L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Une Italie encore égratignée 28 août 2009

Filed under: Polar — Roane @ 4:00
Tags: , , , ,

P1000728_2Vous rentrez de vacances et éprouvez le besoin d’ajouter une pincée de Sud à votre quotidien laborieux ? Une lecture dépaysante pour tous ceux qui sont donc partis, revenus, mais aussi pour les jamais partis, jamais revenus, qu’importe… Sachez seulement que ce roman vous emmènera sans frais… au chaud, en Italie du Sud, dans la région de Bari. Un enfant a été tué sur la plage et on a semble-t-il arrêté le premier Noir venu. Enfin, c’est ce que dit sa compagne quand elle vient demander de l’aide à Guido, un avocat plus préoccupé par ses quarante ans rugissants que par son travail. Sans enthousiasme, il accepte de défendre Abdou.

Mon médecin avait accepté de me prescrire quelque chose pour dormir et grâce à ces cachets, la situation sembla s’améliorer. Un peu. Mon humeur était toujours grise ardoise, mais au moins, je ne me traînais pas comme un spectre, terrassé par l’insomnie. Cependant, ma productivité au travail de même que ma fiabilité professionnelle avait dangereusement atteint la cote d’alerte. Il y avait différentes personnes dont la liberté dépendaient de la qualité de mon boulot, de ma concentration. Je suppose qu’elles auraient trouvé intéressant de découvrir que je passais mes après-midi à parcourir distraitement les dossiers ; que je me fichais éperdument du contenu desdits dossiers et de mon client, que le résultat du procès reposait pratiquement sur le hasard ; bref, que leur destin était entre les mains d’un irresponsable psychiquement détraqué.

A l’évidence, je ne vais rien vous dévoiler du dénouement de cette affaire mais, pour vous mettre le Montepulciano à la bouche, juste vous dire que notre avocat dépressif va retrouver goût à l’enquête lorsqu’il sera confronté au racisme ambiant, qu’il provienne de petites gens ordinaires, témoins involontaires, mais aussi de ceux-là mêmes qui sont au sommet de la justice italienne. Quoi de plus ressemblant à un Noir, sinon un autre Noir. Tout par de là. Un pamphlet contre les tribunaux d’Italie du Sud qui donne à ce petit roman policier un air peu banal. C’est une alternative allégée au splendide « Gomorra«  présenté ici il y a quelques mois. Et la cerise sur le pannetone, c’est que c’est bien traduit. Alors, si j’étais vous, je m’en irais l’emprunter fissa dans votre bibliothèque favorite et presto j’irais m’étendre sous un arbre et… « Chut, je lis » :

Je me souviens parfaitement du jour – ou plutôt de l’après-midi – où tout a commencé.

CAROFIGLIO, Gianrico. Témoin involontaire. Paris, Rivages, 2007 (Rivages/noir ; 658). 314 p.

Disponibilité

 

Coeur cousu 26 août 2009

Filed under: Roman — chantal @ 3:00
Tags: , ,

Coeur cousu

Soledad est une vieille femme quand elle prend la plume pour nous conter l’histoire de sa mère Frasquita, couturière qui possédait un don pour coudre ; des chiffons, des vêtements, mais aussi les coeurs, et  parfois dans certains moments sanglants de l’histoire, elle aura recours à son don de manière surprenante…
Mariée à seize ans, elle donnera naissance à de nombreux enfants, tous dotés d’étranges pouvoirs. Son mari et ses folies vont la condamner à l’errance avec sa caravane d’enfants, car il la perd au jeu lors d’un combat de coqs.  De fil en aiguille (c’est le cas de le dire !), elle parviendra jusqu’en Afrique du Nord, où elle pourra transmettre à ses filles la mystérieuse boîte qui appartient à sa famille depuis des générations.
Ce roman n’est pas un livre fantastique, il est bel et bien ancré dans la réalité, même si parfois le côté magique nous surprend. C’est peut-être pour nous rappeler que (davantage dans les générations précédentes et dans des villages parfois plus reculés, selon les coutumes et les traditions indigènes),  les légendes et les superstitions font partie du quotidien. C’est le petit ingrédient qui peut manquer dans nos vies souvent organisées et stressées… en tout cas c’est ce que j’aime trouver dans les livres ou les voyages, ça nous ouvre des portes et ça nous surprend, l’imagination de Carole Martinez est subtile.
C’est aussi un livre sur la filiation, la transmission mère-fille, mais toujours une histoire de femmes fortes en pays macho… une merveilleuse fresque qui nous fait voyager culturellement, géographiquement et historiquement. C’est déjà ça !

