L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Snowtown 26 novembre 2009

Filed under: BD — davide @ 10:00
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fell_1_snowtownEt encore une bande dessinée. Vraiment, ce n’est pas ma faute.
Ben Templesmith est, du moins en terre anglo-saxonne, un nom qui apparaît de plus en plus souvent sur la couverture des bandes dessinées si pas les plus révolutionnaires du moins les plus populaires (citons par exemple son travail sur quelques chapitres de Silent Hill, mais encore Trente jours de nuit).
Son style, mélange incongru de flous aquarelleux et  de personnages ayant des têtes de collages de salle de classe primaire, est de ceux que l’on remarque et que l’on adore ou qui donne de violentes nausées. L’un comme l’autre c’est tant mieux, car Templesmith n’aime pas les histoires gentilles, et son style le sert très bien :
Snowtown est une banlieue triste, pauvre et misérable. Jusque-là tout va bien, mais l’inspecteur Fell, qui vient de s’y faire officiellement muter (officieusement, s’il traverse le pont qui mène hors de Snowtown, il est mort) pour une raison qui ne sera pas révélée, remarque bien vite que les choses sont peut-être un peu moins roses qu’en apparence, et ce grâce à plusieurs indices :
– Le poste de police ne comporte que trois inspecteurs et demi (un est cul-de-jatte), une secrétaire névrosée et un chef sur-médicamenté (sa première phrase en rencontrant Fell : « Je ne pleurais pas. »)
– Snowtown est une vil(l)e fantôme ; les seules habitations et rares commerces encore fonctionnels ne le sont que grâce à un obscur graffiti qui les protège (inutile de demander contre qui ou quoi).
– L’amie de Fell, en guise de bienvenue, lui brûle le sus-mentionné graffiti au fer rouge sur le cou. Il faut savoir que ça partait d’une bonne intention. D’ailleurs, cela lui évitera de se faire éviscérer trois fois en deux jours.

Fort du constat que cette ville a de très bonnes chances de figurer en haut du top 50 des plus belles destinations pour âmes damnées, Fell ne voit d’autre option que de devenir SON inspecteur, celui qui y fera régner l’ordre, la loi et la justice. Ou du moins la justice, dans un genre plutôt « œil pour œil / organe interne pour organe interne » que « constat à l’amiable ». Car confronté à des crimes dépassant l’entendement, à des criminels victimes d’autres criminels, l’enquête elle-même semble perdre toute substance au profit des abîmes de cruauté et de violence dont sont capables les citoyennes et citoyens de la bourgade et, compte tenu que le simple fait de vivre à Snowtown est une punition en soi, il s’agit pour son inspecteur avant tout de rétablir un équilibre, voire de soigner ses propres psychoses (car il en a, et pas des moindres…)
Mais sachons être consciencieux, voire pinailleurs : cette bande dessinée est, pour parler franc, plutôt crade, autant à un niveau primaire et grand-guignolesque que dans les méandres narratifs et psychologiques plus subtils, ce qui a pour effet de fournir au moins un chapitre complètement insoutenable à chaque lecteur (j’ai trouvé le mien mais le garde précieusement). A ce propos, il est intéressant (certes, pour moi), de constater que certains thèmes de société (sauvagerie et misanthropie en milieu urbain défavorisé, âgisme, entre autres) sont utilisés de manière très crue en parallèle d’autres passages, personnages ou interactions de personnages somme toutes un peu fleur bleue.
Finalement, je me dois de relever que les différents chapitres ne se répètent pas, que se soit en forme ou en fond et qu’il y a un peu surenchère de l’atmosphère de cauchemar si chère à cet illustrateur, mais qu’elle fait parfois place à un humour dévastateur qui se lit très bien malgré la traduction.
Clairement, un livre à ne pas mettre entre toutes les mains, car il en ressortirait fort sali.

TEMPLESMITH, Ben. Snowtown. Paris, Delcourt, 2007. 143 p.

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Des nouvelles du futur 23 novembre 2009

Filed under: BD,Science fiction — florent @ 10:32
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Tranmetropolitan, Darick Robertson, Panini comics

