L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

It’s India 19 janvier 2010

Filed under: Roman — Roane @ 10:47
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Tout corps plongé dans l’Inde ressort… changé. Sensations, émotions, contradictions, l’atmosphère de ce pays est magnifiquement bien rendue dans le livre de Rohinton Mistry. C’est à mon avis LE roman sur l’Inde à lire si vous l’avez visitée et souffrez de nostalgie ou alors, tout simplement, si vous appréciez la littérature qui chamboule. Car, si l’Inde bouscule, ce roman a l’effet d’une mousson sur un marché d’épices. Ce qu’on croyait bien rangé dans des cases : nos croyances (Indira Ghandi a été juste et appréciée), nos clichés (les odeurs sensuelles des villes), nos illusions (les pauvres s’entraident), tout vole, s’éparpille, on éternue, on pleure.
L’histoire se passe dans « La ville du bord de mer », c’est ainsi que l’auteur nomme la mégapole qu’on devinera être Bombay. On se situe vers 1975, Indira Ghandi se prépare à décréter l’état d’urgence. Pour sauver sa peau de premier ministre, elle impose des mesures ignobles, comme la destruction des bidonvilles pour assainir la ville, mettant à la rue une foule de loqueteux en état de choc, ou alors l’interdiction aux mendiants, aux pauvres (ceux-là mêmes qui habitaient les bidonvilles) de traîner dans la rue. Ils seront alors envoyés dans des camps où ils seront forcés de travailler (gratuitement) pour l’Etat.

Que peut-on faire, bhai, quand les gens instruits se conduisent comme des sauvages ? Comment leur parler ? Quand les gens au pouvoir ont perdu la raison, il n’y a pas d’espoir.

Cette Inde-là est montrée à travers le regard de quatre personnages principaux. Dina est fille de médecin et à la mort de ce dernier, elle refuse d’écouter les conseils de son frère sur le mariage de raison. Elle croit à la passion et se laisse alors séduire par un homme simple, mélomane, gentil mais sans fortune. Malheureusement ce mari aimant va mourir comme seuls les pauvres gens pressés de gagner mal leur vie meurent en Inde : à bicyclette. N’acceptant toujours pas de se ranger, de venir vivre avec la famille de son frère, comme une veuve devrait le faire, Dina apprend la couture chez sa tante. Elle souhaite gagner sa vie par ses propres moyens. Pour pouvoir se mettre à son compte, elle doit embaucher deux tailleurs qui travailleront chez elle dans un atelier clandestin. Ils sont parents (oncle et neveu) et viennent des campagnes ; ils ont fui ceux qui ont décimé une partie de leur famille, punition infligée par leurs pairs pour avoir voulu casser le système des castes. Afin de payer son loyer et le salaire de ses employés, Dina loue une chambre à un jeune garçon, Maneck, descendu de ses montagnes pour venir étudier. Quatre personnes de cultures, de conditions sociales, de sexes et d’âges différents qui rapportent des points de vue très complémentaires sur leurs conditions de vie. « A fine balance », tel est le titre que Mistry a choisi très judicieusement de donner à ce livre où le rire se transforme en ironie pour finir dans un râle avant de percevoir un nouveau sourire…
Mistry est né en Inde en 1952 et même s’il est parti en 1975 à Toronto, on sent qu’il parle d’un pays qu’il connaît parfaitement. Bien des semaines après avoir terminé la lecture de ces 700 pages, les personnages si attachants nous manquent. Difficile de se résoudre à plus jamais avoir de leurs nouvelles ; ce sentiment de manque quand un livre se ferme n’est pas si courant et je tenais à vous mettre en garde. Ainsi, quand vous l’aurez fini ne manquez pas de repasser par ce blog où nous vous aurons certainement trouvé un autre bon gros roman à effet méthadone.

MISTRY, Rohinton. L’équilibre du monde. Paris, Albin Michel, 1998. 694 p.

Disponibilité

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One Response to “It’s India”

  1. Randjini Says:

    J’ai lu ce roman à sa sortie grâce à une chronique littéraire à la télévision. La lecture de votre présentation donne envie de se replonger dans ces pages nous décrivant si subtilement de multiples facettes de cette Inde hybride et protéiforme tellement absente des films bollywoodiens. Rohinton Mistry ne fait pas dans la demi mesure et manie les mots avec plus de cynisme que de lyrisme et pourtant…le mysticisme demeure.


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