MARTINEZ , Carole. Coeur cousu. Paris, Gallimard, 2007

Disponibilité

 

Déraison 24 août 2009

Filed under: Divers — davide @ 8:00

deraisonUne fois n’est pas coutume, j’ai été surpris par une lecture ; le collègue (préservons son anonymat et appelons-le Tony L. ou plutôt non, T. Larsen) qui m’avait suggéré la lecture de Black Hole m’a récemment approché avec une stratégie sournoise comparable à la technique ninja dite du pingouin furtif, et m’a asséné deux livres qu’il jugeait essentiels à ma culture. Ou quelque chose de cet ordre. L’un de ces ouvrages (vous n’échapperez à l’autre que quelques semaines) est Déraison. Les premières pages s’auguraient plutôt bonnes, le narrateur étant le genre de psychomalade qui s’ignore qui me fait toujours chaud au cœur, et les phrases longues d’une page, ainsi que l’obsession et la paranoïa qu’il transpire m’étaient plutôt sympathiques. D’autant plus que le contexte dans lequel se déroule l’histoire (rétrospection politico-religieuse mais surtout bien hypocrite sur le génocide des populations indigènes au Guatemala) me parle particulièrement ; il faut également relever que l’auteur a su parfaitement marier l’absurdité cauchemardesque de ces massacres avec les prédispositions du narrateur déséquilibré, et que sa descente en spirale dans la folie, accélérée par les « rencontres coquines » auxquelles il s’accroche comme un adolescent moyen à son téléphone portable n’est pas dénuée d’humour. Ainsi on passe d’horreur à humour sans véritable rupture, ce qui peut être déconcertant pour celui qui n’a pas fait ses classes dans ce genre de fiction (si c’est le cas commencez donc par l’American psycho de Bret Easton Ellis).
Néanmoins, il est arrivé un moment où j’ai un peu commencé à saturer et à trouver ce mâle chauvin imbu de lui-même au point de refuser de se soigner parfaitement insupportable, et c’est LÀ qu’est intervenue la chute de l’histoire, à savoir une bonne douche froide suivie d’une salutaire paire de baffes en guise de retour à la réalité, où du moins la réalité telle que je la perçois. Mais bon. Arrêtons-nous en là.

CASTELLANOS MOYA, Horacio. Déraison. Montréal, Allusifs, 2006. (Les allusifs, 42) 140 p.

Disponibilité

 

Une Montespan peut en cacher un autre 20 août 2009

Filed under: Roman — Roane @ 8:00
Tags: , , , ,

P1000979La Montespan ? Sans être une lumière en histoire, on se souvient vaguement qu’elle a été la maîtresse d’un roi… Je vous souffle lequel : Louis XIV. Mais il n’y a bien que Jean Teulé pour se demander ce qu’est devenu le mari, Le Montespan. C’est avec verve et humour qu’il nous conte ici les déboires de ce cocu magnifique. Louis-Henri, c’est ainsi que l’auteur le nomme familièrement car, très vite, nous sommes invités à devenir intimes. On va tout savoir de lui, pénétrer son for intérieur, apprendre à connaître ceux qui l’entourent et la société française de cette deuxième moitié du 17ème siècle. Ici, Versailles ne scintille plus, les taffetas ne sont pas parfumés à la lavande, le petit doigt est peut-être levé mais pas lavé ; Teulé nous pousse dans la crasse de l’arrière-cour, là où les bouches aux haleines chargées postillonnent contre des visages vérolés, pendant que la Seine charrie des eaux usées jusqu’aux os de cadavres d’animaux, mais aussi d’hommes qui ont raté leur duel. Avant de vous donner à sentir quelques extraits choisis, deux mots de l’histoire « proprement » dite. Afin de nous montrer l’amour passionnel qui unit Monsieur et Madame de Montespan au début de leur mariage, Teulé nous invite d’emblée – et sans cesse – à les rejoindre sous les draps, sur le divan ou la banquette du carrosse, partout où les jupes peuvent se trousser. A ce stade du roman les vents, avant de devenir mauvais, sont alors plutôt coquins.

