L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Un cannibale, un autisme et un homme des cavernes 15 décembre 2009

Filed under: Polar — thierry @ 12:39
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Grangé remet ca et, comme d’habitude, je le lis et, comme d’habitude, je le dévore sans pouvoir m’arrêter. Donc, pour son dernier roman, il était une fois à Paris une juge d’instruction super compétente professionnellement mais archi nulle socialement, qui décide de prendre en charge une enquête contre l’avis de ses supérieurs. On la comprend, l’enquête est spécialement ragoûtante : on retrouve régulièrement les corps de jeunes dames suspendues par les pieds, le ventre entrouvert afin que tout ce qui se trouve à l’intérieur pendouille vers le bas, avec des traces de morsures sur tout le corps comme si on avait voulu croquer un bon morceau de chair fraîche (et oui le tueur serait un cannibale!), le tout entouré de marques sur le mur faits avec un mélange de sang et d’autres matières que je vous laisserai le soin de découvrir.
Mais bon, au départ, la juge n’est pas censée s’occuper de cette enquête, sa soeur a été tuée de la même manière et son collègue et ami vient aussi de se faire tuer par le cannibale. Son supérieur lui retire donc l’enquête. En plus, son petit ami vient de la larguer. Comme elle a tous les pouvoirs en tant que juge, elle profite de placer sous écoute l’avocat de son ex. Et de manière totalement illégale la voilà en train de s’écouter toutes les consultations du psy. C’est là qu’il lui semble entendre les confessions du cannibale. Elle décide donc de suivre sa trace en free-lance. Son enquête la conduira jusqu’en Amérique du Sud, au Nicaragua d’abord, puis au plus profond de la jungle tropicale d’Argentine. Pendant ce voyage on aura appris deux trois trucs sur l’homo sapiens sapiens, sur les techniques de torture sous le régime dictatorial de la junte militaire en Argentine entre 1976 et 1983, sur les rapports quand même spéciaux entre les mayas et le sang et on sera imbattable sur Totem et tabou de Freud. Génial, donc, ce Grangé même si j’ai quand même découvert qui était le cannibale 50 pages avant la fin.

GRANGE, Jean-Christophe. La forêt des mânes. Paris, Albin Michel, 2009 
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Reviens, Voltaire, ils sont devenus fous 9 décembre 2009

Filed under: Documentaire — davide @ 11:35
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Quelle tristesse ! Je suis aussi désemparé devant ce billet que face à la propagande de votation pour ou contre le nouveau stade lausannois.
Sur le fond, je n’ai rien à reprocher à Val. Tous les extrémismes religieux sont mauvais, liberté d’expression à tous les niveaux dans le respect de l’autre, et tout ça. Son ouvrage nous le présente bien. De plus, toute personne qui traite Rousseau de mégalomane paranoïaque s’attirera presque automatiquement ma sympathie.
Malheureusement, c’est sur la forme que le bât blesse. En effet, Reviens Voltaire, ils sont devenus fous est truffé d’inconsistances, de doubles mesures et de maladresses. Prenons le titre : Val décrie férocement (disons aussi férocement qu’il est possible à un Parisien en scooter) le susnommé Rousseau et ses confessions au tout début du livre, mais se livre ensuite à une confession de son propre cru, et cite un autre populaire des classiques français dans son titre sans vraiment s’étendre sur le pourquoi.
C’est un exemple bête et méchant, mais on en trouve plus que d’oreilles pointues à une convention Star Trek  : l’islam intégriste est enfoncé, mais c’est bien la seule religion extrême mentionnée. Le port du voile est cité comme atteinte à la femme, mais la minijupe et le vernis à ongles rouges semblent être les étendards de la liberté féminine (si vous croyez que oui, évitez à l’avenir d’inhaler les vapeurs dudit vernis, et je vous défie de faire autre chose que de la figuration en minijupe. De plus, vos critères de beauté sont nuls.) Val dénonce également les conspirationnistes invétérés, mais ne se prive pas de faire des théories sur les collusions entre les pouvoirs politiques français et les instances dirigeantes des communautés radicales musulmanes. Il cite allègrement des célébrités qui ont révolutionné les modes de pensée francophones, mais surtout dans leurs errements. Plus ironique encore, Val fait aussi mention de ses doubles mesures en regard de sociétés très diverses, mais n’étend en aucun cas son analyse à l’héritage colonial qu’elles ont le plus souvent subi et des standards ethnocentrés en regard desquels on les juges. Il invective ceux qui utilisent les médias pour y laver leur linge sale, mais qu’est-ce que ce livre (sans même parler de son film)? Et les notes bibliographiques sont quasi inexistantes – mais je m’égare. Le fait est que ce livre donne une forte impression de justification un peu mièvre et geignarde venant de quelqu’un qui veut vraiment bien faire, mais ne s’attendait pas à se trouver dans des guêpiers comme ceux que Val à empoignés à pleines mains. Et j’ajoute qu’il faudrait vraiment être une grosse saucisse cynique pour dire que la plupart de ses propos devraient être minutieusement contrôlés.
Cependant, le témoignage sur l’affaire des caricatures de Mahomet, ainsi que sur d’autres événements sont passionnants malgré leur unilatéralisme, et pour peu que l’on ne soit pas de petite taille, fortement disposé à lever le coude et propriétaire de Siné Hebdo, on n’aura pas trop de mal à s’appuyer ces pages.