Tranmetropolitan, Darick Robertson, DC comics

Au premier abord, Transmetropolitan a tout d’une caricature de comics : couleurs criardes et dessin excessif, violence exacerbée. Comme souvent, il vaut la peine de passer outre la première impression. Certes, la série reste bavarde et crue, mais l’anticipation qu’elle propose vaut le détour. Nous sommes au 23ème siècle dans des Etats-Unis, là aussi, caricaturés à l’extrême. Nous suivons un journaliste gonzo au nom improbable de Spider Jerusalem. Il a évidemment quelques point commun avec son inspirateur, Hunter S. Thompson, l’inventeur du genre : la plume acide, l’immersion dans un réel passé au filtre de sa propre subjectivité, mais aussi quelques travers, la drogue, la violence.
Spider quitte son exil montagnard pour revenir dans « la Ville » y dénoncer les dérives et, au détour, garnir son compte en banque. Dans cette métropole qui n’est jamais nommée, le vice et la corruption règnent en maîtres et les ghettos sont peuplés d’extra-terrestres et de mutants… Spider Jerusalem n’est lui-même pas étranger aux vices, mais il usera de toutes ses armes, au propre comme au figuré, pour combattre la corruption et l’hypocrisie.
Le premier volume relate donc ce retour à la Ville et au journalisme de notre héros, sa lutte pour la vérité dans de sombres histoires de corruption et de manipulation de population étrangère (extraterrestres…) et mutante.
Le second volume, épique, est  consacré à une campagne présidentielle et à l’affrontement de deux candidats.
Le dernier volume actuellement traduit en français décrit la déchéance du journaliste et n’est pas dénué d’émotion.
Une autocritique savoureuse en forme de série Z, comme seul l’Amérique sait en produire.

ROBERTSON, Darick, ELLIS, Warren. Transmetropolitan. Saint-Laurent-du-Var, Panini, 2007-2009 (4 vol.)
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La meilleure part des hommes 16 novembre 2009

Filed under: Roman — davide @ 12:43
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partUne fois n’est pas coutume, heureusement, je vais faire plaisir à plein de monde, car je n’ai que très peu à rapporter après la lecture de ce livre, malheureusement. En effet, pas assez mal écrit pour être expérimental, mais d’une langue si plate et inintéressante que l’on croirait lire une conversation téléphonique sans fil dans un transport public, la forme de La meilleure part des hommes est une déception.
Passons au fond. De nombreux échos me sont parvenus quant à la valeur historico-documentaire de cet opus. Donc, suivant les conseils avisés d’un estimé collègue, je les ai tous ignorés pour lire ce livre exactement comme l’indique sa cote : un roman.
Donc, pour un roman, la voix de sa narratrice est faiblarde, les personnages principaux sont fats et vains, les événements décrits seulement importants à un niveau micro-régional, qui plus est centrés sur Paris. De fait, hormis un passage qui, pour citer le philosophe Larsen « frise le bon goût sans jamais y sombrer », assimile la contamination virale à la fécondation, il n’y a vraiment pas de quoi fouetter un chat dans ce « roman ». Le problème de cette étiquette « roman » pour cet opus qui se veut donc fictif, c’est que tant de noms de célébrités à peine remaniés sont lâchés ici ou là que même moi j’ai été à même de reconnaître un people. Et même ces citations éhontées ne parviennent pas à m’énerver. Bref, un livre à lire quand on n’a vraiment rien de mieux à faire.

P.S : Je pourrais aussi mentionner les relents de misogynie qui parfument un peu ce roman. Je pourrais, mais je ne le ferai pas. Oups, trop tard.

GARCIA, Tristan. La meilleure part des hommes. Paris, Gallimard, 2008 (Blanche). 305 p.

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Mon coeur à l’étroit 13 novembre 2009

Filed under: Roman — Françoise B. @ 11:25
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Mon coeur à l'étroitNadia et son mari Ange sont des instituteurs respectés de tous… jusqu’au jour où Nadia remarque qu’on la regarde de travers, qu’on l’évite. Ange a la même impression. Mais pourquoi donc ? Ils l’ignorent tout simplement.
Un jour, les choses prennent une vilaine tournure : sur le chemin du retour de l’école,  Ange lambine, énervant un peu sa femme. Arrivés chez eux, elle comprend : on a dépecé en lambeaux la peau de son mari au niveau du foie. Aïe…  à ce stade du récit, j’ai failli lâché prise, l’arrachage de peau en milieu hostile ne correspondant pas à mes critères de lecture de vacances.
Néanmoins, après 20 pages où je me suis un peu accrochée, je suis tombée dans les filets de Mon coeur à l’étroit sans plus en sortir. Retournons donc à notre histoire : Ange est au plus mal, mais pas question de faire venir un médecin, ce serait signer l’arrêt de mort du malade. Pour couronner le tout, leur fielleux voisin Noguet s’impose comme garde-malade et cuisinier. Que cherche-t-il donc ?
Les questions restent sans réponse tandis que  Nadia s’enlise dans une ville où même les rues se dérobent sous ses pas. Et en tant que lecteur, on observe les personnages, tapi derrière un rideau,  en se demandant la raison d’un tel opprobre. Nadia est-elle victime de racisme primaire ? ou au contraire coupable d’un crime affreux qu’elle devrait expier ? Et s’il s’agissait d’une infâme rumeur ? 
Voilà un roman magnifiquement écrit où le surnaturel tient une place importante. Mais si vous cherchez un roman léger, alors non,  celui-là  vous procurera plutôt un splendide cauchemar éveillé… attachez vos ceintures !