Après la chose faite, après le coup porté, après chaque petite mort de l’un et de l’autre – et quelles morts ! -, Françoise renaît dans un nouveau tumulte pour mourir encore et plus fort. Etendue sur le cuir rembourré de crin de la banquette, son galbe, son que sais-je, disent au marquis : « Viens là ! » Et la chaleur s’insinue : « Reste ! ».

Entre deux câlins, nos deux tourtereaux (pas sûr que ces oiseaux-là soient bien adéquats pour qualifier notre couple, mais vous me pardonnerez certainement ce cliché qui nichait dans ma tête) fréquentent le « beau » monde des salons. Là encore, Teulé dégaine son style imagé, ses tournures de phrases inventives pour décrire une aristocratie pas aussi flamboyante que les livres d’histoire ou les films hollywoodiens nous l’ont dépeinte. A quand une adaptation cinématograhique du roman de Jean Teulé avec des acteurs édentés, pas rasés, déformés par la syphilis, aux perruques mal ravaudées, et avec des actrices à chicots, aux robes tachées, ne portant souvent pas de dessous pour faciliter les évacuations diverses et régulières ? Brad Pitt ou Nicole Kidman seraient-ils prêts à jouer ces aristocrates-là ? Au cas où ils liraient ce billet… merci de me faire signe !

Les courtisans s’esclaffent. Leurs lèvres s’étirant découvrent des dents cassées et pourries mais ils ont en bouche cannelle et clous de girofle afin d’avoir le flairer doux. Un aristocrate conseille à un autre : « Les caries sont dues à des vers dentaires qu’il faut tuer avec des emplâtres de poudre de cornes de cerf mélangée à du miel ».

Les Montespan s’aimeront durant quatre années avant que Sa Majesté ne jette son dévolu sur Françoise qui dira à son mari n’avoir eu d’autre choix que d’accepter d’honorer le roi. Mais Louis-Henri comprend rapidement que sa femme met tout son coeur à cette belle ouvrage, voyant là les nombreux avantages matériels qu’elle peut en tirer. Le pauvre Marquis, lui, le prend très mal et n’écoute pas ses proches qui lui conseillent de regarder le bon côté de la chose : les faveurs et les compensations qu’il peut recevoir en échange de sa femme ; ils ajoutent goguenards que de toute façon tout passe tout casse, tout lasse et qu’il est grand temps de s’enticher d’une autre. Mais il reste inconsolable et veut montrer au monde son chagrin. Il ne craint pas le ridicule quand il fait installer de gigantesques cornes de cerfs aux quatre coins de son carrosse. Jour après jour, il ressasse sa haine du roi tout en gardant intact l’amour qu’il porte à sa femme. Un petit roman pétillant dans un style gouailleur. Un véritable remède à la dépression post-estivale !

TEULE, Jean. Le Montespan. Paris, Julliard, 2008

Disponibilité

 

Ulysse from Bagdad 18 août 2009

Filed under: Roman — Françoise B. @ 8:00
Tags: , , , ,

UlysseMais oui, je sais… Eric-Emmanuel Schmitt, on adore ou on déteste. Trop médiatique ? trop philosophe ? trop facile ? Il est vrai qu’Ulysse from Badgad se lit aisément d’un trait. Mais le thème abordé, lui, est des plus sérieux : un jeune Irakien, Saad Saad, cherche à fuir le chaos de son pays et on peut le comprendre ! Petit retour en arrière : de 1991 à 2003, les Irakiens subissent un embargo international qui les affament. En 2003, les Etats-Unis envahissent le pays et font tomber Saddam Hussein. Heureux épilogue ? Non, car les attentats et actes de guérilla se multiplient et rendent la vie impossible aux habitants.
Saad Saad, tel un Ulysse des temps modernes, entreprend donc un long périple à travers terres et mers pour rejoindre Londres, son but absolu. Il subira le sort de milliers de clandestins à la recherche d’une vie meilleure au Nord : faim, peur, perte d’identité, désespoir seront ses compagnons d’infortune. Heureusement, le fantôme de son père décédé le suit tout au long du voyage. Dès qu’il se lave les pieds,  il débarque pour lui prodiguer de sages conseils. Ces épisodes sont assez drôles, je dois dire !
On peut lire ce roman comme un récit d’aventures, mais pas seulement : ce texte est pétri d’humanisme et m’a personnellement touchée. Il entre en résonance avec d’autres oeuvres sur ce sujet malheureusement d’actualité : on pense au film « Welcome » de Philippe Lioret, au film documentaire « La forteresse » de Fernand Melgar, qui présente aussi un jeune requérant d’asile irakien, expulsé de Suisse depuis. Quelques romans se sont aussi intéressés au thème des réfugiés : « Eldorado » de Laurent Gaudé et « Harraga » de Boualem Sansal, sans oublier le « Douce France » de Karine Tuil, qui plonge dans l’univers sinistre des centres de rétention français.
En conclusion, je vous dirai simplement : sauf si vous êtes allergique à l’auteur, lisez ce livre qui est à mon avis très réussi !