VAL, Philippe. Reviens, Voltaire, ils sont devenus fous. Paris, Grasset, 2008. 294 p.

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Le canapé rouge 1 décembre 2009

P1010215En cette période où murmurent les fantômes des murs, si nous faisions ensemble un voyage vers l’Est ? Laissons la Trabant, cette petite voiture made in ex-RDA, QG de tous les journalistes en reportage pour ce vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin et embarquons-nous plutôt dans le Transsibérien avec Anne, la narratrice du Canapé rouge de Michèle Lesbre.
Ne recevant plus de nouvelles de Gyl, un ex qu’elle a naguère follement aimé, Anne décide d’aller lui rendre visite au bord du Lac Baïkal où il s’est établi pour vivre ses utopies et aller jusqu’au bout de ses rêves, comme dit la chanson. Si vous avez vous-même un jour voyagé dans ce train mythique, vous retrouverez les sensations décrites dans ce petit roman. Les pensées défilent au rythme des paysages souvent monotones qui invitent à la réflexion, l’introspection, la lecture aussi. Le temps prend son temps, seuls les fuseaux horaires s’agitent tandis que l’heure de Moscou, rigoureuse, monte la garde.  Notre espace-temps prend définitivement du plomb dans l’aile quand au wagon-restaurant on nous propose de goûter à la vodka locale…

J’aimais ces réveils sans repères, subtils mélange de rêve et de réalité. Dans le compartiment, les souffles irréguliers de mes compagnons de voyage encore endormis ajoutaient à l’étrange impression de m’être égarée, mais j’étais plutôt dans un immense abandon où mon corps prenait toute sa place et devenait, au fil des jours, plus réceptif, plus présent.

Anne se souvient de ses amours, engage la conversation avec les « habitants » du train, se nourrit et se transforme. Au bout, il y aura peut-être Gyl, qu’importe, le voyage est bien le thème central de ce roman. Et le canapé rouge me direz-vous ? J’y viens. À Paris, loin de la toundra,  il trône au fond du couloir de l’appartement de Clémence, la voisine d’Anne qui habite à l’étage en-dessous, une dame âgée à qui elle vient régulièrement lire des pages de ses passions littéraires, principalement des histoires de femmes remarquables : des connues comme Virgina Woolf, Carson McCullers, Milena Jesenska, intime de Kafka, et des moins célèbres comme Marion du Faouët cheffe d’une troupe de brigands bretons pillant les riches pour redonner aux pauvres. Une réelle amitié s’est installée entre ces deux femmes de générations différentes, l’une voyageuse, l’autre pas, mais qui se retrouvent dans leur identité de féministes, mais surtout de grandes amoureuses. Deux Dames, belles et rebelles qui, le temps d’un voyage, auront cherché à répondre, chacune à leur manière,  à des interrogations existentielles.

LESBRES, Michèle. Le canapé rouge. Paris : Wespieser, 2007. 148 p.

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