L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

« Moi, mon colon celle que j’préfère c’est la guerre de 14-18 » ? 10 novembre 2009

Filed under: Roman — Françoise A. @ 3:20
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mauvignierIl y a très longtemps que je n’avais pas lu un roman aussi fort sur les guerres, très exactement depuis Les âmes grises de Philippe Claudel sur celle de 14-18.  Ici, Laurent Mauvignier réussit le tour de force de nous faire partager l’angoisse des jeunes appelés en Algérie, engagés dans une guerre sournoise, non noble, non voulue, dans un pays hostile qu’ils ne connaissent pas, et où ils sentent tout de suite qu’ils ne pourront jamais devenir des héros. Les anciens le leur répètent assez : ce n’est pas Verdun. Quand ils rentrent enfin en France, personne ne les décore, leurs états d’âme sont ignorés. La torture est un sujet tabou, la barbarie des deux camps non dite, le problème des Harkis occulté. Les accords d’Evian et le rapatriement des Pieds noirs sont tellement douloureux pour la société française qu’elle « oublie » cet « épisode » de son histoire commune avec l’Algérie.
Le roman commence assez banalement par une fête de famille gâchée par un trouble-fête. Feu-de-Bois, revenu au village sans femme ni enfants après l’Algérie et Paris, offre à sa sœur une somptueuse broche pour son départ à la retraite. Elle, toute gênée par le silence catastrophé des proches, la refuse. Comment son frère, qui n’a jamais eu un sou, qu’elle seule appelle encore Bernard, pourrait-il avoir les moyens de lui offrir ce bijou ?
Le refus de Solange mène Bernard-Feu de Bois à une agression raciste que son cousin Rabut, lui aussi ancien appelé, comprend et condamne tout en même temps. Il témoigne que son cousin n’a jamais directement pris part à des massacres. Une scène terrible raconte comment après la fouille d’un village, un soldat Français pète les plombs et tue de sang froid un jeune Algérien terrorisé qui n’a pas parler. Mauvignier, trop jeune pour avoir vécu cette guerre, réussit à nous faire partager l’histoire de ces deux cousins ennemis, parfois amis, à jamais liés par le traumatisme de la guerre.

MAUVIGNIER, Laurent. Des hommes. Paris, Minuit, 2009.
Disponibilité

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One Response to “« Moi, mon colon celle que j’préfère c’est la guerre de 14-18 » ?”

  1. chantal Says:

    eh bien….j’ai adoré ce livre, malgré sa thématique douloureuse…la manière dont Mauvignier sait dire les choses et à la fois les passer sous silence et le malaise des uns et des autres, et l’horreur du tout. J’avais déjà lu son premier roman, mais celui-ci nous prend vraiment par les tripes, terriblement beau!
    Merci pour ton « billet »


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