SCHMITT, Eric-Emmanuel. Ulysse from Bagdad. Paris, Albin Michel, 2008, 309 p.

 Disponibilité

 

Le monde selon Monsanto 15 août 2009

Filed under: Documentaire — davide @ 9:00
Tags: , , , ,

le-monde-selon-monsantoJe suis bien content ; ce billet me donne l’occasion de répondre à ceux qui me reprocheraient d’être un rebelle un peu pantouflard et aligné sur la bourgeoisie locale que je sais également prendre des risques un peu fous et extrêmes, par exemple en écrivant un billet pour présenter «  Le monde selon Monsanto » (vous allez vite comprendre pourquoi).
L’auteur était partie pour faire trois reportages pour la chaîne de télévision Arte, quand elle remarqua qu’un nom revenait bien souvent, et souvent dans un contexte pour le moins revêche : celui de la firme agro-industrielle Monsanto. Du coup, elle enquêta à son sujet, publia ce livre, et réalisa en parallèle un film du même titre.
Du coup, film et livre ont un peu le même défaut, à savoir que leur rythme est un peu bancal, et pourra laisser sur sa faim le lecteur exigeant une intrigue soutenue par des rebondissements et méandres narratifs bien excitants.

CAR

Monsanto, c’est tout d’abord une bonne firme bien familiale, qui produisait de bons produits chimiques, en commençant par de bons PCB, puis au fil du siècle du bon agent orange et d’autres bonnes choses encore, mais c’est surtout sa manière de faire qui lui a servi, tant elle était l’exemple presque type de la firme industrielle ayant su se détacher du misérabilisme des crises diverses en évitant de s’enliser dans la flaque rouge et gluante du syndicalisme, en accomplissant le rêve de la croissance  constante. Toujours est-il que l’on nous sert assez tôt, un peu comme un goulache de viande hachée aux épinards en branches en entrée, le fait (pas l’hypothèse, voyez-vous) que Monsato PEUT TOUT FAIRE. Et je vous prie de ne pas voir de connotation négative dans cette affirmation, tout juste un constat. Le livre (comme le film) démontre clairement que Monsanto pourrait bio-ingénieuriser un gène de pesto-lèpre de la truite velue, le faire homologuer officiellement comme herbicide/engrais/édulcorant universel biodégradable à 178%, à l’imposer à un continent tout entier en faisant des produits de ses concurrents le nouveau débouche-toilettes à la mode, et quand bien même elle serait à l’origine d’un nouvel Age Sombre, ses pratiques ne seront jamais remises en question. Et quand bien même elle serait traînée en justice, elle sera acquittée. Et même si dommages à payer il y avait, on a tôt fait de se rendre compte que face aux bénéfices engrangés par la firme, ils ne représentent vraiment que la chute de la blague de la soirée à la prochaine réunion de ses actionnaires.

Ça, c’est pour les 40 premières pages du livre.

S’ensuit un catalogue des produits que Monsanto a développés et vendus, des pratiques envers des groupes de population utilisant ces mêmes produits, et des impacts des premiers sur la biodiversité et des secondes sur l’existence de Monsieur et Madame tout le monde.

