L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Une Montespan peut en cacher un autre 20 août 2009

Filed under: Roman — Roane @ 8:00
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P1000979La Montespan ? Sans être une lumière en histoire, on se souvient vaguement qu’elle a été la maîtresse d’un roi… Je vous souffle lequel : Louis XIV. Mais il n’y a bien que Jean Teulé pour se demander ce qu’est devenu le mari, Le Montespan. C’est avec verve et humour qu’il nous conte ici les déboires de ce cocu magnifique. Louis-Henri, c’est ainsi que l’auteur le nomme familièrement car, très vite, nous sommes invités à devenir intimes. On va tout savoir de lui, pénétrer son for intérieur, apprendre à connaître ceux qui l’entourent et la société française de cette deuxième moitié du 17ème siècle. Ici, Versailles ne scintille plus, les taffetas ne sont pas parfumés à la lavande, le petit doigt est peut-être levé mais pas lavé ; Teulé nous pousse dans la crasse de l’arrière-cour, là où les bouches aux haleines chargées postillonnent contre des visages vérolés, pendant que la Seine charrie des eaux usées jusqu’aux os de cadavres d’animaux, mais aussi d’hommes qui ont raté leur duel. Avant de vous donner à sentir quelques extraits choisis, deux mots de l’histoire « proprement » dite. Afin de nous montrer l’amour passionnel qui unit Monsieur et Madame de Montespan au début de leur mariage, Teulé nous invite d’emblée – et sans cesse – à les rejoindre sous les draps, sur le divan ou la banquette du carrosse, partout où les jupes peuvent se trousser. A ce stade du roman les vents, avant de devenir mauvais, sont alors plutôt coquins.

Après la chose faite, après le coup porté, après chaque petite mort de l’un et de l’autre – et quelles morts ! -, Françoise renaît dans un nouveau tumulte pour mourir encore et plus fort. Etendue sur le cuir rembourré de crin de la banquette, son galbe, son que sais-je, disent au marquis : « Viens là ! » Et la chaleur s’insinue : « Reste ! ».

Entre deux câlins, nos deux tourtereaux (pas sûr que ces oiseaux-là soient bien adéquats pour qualifier notre couple, mais vous me pardonnerez certainement ce cliché qui nichait dans ma tête) fréquentent le « beau » monde des salons. Là encore, Teulé dégaine son style imagé, ses tournures de phrases inventives pour décrire une aristocratie pas aussi flamboyante que les livres d’histoire ou les films hollywoodiens nous l’ont dépeinte. A quand une adaptation cinématograhique du roman de Jean Teulé avec des acteurs édentés, pas rasés, déformés par la syphilis, aux perruques mal ravaudées, et avec des actrices à chicots, aux robes tachées, ne portant souvent pas de dessous pour faciliter les évacuations diverses et régulières ? Brad Pitt ou Nicole Kidman seraient-ils prêts à jouer ces aristocrates-là ? Au cas où ils liraient ce billet… merci de me faire signe !

Les courtisans s’esclaffent. Leurs lèvres s’étirant découvrent des dents cassées et pourries mais ils ont en bouche cannelle et clous de girofle afin d’avoir le flairer doux. Un aristocrate conseille à un autre : « Les caries sont dues à des vers dentaires qu’il faut tuer avec des emplâtres de poudre de cornes de cerf mélangée à du miel ».

Les Montespan s’aimeront durant quatre années avant que Sa Majesté ne jette son dévolu sur Françoise qui dira à son mari n’avoir eu d’autre choix que d’accepter d’honorer le roi. Mais Louis-Henri comprend rapidement que sa femme met tout son coeur à cette belle ouvrage, voyant là les nombreux avantages matériels qu’elle peut en tirer. Le pauvre Marquis, lui, le prend très mal et n’écoute pas ses proches qui lui conseillent de regarder le bon côté de la chose : les faveurs et les compensations qu’il peut recevoir en échange de sa femme ; ils ajoutent goguenards que de toute façon tout passe tout casse, tout lasse et qu’il est grand temps de s’enticher d’une autre. Mais il reste inconsolable et veut montrer au monde son chagrin. Il ne craint pas le ridicule quand il fait installer de gigantesques cornes de cerfs aux quatre coins de son carrosse. Jour après jour, il ressasse sa haine du roi tout en gardant intact l’amour qu’il porte à sa femme. Un petit roman pétillant dans un style gouailleur. Un véritable remède à la dépression post-estivale !

TEULE, Jean. Le Montespan. Paris, Julliard, 2008

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