L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

L’open space m’a tuer 22 octobre 2009

Filed under: Documentaire — davide @ 9:15
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openspaceAaah Soljenitsyne. Ce sacré Soljenitsyne. Qui a priori n’a rien à voir avec L’open space m’a tuer. A priori seulement, me direz-vous ? Et bien pas vraiment, car s’il est un groupe de travail qui a su vraiment développer les techniques de gestion des ressources humaines, c’est bien le NKVD , comme les décrit le susmentionné Solji dans son Archipel du goulag. Mais, si le lien demeure encore obscur ET pour ceux d’entre nous ayant moins de patience avec les livres que n’en aurait Calvin avec l’autodafé du comité d’organisation d’une soirée AYOR, la lecture de L’open space m’a tuer est une synthèse tolérable de toute la malfaisance hypocrite et sournoise que dissimulent certaines techniques de travail modernes qui, sous prétexte d’être plus humaines et rentables, ont avant tout pour but de proposer aux échelons supérieurs d’une hiérarchie des moyens de pression et de torture de plus en plus raffinés, invisibles et autonomes . Les auteurs ne font pas vraiment de grandes révélations ici, mais fournissent un joli florilège des cas concrets et d’exemples, avec à la clé leur lot de brûlures intérieures, d’ulcères, de malaises vagaux, d’attaques de paniques et pour faire mon objectiviste, de résultats froidement professionnels franchement pas très reluisants à court terme (le cadavre du long terme a été retrouvé dans la rade ce matin, et le moyen terme est aux dernières nouvelles en fuite vers le nord en passant par la Belgique, peu populaire qu’il est, le sale traître). De plus, les exemples couvrent un très large panel de pratiques et de concepts, que ce soient les fins de semaines de motivation, le brouillage de la frontière personnel/professionnel, l’architecture d’espace ouvert (avec une mention spéciale pour mon architecture préférée : le panoptique), ou encore la fascination malsaine pour les nouvelles techniques d’information et de communication qui, d’outils, deviennent finalité de vie, prétextes à de fébriles gaspillages de temps, d’énergie et de patience, et drogue dure.
Donc, exemples à foison, et je regrette personnellement un peu que n’aient pas été explorées davantage les raisons de ces dérives. Mais le propos de cet ouvrage n’est pas vraiment là, pas plus qu’il n’est dans la dénonciation d’une politique économico-sociale qui se nourrit essentiellement de la capacité du cadre ordinaire à générer sa propre misère et à la répandre autour de lui. Il s’agit plutôt d’un espace de partage, de la possibilité de lâcher du lest et, dans la tradition de l’open space, d’exprimer dans un cadre bien codifié, rigide et, surtout, anonyme une profonde thantophilie sous le couvert d’un humour bien potache (ce sont les auteurs qui le disent en guise de conclusion). En lisant ces pages, je ne suis pas vraiment confortable avec l’idée que l’on attend du lecteur de la compréhension, voire de l’empathie, pour les acteurs de ces chapitres. Or je peine à trouver une quelconque once de pitié dans le petit bloc de granit dur et glacé qui me tient lieu de cœur face à ces jeunes gens et leurs crises professionnelles, car ce n’est pas comme si la seule alternative à un travail dans la communication ou la gestion était neuf grammes de plomb dans la nuque suivi d’un stage de 25 ans à Arkhangelsk. Il me semble que l’un des fondements de ce genre de carrière (et qui concerne de plus en plus de carrières) est l’importance du superficiel, de l’irréel, du fictif primaire, de l’enrichissement pécunier à tout prix et de la compétition anxiogène et destructrice.
Pour peu, on en deviendrait socialiste.

DES INARDS, Alexandre. L’open space m’a tuer. Paris, Hachette, 2008. 211 p.
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One Response to “L’open space m’a tuer”

  1. […] Les esprits chagrins (dont je fais évidemment partie) remarqueront que, contrairement à L’open space m’a tuer, les exemples ne sont pas l’essentiel de cet ouvrage, et les explications théoriques sont un peu […]


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