L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Locas 16 juillet 2009

Filed under: BD — davide @ 9:29
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locas1locas2Tant qu’à envoyer balader ses principes, autant le faire avec deux gros pavés, n’est-ce pas ?

Donc voici de la BD. On m’apprend que les frères Hernandez ont à leur actif une série monumentale de petits mickeys, tous plus ou moins basés dans le même monde, avec une ronde de personnages récurrents et liés entre eux de près ou de loin. Je n’en savais pas plus, mais ces deux volumes semblaient assez consistants, avec une quantité de texte gérable, et bon, comme le dit si bien le philosophe Mixalot : « J’aime les gros livres et je ne peux mentir ».

Enfin, pas exactement, mais dans ce contexte nous nous en contenterons.

M’étant lancé dans le premier volume de Locas sans autre préparation physique,  réserves de survie ou matériel de camping, je me rends vite compte de deux choses :

  1. Les Locas en questions (littéralement, les folles), sont Maggie et Hopey, deux jeunes femmes américaines, d’origine métissée, la première étant un peu indécise sur TOUT, la seconde au caractère bien trempé. Elles sont amies.
  2. Si j’essaie de me rappeler de tous les personnages et des fils narratifs, la pression sera trop grande et mon cerveau explosera.

Car ce qu’on m’avait dit est indéniablement vrai. On entre de plain-pied dans la vie quotidienne des deux héroïnes, et l’on rencontre immédiatement toute une ribambelle de personnages secondaires, famille ou amis, qui ne sont pas juste des faire-valoirs, mais ont des personnalités bien travaillées, ainsi que des histoires à eux, qu’ils mènent seuls ou en collaboration avec d’autres personnages.

N’ayant pas envie d’imposer un ménage post-explosif cérébral à ma colocataire, je me suis mis en mode lecture-sans-chercher-à-se-rappeler-qui-est-qui, et force a été de constater l’habileté de l’auteur à faire de véritables lasagnes narratives en hachant  les différentes histoires, en compressant plusieurs événements très importants en quelques cases, en les parsemant d’apparitions de personnages importants sans qu’on le sache, sans pour le moins indigérer le lecteur.

On survole donc la vie de Maggie et Hopey, leurs prises de bec au sujet de l’avenir professionnel de la première, les hauts et les bas du groupe de musique punk dans lequel la seconde est bassiste, la vie dans les quartiers à forte concentration mexicaine où elles habitent et d’où la première est issue, les folies de leurs amis qui ont réussi, la résilience de ceux qui ont échoué, les conflits entre la famille et le monde du catch (plus proches qu’on ne pourrait l’imaginer), sans pour autant s’arrêter ou donner plus d’importance à un fil narratif qu’à une autre, à un personnage qu’à un autre. Il y a bien sûr évolution des personnages, mais elle se fait brutalement, souvent quand on les retrouve après des centaines de pages et que des semaines, des mois voire des années ont passé, et il est curieux de constater que tout se tient, que d’un personnage à l’autre le fil n’est jamais rompu et que même si les vies décrites sont par moment superficielles voire étriquées (diablement comme les nôtres, en fait), elles n’en restent pas moins fascinantes car Hernandez arrive à nous faire véritablement croire que quelque chose de spécial nous attend à la fin.

Ça, c’est pour l’histoire.

Les dessins sont somptueux, avec une base de réalisme, qui permet quelques incartades du côté des comics traditionnels américains et des pépites de science-fiction pas forcément subtiles mais remarquablement bien dosées. Entre ces aspects et les personnalités frondeuses (j’aurais envie de dire saines, équilibrées et naturelles) des personnages féminins, on pense volontiers à la Tank Girl de Hewlett et Martin, mais en noir et blanc, ce qui rend l’ensemble plutôt sobre et agréable à regarder, donc à lire.

Enfin, je salue ici très bas la toute fin du second volume, qui comporte le genre de retournement de situation qui me met véritablement à genoux et change du tout au tout, à mon avis, l’ampleur de l’œuvre en question, faisant office de douche glacée au cerveau après le sauna bien chaud que sont ces deux volumes.

 

HERNANDEZ, Jaime. Locas. Paris, Seuil, 2005 et 2006. 2 vol. 348 et 324 p. 

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