L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Ainsi soit-elle 22 juin 2009

Filed under: Documentaire — davide @ 9:00
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ainsisArgh. C’est précisément ce qui en mon âme a résonné lorsque je me suis fixé comme objectif de faire un billet à propos de ce livre. Argh. Car quoi de plus éreintant, de plus exaspérant que de trouver quelque chose, de même pas drôle ou intéressant, mais quelque chose tout court à écrire sur un livre qui est ABSOLUMENT pertinent. Je fais de mon mieux : Benoîte Groult a écrit pas mal de livres, et je n’en ai lu aucun. Cependant celui-ci a dû être cité dans un des ouvrages que j’ai lus précédemment, ma liste de lecture ayant pour mode d’accroissement une certaine forme d’osmose chaotique. J’ai, comme à mon habitude, sauté la préface, pour tomber sur une introduction tout à fait à mon goût, car elle décrit cet opus comme un je-ne-sais-quoi, et donc pas un roman ou un essai ou quelque autre genre labellisé. Même le thème est flou : il ne s’agit pas de féminisme, ni même de féminité, de militantisme ou de pamphlétarisme. Juste un livre qui parle de ce qu’a dû subir la moitié de la population de cette planète, définie principalement par la forme et la fonction de quelques grammes de viande et de peau (et comme le dit si bien le philosophe North: « Votre famille toute entière est faite de viande »). Parler de lutte féministe est, je pense, assez difficile pour les personnes de ma génération et les suivantes, tant on nous serine que
a) les conditions d’existence de la femme occidentale se sont quand même sacrément améliorées depuis le siècle passé et que
b) il y a des problèmes plus graves dans le monde, comme la mise en page de son site Myspace©.
Or quelques indices (citons par exemple le salaire inférieur pour un travail équivalent que gagnent les personnes de sexe féminin, oui en Suisse aussi, ou que certains comportements ou attitudes proprement préhistoriques ont encore cours de nos jours, oui en Suisse aussi, c.f. la publicité, par exemple, dans son ensemble) pourraient nous donner à penser que le thème est encore d’actualité et surtout d’importance, et dans ce livre Groult fait un petit tour d’horizon des mille et une façons que les hommes ont encore de mépriser, de rabaisser et d’avilir les femmes. Des évolutions politiques perverties aux élans révolutionnaires avortés, de la littérature bien classieuse à la pornographie la plus crasse, de l’excision/infibulation à la chirurgie esthétique, l’auteur attire l’attention sur des attitudes souvent considérées commes « naturelles » qui se retrouvent sans cesse, jusqu’au niveau le plus personnel, individuel et intime, d’une culture et d’un pays à l’autre, jusqu’à ce l’on ne puisse être que convaincu qu’au-delà de toute réflexion sociale, politique, médicale et psychologique (et PAN dans les dents de Freud), il ne reste qu’une seule constatation : le mâle humain cherche toujours, de plus en plus désespérément, à se convaincre et surtout à convaincre la femelle humaine qu’elle est son inférieure. Le fait est que cette attitude, étudiée objectivement, est répugnante et probablement responsable en partie du feu d’artifice géant qui nous attend sans doute dans quelques années, et qui donnera enfin leur place tant attendue d’espèce dominante sur cette planète aux cafards, bien plus tolérants que nous. Un petit détail cependant : ce livre a été écrit en 1974, et le fait qu’il soit encore tellement d’actualité est l’occasion pour toutes et tous de réaliser des économies d’énergie en nous chauffant à la colère brute et non raffinée.

GROULT, Benoîte. Ainsi soit-elle. Paris, Club français du livre, 1975. 228 p.

Disponibilité

 

2 Responses to “Ainsi soit-elle”

  1. olympe Says:

    livre pourtant ancien mais dont la lecture reste interessante

  2. davide Says:

    commentaire pertinent d’une bloggueuse pertinente! (j’encourage d’ailleurs vivement tous nos lecteurs à suivre le lien sous « olympe » ci-dessus pour découvrir un blog des plus intéressant).
    celles et ceux qui s’intéressent au sujet mais qui voudraient un documentaire un peu plus récent peuvent sans autre consulter le « un silence de mortes: la violence masculine occultée » de Patrizia Romito (chez Syllepse), qui est très bien documenté, particulièrement lisible, et plein d’anecdotes plus terrifiantes et affligeantes les unes que les autres, avec une mention spéciale des « cas » italiens (que j’affectionne/hais tout particulièrement).


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