L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Chroniques de l’oiseau à ressort 1 septembre 2009

Filed under: Roman — davide @ 10:26

chroniques_de_l_oiseau_a_ressortOn se souviendra du billet où mon collègue m’a sournoisement communiqué ses suggestions de lecture comme un virus malvenu (technique du pingouin etc. et tout ça). Si sa première suggestion m’a plu d’emblée, au final, j’étais nettement moins enthousiaste à l’idée de lire les Chroniques de l’oiseau à ressort. Je lis assez régulièrement des romans japonais, mais restais convaincu que ce Murakami-là (par rapport à l’autre, à savoir Ryû), était un peu trop gentil et surtout populaire pour m’être plaisant, ce qui montre bien que faire confiance à des préjugés peut être très, très bête.
Car j’ai adoré. Il n’y a pas d’autre mot. Adoré. Que ce soit le personnage principal, cette espèce de samouraï de la tartine, dont les armes principales face aux changements cataclysmiques qui surviennent dans sa vie sont la sieste et la balade à pied. Bon je vous l’accorde, il se prépare aussi de bons petits plats, et se pose quelques questions. Voici une petite citation qui me semble au mieux cerner le personnage :

C’était tellement soudain. Je ne savais pas quoi faire. C’est exactement ce que je lui dis :

-C’est tellement soudain, je ne sais pas quoi faire. 

Il y a aussi les personnages secondaires, qui ont la courtoisie de ne pas s’imposer tout au long du roman, mais juste le temps de participer à l’embrouille, souvent sans que l’on saisisse vraiment quel est leur rôle dans son intégralité. L’histoire, ensuite, commence avec une suite de scènes tantôt cocasses tantôt juste bizarres, mais jamais ennuyeuses à lire, et qui surtout plantent sournoisement les graines d’une intrigue très prometteuse (disons, tordue) dans l’esprit du lecteur. Au fur et à mesure de la lecture, on est entraîné dans des retours en arrière qui bien sûr ne font qu’ajouter à la confusion (mais c’est une bonne confusion), et nous préparent pour le moment où la réalité prend graduellement un tour de plus en plus relatif pour le héros, qui apprend à perdre pied et à se laisser emporter par les événements comme un surfeur sur sa vague. Ça, c’est pour la forme.
En ce qui  concerne le fond, j’ai été gâté : qu’il s’agisse de la subtile mise en abîme de la folie qui sous-tend  notre vie quotidienne, des rares et précieux moments de grâce qui nous visitent quand on s’y attend le moins, de l’héritage sanguinaire laissé par nos ancêtres les plus proches dans l’implacable gaspillage de vie qu’ont été les guerres passées, de la beauté inhérente de la nature qui nous entoure ou encore du combat à mener contre soi-même pour faire face aux individus malfaisants qui prennent plaisir à infliger la souffrance autour d’eux tout en évitant de sombrer soi-même dans une abjecte monstruosité, tous ces ingrédients réunis dans les Chroniques de l’oiseau à ressort auraient pu donner une épaisse et indigeste bouillabaisse mais, au contraire, nous régalent d’un gaspacho littéraire frais, curieux et nourrissant, dont on n’est jamais sûr de la douceur ou de l’amertume et qui, une fois avalé avec délice, nous laisse le souvenir confus d’une expérience qui s’est, on s’en rend compte petit à petit, prolongée subrepticement au-delà de la page. Pour ainsi dire :

Un puzzle où la vérité n’était pas forcément la réalité, et la réalité n’était peut-être pas la seule vérité.

MURAKAMI, Haruki. Chroniques de l’oiseau à ressort. Paris, Seuil, 2006 (Points, 1268). 847 p.

Disponibilité

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