L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Banks sur la réserve 19 octobre 2009

Filed under: Divers,Roman — Dominique @ 11:16
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banksCe qu’il y a de bien avec certains auteurs, comme Russell Banks, c’est que ses livres sont d’une telle qualité que même lorsqu’ils sont boudés par la critique, on peut sans autre se lancer dans leur lecture. Un « mauvais » Russell Banks restera toujours mille fois plus intéressant qu’un « bon » ………. (espace à remplir vous-même, je ne voudrais pas aborder le dangereux et infini débat sur la « bonne » ou la « mauvaise » littérature et passer pour une bibliothécaire élitiste qui se sent investie d’une mission non avouée d’édification des foules). Forte de cette conviction que l’on peut vraiment compter sur certains auteurs (jusqu’à ce qu’ils nous déçoivent), j’ouvre la première page de La Réserve, un lieu de quelques milliers d’hectares sis dans les Adirondacks où la haute bourgeoisie de New York vient se reposer dans une nature splendide et sauvage entretenue à grands frais par les hommes du coin pour qui la maintenance de l’endroit est devenue la seule source d’emploi. Tous les 4 juillet, le docteur Carter Cole reçoit, en compagnie de sa femme Evelyn, quelques vieux amis d’université, des gens de la haute comme lui. Cette année-là, en 1936, il y a aussi leur fille, Vanessa, une splendeur au passé sulfureux qui comptabilise déjà deux divorces à l’âge de 30 ans. Et le docteur Cole a également invité Jordan Groves, un peintre talentueux et célèbre, habitant de la Réserve lui aussi. Vanessa est témoin de son arrivée en hydravion sur l’un des deux lacs faisant face à la luxueuse maison des Cole et elle décide d’emblée de jeter son dévolu sur cet homme séduisant. Même s’il la rencontre pour la première fois, Jordan connaît la réputation de mangeuse d’hommes de Vanessa et c’est avec un mélange de fascination et de retenue qu’il reçoit les marques d’intérêt de cette femme hautaine et sûre d’elle.
Malgré l’espace grandiose et gigantesque qui constitue le théâtre de ce jeu de séduction, on se trouve face à une sorte de huis clos où l’on voit évoluer non seulement nos deux héros mais aussi la femme de l’un, l’amant de celle-ci, la famille de l’une, tout ce petit monde évoluant dans une tension grandissante.
Ici, comme dans d’autres romans de Russell Banks, la nature prend une place prépondérante, les descriptions sont à couper le souffle, même si l’écriture semble si fluide qu’elle donne l’impression de couler seule de la plume de son auteur. La psychologie des personnages est toujours placée au premier plan, de même qu’apparaît, en filigrane, une certaine critique de cette société où, déjà, la différence de classes, incarnée par le « communiste » mais riche Jordan Groves, en opposition avec les résidents aisés de la Réserve, préfigure une péjoration sociale inéluctable.
Lancez-vous sans réserve aucune dans ce roman… sauf si vous trouvez Affliction, du même auteur, dont je vous parlerai peut-être une autre fois et qui est, à mon avis, un chef d’oeuvre.

BANKS, Russell. La Réserve. Arles, Actes sud, 2008 (Lettres anglo-américaines). 379 p.
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