenu son peuple dans la plus grande ignorance et l’indigence la plus totale, utilisant les deniers publics pour faire construire des tas de statues, en or de préférence, à son effigie. Son portrait apparaît sur les bouteilles de vodka, les produits de lessive, encadré au-dessus des lits conjugaux, comme le bon père du peuple turkmène qu’il se targua d’être.
Aujourd’hui, il n’y a plus que 3500 étudiants au Turkménistan alors qu’il y en avait 40’000 en 1996 ! L’éducation est pratiquement basée sur un seul livre, le Ruhmana, le livre saint du pays, à mettre au même rang que la Bible et le Coran, et écrit par devinez qui… On y apprend par exemple que la roue a été inventée au Turkménistan de même que l’écriture, ce que, comme moi, vous ignoriez sans doute, et que le Turkménistan est le troisième plus important pays au monde après les Etats-Unis et la Russie. La scolarisation est passée de 12 à 10 années obligatoires, les langues étrangères n’y sont plus enseignées, il n’y a plus de cirque, d’opéra, de bibliothèque. Les mois de l’année ont été rebaptisés par Nyazov, avril devenant par exemple Gourbansoltan en l’honneur de sa propre mère. La situation est grave et le désintérêt des médias occidentaux total : il faut dire que les réserves de gaz du Turkmenistan sont, disons, intéressantes pour les investisseurs occidentaux. Comme le pays ne fait preuve d’aucune prétention territoriale ou militaire, les grandes puissances laissent couler, malgré l’absence de presse indépendante, une opposition politique inexistante ou fortement réprimée lorsqu’elle apparaît.
Nicolas Righetti a été arrêté 17 fois lors de ses trois voyages au Turkménistan, car « dans chaque touriste se cache un terroriste ». Lorsqu’il a quitté Achgabat, son chauffeur de taxi lui a offert un souvenir : une petite broche à l’effigie de vous savez qui. Nicolas Righetti lui promettant de revenir, l’autre lui répondit à l’oreille : « Revenez quand mon pays sera normal ».

RIGHETTI, Nicolas. Love me Turkmenistan. Genève, Labor et fides, 2008

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Entre la plume et le fusain 7 mai 2009

Filed under: BD,Documentaire — Roane @ 9:21
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p1000682Quand on vit ensemble depuis 25 ans, certaines choses ne sont plus comme avant. Frédéric Pajak et Lea Lund ont décidé de passer cette crise en mêlant leurs talents. Lui a écrit le texte de L’Etrange beauté du monde  pendant qu’elle l’a illustré, créant alors ensemble un objet particulier dans la production littéraire. Il avait proposé le titre Un couple passe, elle avait rétorqué Un couple trépasse. Au début de ce superbe journal à quatre mains, il raconte comment ils se sont rencontrés, leurs portraits au fusain venant caresser ses mots. Il lui avait dit alors qu’il se définissait comme un Explorateur universel et qu’elle, il la sentait Incivilisée. Puis la plume est rentrée dans la chambre de la mère de Lea qui a décidé de mourir dignement pour stopper les ravages du cancer. Avec pudeur, le fusain reste en dehors et capture des arbres, les bords du Léman où Lea a vécu et où le couple s’est connu, une nature qui la ressource. Choisir son propre rivage, son port d’amarrage. Tout naturellement le récit nous emmène sur les traces de la deuxième fille de Karl Marx qui s’est suicidée avec son mari Paul Lafargue à l’aube de la septantaine, pour cesser de vieillir. Ensuite il est question des multiples conquêtes de Stendhal, d’un voyage décevant en Italie et d’un Cap, celui de Bonne-Espérance, que Frédéric et Lea franchirent ensemble… avec succès, semble-t-il. Leur couple est-il sauvé ? « Quel bonheur de se jeter dans notre propre vide » sera sa conclusion ; elle aura l’image de la fin avec trois chamanes…

PAJAK, Frédéric et LUND, Lea. L’étrange beauté du monde. Lausanne, Noir sur blanc, 2008. 269 p.

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Black hole 5 mai 2009

Filed under: BD — davide @ 2:58
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blackholeMettons donc à mort un vieux mythe et boutons hors du placard un secret qui ne l’est pas vraiment : oui, je lis des BD et ce, très souvent car en fait j’aime ça.

En effet, qu’y a-t-il à ne pas aimer dans le trou noir de Burns ?

Déjà, c’est un ouvrage qui se vend tout seul, que ce soit en fascicules ou dans l’édition intégrale, les couvertures sont d’une qualité et d’un potentiel de fascination assez peu négligeable.

Ensuite, le bouche à oreille : dans mon cas, il a suffi qu’un collègue qui demeurera anonyme pour son propre bien me déclare le temps qui lui fut nécessaire à se remettre de sa lecture pour que j’en fasse la commande pour ma bibliothèque privée le jour même.

Mais à ce stade, je n’avais que feuilleté quelques pages de fascicules susmentionnés, sans jamais oser aller plus loin de peur d’être frustré par une lecture incomplète et qui plus est en traduction (mais ce sont là mes problèmes personnels, pour lesquels j’ai ma propre pommade).

Et bien c’est du passé.

Malheureusement je ne suis pas plus avancé, cet ouvrage m’ayant rendu plus perplexe qu’un hérisson durant la saison des amours croisant une brosse à cheveux sur son chemin. Commençons par le plus simple : le graphisme est tout simplement somptueux. Les contours un peu mous sont vitalisés par le noir/blanc extrême et diaboliquement bien pensé. Les personnages ne sont ni beau ni caricaturaux, et expriment admirablement le marasme émotionnel associé à l’adolescence. L’histoire elle-même est limpide ; malgré des éléments de science-fiction, qui sont d’ailleurs remarquablement crédibles, c’est toujours les difficultés desdits adolescents à vivre entre eux et avec eux-mêmes qui prime, à tel point que le véritable héros de ce roman devrait être le malaise sourd, glauque et nauséeux qui se dégage de chaque page, et qui atteint son paroxysme lors des hallucinations qui frappent les personnages principaux. Il demeure que le monde décrit ici est quand même bien celui des 20 % « riches » de la planète,  spécifiquement celui de la banlieue nord américaine, et si les adolescents en question sont autant à même d’explorer les méandres de leur mal de vivre c’est bien parce qu’ils sont libérés du carcan des besoins matériels, y compris dans l’exil. Et c’est probablement une des raisons de l’inconfort que génère cette lecture, car l’opulence matérielle est partout visible, la bière coule à flots, on achète la drogue comme on échange des cartes à collectionner, et la nourriture, disons plutôt la bouffe, est partout présente, souvent jetée à terre ou gogeant dans des mares stagnantes, et semble faire écho à la dégradation lente des corps, apparente ou pas, qui se solde très rarement par des accès de tolérance.

De fait, Black hole semble être moins un livre qui raconte une histoire qu’un livre où l’histoire en est à ses derniers soubresauts, où on la voit se désagréger et vivre ses derniers instants, laissant aux personnages qui s’y débattent le soin de remplir les pages de leur conscience à l’agonie et d’actes tranquillement désespérés.

Enfin, et une fois n’est pas coutume, je n’arrive pas à me prononcer sur la conclusion de cette lecture. Le happy-end est-il vraiment happy ? Quand on a dû parcourir ce chemin de croix de l’ennui, du désespoir et de la solitude qu’est la vie des protagonistes de « Black hole », la fin est-elle vraiment importante, est-elle autre chose qu’une page de plus qui se tourne ou une autre crise hallucinatoire?

 

BURNS, Charles. Black Hole. Paris, Delcourt, 2006. non paginé.

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