NDIAYE,  Marie. Mon coeur à l’étroit. Paris. Gallimard, 2007.  298 p. (Blanche)

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« Moi, mon colon celle que j’préfère c’est la guerre de 14-18 » ? 10 novembre 2009

Filed under: Roman — Françoise A. @ 3:20
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mauvignierIl y a très longtemps que je n’avais pas lu un roman aussi fort sur les guerres, très exactement depuis Les âmes grises de Philippe Claudel sur celle de 14-18.  Ici, Laurent Mauvignier réussit le tour de force de nous faire partager l’angoisse des jeunes appelés en Algérie, engagés dans une guerre sournoise, non noble, non voulue, dans un pays hostile qu’ils ne connaissent pas, et où ils sentent tout de suite qu’ils ne pourront jamais devenir des héros. Les anciens le leur répètent assez : ce n’est pas Verdun. Quand ils rentrent enfin en France, personne ne les décore, leurs états d’âme sont ignorés. La torture est un sujet tabou, la barbarie des deux camps non dite, le problème des Harkis occulté. Les accords d’Evian et le rapatriement des Pieds noirs sont tellement douloureux pour la société française qu’elle « oublie » cet « épisode » de son histoire commune avec l’Algérie.
Le roman commence assez banalement par une fête de famille gâchée par un trouble-fête. Feu-de-Bois, revenu au village sans femme ni enfants après l’Algérie et Paris, offre à sa sœur une somptueuse broche pour son départ à la retraite. Elle, toute gênée par le silence catastrophé des proches, la refuse. Comment son frère, qui n’a jamais eu un sou, qu’elle seule appelle encore Bernard, pourrait-il avoir les moyens de lui offrir ce bijou ?
Le refus de Solange mène Bernard-Feu de Bois à une agression raciste que son cousin Rabut, lui aussi ancien appelé, comprend et condamne tout en même temps. Il témoigne que son cousin n’a jamais directement pris part à des massacres. Une scène terrible raconte comment après la fouille d’un village, un soldat Français pète les plombs et tue de sang froid un jeune Algérien terrorisé qui n’a pas parler. Mauvignier, trop jeune pour avoir vécu cette guerre, réussit à nous faire partager l’histoire de ces deux cousins ennemis, parfois amis, à jamais liés par le traumatisme de la guerre.

MAUVIGNIER, Laurent. Des hommes. Paris, Minuit, 2009.
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La légende de nos pères 3 novembre 2009

Filed under: Roman — chantal @ 2:22
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Sorj Chalandon est d’abord connu pour avoir été journaliste à « Libération », depuis, il a quitté le quotidien et se consacre à l’écriture. « Légende de nos pères » est son quatrième roman publié chez Grasset.
Il y met en scène un biographe, ancien journaliste, ça pourrait être lui ? Le protagoniste va être amené à écrire la vraie vie romancée d’un certain « Beuzaboc », mais petit à petit le fait d’écouter parler ce vieil homme va le confronter à sa propre histoire, plus précisément le confronter à son propre père, résistant durant la guerre, avec qui il avait noué peu de contacts. Ce père le hante encore et toujours depuis sa mort, car il a l’impression de ne pas avoir su l’écouter. Lui, son propre père, « Brumaire » dont il n’a jamais retranscrit la vie courageuse et modeste…
C’est donc toute une série d’émotions qui vont submerger le biographe. Sa sensibilité d’homme, sa recherche des mots justes en tant qu’écrivain et son professionalisme journalistique pour « dire vrai » vont l’obliger à chercher la vérité historique dans la vie de Beuzaboc.
Il est surtout question dans ce roman d’épisodes de vies vécus par des hommes durant la guerre, des actes de résistance, des ancedotes de sabotage, la lutte contre l’Allemand, des conséquences aussi de ces actes… les mesures de représailles allemandes, des blessés, des déportés, des morts, mais aussi beaucoup de solidarité, de force, d’inconscience, de courage.
Ce livre nous restitue quelques faits et nous rappelle des choses qui ont eu lieu et qui peuvent servir de rappel historique, pour ma part, j’ai aimé cette petite leçon d’histoire de quelques hommes qui peuvent être beaucoup d’hommes.
L’écriture est fine et sobre. La sensibilité de l’auteur à cette thématique est palpable, les relations humaines des personnages sont très bien rendues. C’est aussi un livre qui interroge notre rapport à l’enfance, nos souvenirs, l’image que l’on garde de nos parents, comment cela peut nous influencer jusque tard dans nos vies, voilà, il y a un thème central, la guerre, mais autour gravitent beaucoup de choses qui font que nous sommes des êtres humains (très?) complexes….

CHALANDON, Sorj. La légende de nos pères. Paris, Grasset, 2009. 253 p.

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