L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Turkmenistan mon amour 11 mai 2009

Filed under: Divers — Dominique @ 10:28
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                                                        righetti                                           Je suis comme la plupart d’entre vous : je ne savais pas grand chose du Turkmenistan. Aussi, lorsqu’est apparu sur les étagères de la bibliothèque le dernier livre du photographe genevois Nicolas Righetti, que je connaissais déjà pour avoir publié Le dernier paradis, ouvrage édifiant sur la Corée du Nord, me suis-je emparée prestement dudit pour y jeter un peu plus d’un oeil. Comme dans son précédent ouvrage, pas besoin de long discours. Une trentaine de photos et quelques rares citations : la « preuve par l’image », en quelque sorte, comme le dit Jacques Hainard dans sa préface.
L’indépendance du Turkmenistan a été déclarée en 1992. A cette époque, Nyazov était déjà son président depuis 1985. Il a été réélu avec 99, 5% des voix… louche, vous dites ? Jusqu’en 2006, année de sa mort, il a maintenu son peuple dans la plus grande ignorance et l’indigence la plus totale, utilisant les deniers publics pour faire construire des tas de statues, en or de préférence, à son effigie. Son portrait apparaît sur les bouteilles de vodka, les produits de lessive, encadré au-dessus des lits conjugaux, comme le bon père du peuple turkmène qu’il se targua d’être.
Aujourd’hui, il n’y a plus que 3500 étudiants au Turkménistan alors qu’il y en avait 40’000 en 1996 ! L’éducation est pratiquement basée sur un seul livre, le Ruhmana, le livre saint du pays, à mettre au même rang que la Bible et le Coran, et écrit par devinez qui… On y apprend par exemple que la roue a été inventée au Turkménistan de même que l’écriture, ce que, comme moi, vous ignoriez sans doute, et que le Turkménistan est le troisième plus important pays au monde après les Etats-Unis et la Russie. La scolarisation est passée de 12 à 10 années obligatoires, les langues étrangères n’y sont plus enseignées, il n’y a plus de cirque, d’opéra, de bibliothèque. Les mois de l’année ont été rebaptisés par Nyazov, avril devenant par exemple Gourbansoltan en l’honneur de sa propre mère. La situation est grave et le désintérêt des médias occidentaux total : il faut dire que les réserves de gaz du Turkmenistan sont, disons, intéressantes pour les investisseurs occidentaux. Comme le pays ne fait preuve d’aucune prétention territoriale ou militaire, les grandes puissances laissent couler, malgré l’absence de presse indépendante, une opposition politique inexistante ou fortement réprimée lorsqu’elle apparaît.
Nicolas Righetti a été arrêté 17 fois lors de ses trois voyages au Turkménistan, car « dans chaque touriste se cache un terroriste ». Lorsqu’il a quitté Achgabat, son chauffeur de taxi lui a offert un souvenir : une petite broche à l’effigie de vous savez qui. Nicolas Righetti lui promettant de revenir, l’autre lui répondit à l’oreille : « Revenez quand mon pays sera normal ».

RIGHETTI, Nicolas. Love me Turkmenistan. Genève, Labor et fides, 2008

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One Response to “Turkmenistan mon amour”

  1. davide Says:

    merci Dominique. je n’aurais jamais à priori consulté ce livre sans votre billet, et il est, je le confirme, terrifiant.


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