Bref, c’est très exactement le genre de livre qu’un objectiviste engagé jugera comme un pur produit éco-larmoyant. Ce qui n’est pas le cas. Car à la date de parution de ce livre, il n’est que deux types de personnes pour vouloir en contester la teneur : les avocats de la firme en question (c’est leur travail après tout), et les scientifiques ayant couvert ses agissements ou servi de détracteurs à ses opposants, et qui doivent bien essayer de maintenir leur façade de rigueur scientifique (eux, par contre, je ne vois vraiment pas ce qu’ils avaient à y gagner). Ce n’est pas que le reste du monde n’est pas dupe, mais simplement que la firme a amassé un tel pouvoir monétaire, placé tant de ses cadres à des postes clés dans des organes de contrôle et de santé nationaux et internationaux, développé des produits si dangereux et de manière si éhontée, qu’il ne semble plus vraiment utile d’engager un quelconque débat quand à la modération de ses pratiques bio-agricoles.
Vraiment, on en arrive, en lisant ce livre, à être atterré simplement par ce qui est littéralement ingurgité par la population nord-américaine, et à voir comme simple bon sens de tout bonnement refuser la moindre implantation de ses produits sur le territoire européen. Un exemple, mon préféré, est celui du lait au pus, dû à la mammite accompagnant l’injection d’hormones de croissance bovines . Peut-être sommes-nous trop douillets sur le vieux continent, toujours est-il que je suis quasiment sûr que peu de mes voisins apprécient une bonne louche de pus dans leur lait. Ceci étant dit, et contrairement au film éponyme, on ne perd pas trop vite intérêt, car on n’a de cesse de parcourir les notes très bien fournies, de relever des noms, bref de prendre conscience d’un état de fait si particulier et pourtant si typique (à mon avis, bien sûr. Si vous ne deviez pas revoir de mes billets dans les deux prochaines semaines, veuillez considérer que je suis en train de casser de l’ADN au maillet, enchaîné à un bidon de Roundup©, sous la surveillance d’un épi de blé carnivore dans le donjon de la base lunaire de Monsanto pour m’acquitter des trilliards que je leur devrais en dommages et intérêts.)

ROBIN, Marie-Monique. Le monde selon Monsanto : de la dioxine aux OGM, une multinationale qui vous veut du bien. Paris, Découverte, 2008 (Cahiers libres). 370 p.

Disponibilité

 

Le soleil des Scorta 12 août 2009

Filed under: Prix littéraires,Roman — thierry @ 8:00
Tags: , , ,

scortaa

Tout commence par le retour au village du terrible Luciano Mascalzone après son séjour en prison. Sous un soleil de plomb et sans descendre de son âne il se dirige vers la maison de Filomena Scorta, à qui il n’a cessé de penser durant ces 15 années d’abstinence. Il sonne à la porte, une fille lui ouvre, et sans échanger un mot ils vont passer les dernières heures de Luciano ensemble avant qu’il ne se fasse lapider violemment par les hommes du village. Un enfant naîtra de ces derniers moments entre ce bandit et son amour de jeunesse. Cet enfant  sera le premier des Scorta, enfant maudit, montré du doigt et rejeté par toutes les familles de ce village des Pouilles. Toute sa vie il en gardera rancune et portera en lui une violence énorme qu’il transmettra à ses descendants. Nous sommes en 1875 et à travers les trois générations suivantes, Gaudé brosse le portrait de cette Italie du Sud, où on part s’enrichir en Amérique, souvent sans succès, on participe à la montée du fascisme, on fait du trafic de cigarettes ou d’humains avec l’Albanie, et pour finir on assiste à l’arrivée du tourisme de masse estival. Et cela baignant toujours dans une extrême pauvreté, un sens de la famille et de l’honneur omniprésent. Et de chaleur, mon dieu, quelle chaleur, rien qu’à lire Gaudé on transpire ! Et à propos de famille et de pauvreté, chez les Scorta, on ne mange pas toujours à sa faim mais quand on décide de réunir la famille pour un repas de fête, on se souvient encore 30 ans après de tous les détails du festin !
Ce livre est un régal, on ne peut pas le lâcher, on en veut encore et on se demande bien pourquoi Gaudé n’a pas fait deux ou trois cent pages de plus. Tant pis, on lira ses autres romans qui ont l’air tout aussi appétissants.

Petit détail : la fille qui ouvrit la porte à Luciano Mascalzone n’était évidemment pas Filomena…

GAUDE, Laurent. Le soleil des Scorta. Arles, Actes Sud, 2007. (Domaine français). 246 p.

Disponibilité