L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Et Nietzsche a pleuré 26 mars 2010

Filed under: Roman — chantal @ 8:00
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Vienne, fin du 19ème, ambiance bourgeoisie viennoise très cultivée, cafés littéraires, échanges culturels et scientifiques mais aussi soubresauts de mouvements anti-sémites. Et pour les personnages….Lou Salomé, Sigmund Freud, Friederich Nietzsche et le Dr Josef Breuer.
Le roman s’articule donc autour de ces êtres savants et artistiques, reliés par l’art de philosopher sur l’existence et l’être au monde. Sur tapis de psychanalyse naissante, tentatives d’hypnose et découvertes scientifiques, Nietzsche et Breuer vont se rencontrer via Lou Salomé.
Nietzsche, professeur nomade exilé, du haut de sa philosophie et de ses sentences sévères et glaciales,  cherche au-delà de ses convictions à vaincre sa solitude; et Breuer va finalement à travers un artifice « professionnel » être confronté à dépasser son propre désespoir.
Au départ rien n’est évident ni pour l’un, ni pour l’autre, ils ne pensaient pas emprunter ce chemin-là, ils pensaient déjà savoir qui ils étaient et ils buttent chacun contre leurs propres schémas avant de toucher le fond de leurs obsessions et de comprendre enfin ce qui leur obstruait la vue et pesait sur leur âme. La réalité comme toujours est douloureuse et impitoyable, mais les dialogues et les échanges sont riches en émotions et des liens forts vont émerger pour construire entre eux quelque chose de solide et d’inespéré…
Un livre qui touche au rapport à l’autre, comment se crée une amitié véritable, la confiance plus forte que la trahison, l’écoute attentive et l’évocation de nos peurs en général. C’est un magnifique livre où l’on apprend beaucoup de choses sur le déroulement de la  pensée et le questionnement de soi, un livre qui nous donne envie de lire ou relire Nietzsche et qui est « désespérément humain ». Vivement le temps de se mettre à la philosophie ou la poésie…

YALOM, Irvin. Et Nietzsche a pleuré. Paris, Galaade, 2007. 430 p.

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Cent jours, cents nuits, autant de questions 15 mars 2010

Filed under: Roman — florent @ 10:22
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Cent jours, cent nuits de Lukas Bärfuss

Cent jours, cent nuits de Lukas Bärfuss, éd. de l'Arche

Dans son dernier livre Lukas Bärfuss pose autant de questions à ses compatriotes qu’à l’ensemble de ses contemporains.
Son écriture ciselée, directe, porte un regard dérangeant sur un épisode sombre de l’histoire récente, celui du génocide rwandais.
Il nous conte l’histoire d’un coopérant suisse, David Hohl, plongé dans un environnement qu’il ne comprend pas, amoureux perdu, qui va sombrer avec le pays et la femme qu’il pensait aider et aimer. Le personnage et son parcours sont fictifs, son opinion est radicale : l’aide humanitaire suisse, entre autres, a apporté certains moyens aux bourreaux. Cela reste l’opinion du narrateur, comme l’explique très bien l’auteur dans un entretien publié sur Swissinfo. Mais les questions demeurent, imposées par les faits bien réels, quant à la place de l’engagement des institutions et des individus dans un contexte difficile qui souvent peut les dépasser.

Bärfuss, Lukas. Cent jours, cent nuits. Paris, Arche, 2009
Disponibilité

Lukas Bärfuss sur Culturactif.ch

Lecture de Lukas Bärfuss sur Radio Shéhérazade.ch
(en allemand)

 

Soeur des cygnes 10 mars 2010

Filed under: Fantasy,Roman — Françoise A. @ 10:00
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Il est assez rare que la réécriture de contes soit une réussite, et pourtant la néo-zélandaise Juliet Marillier a parfaitement réussi son coup. Voici un excellent roman de fantasy pour adultes ou ados.

Dans un pays qui pourrait être l’Irlande, Sorcha grandit avec ses six frères. L’enfance est douce malgré des conditions de vie un peu rudes. Personne ne s’occupe vraiment de leur éducation; ils se suffisent à eux même en cavalant dans la forêt et en dévorant tous les livres du château. Leur père est le plus souvent absent, en train de guerroyer contre les Britons pour des îles lointaines. Lorsqu’il revient de campagne, il interroge chacun de ses fils pour savoir s’ils sont aptes au service, mais ignore sa fille. En effet, il est devenu veuf le jour de la naissance de  son septième enfant, sa fille Sorcha.

Ce qu’il ignore, c’est que ses enfants sont liés à jamais par une promesse faite à leur mère. Se sentant mourir après l’accouchement, elle a demandé à ses six garçons de semer une graine de bouleau, et l’arbre miraculeusement a poussé, épargné par les chevreuils, les tempêtes et autres aléas qui menacent habituellement un arbre. Tous les enfants, Sorcha comprise, s’y retrouvent régulièrement. Tous sont doués de magie et de télépathie. Mais, à 12 ans, Sorcha a des talents de guérisseuse et de conteuse qu’elle met au service de tous, y compris au prisonnier que ses frères ont fait évader en cachette de leur père.

Tout irait presque pour le mieux lorsque le père décide de se remarier avec une femme très belle, comme dans les contes, mais aussi très mauvaise. Les malheurs s’abattent sur la fratrie, la fiancée d’un des frères tombe malade, Sorcha voit son jardin de plantes médicinales saccagé. Elle échappe de peu à la folie destructrice de sa belle-mère grâce à ses frères, mais eux, hélas, sont changés en cygnes.

La Dame de la forêt lui explique alors que la seule façon de les sauver, c’est de confectionner six tuniques identiques, avec la plante terriblement toxique que l’auteure nomme la fleur d’étoile, et de ne plus parler, quoiqu’il arrive, tant qu’elle n’aura pas pu remettre les six tuniques à ses six frères en même temps… J’ai bien sûr pensé, comme le quatrième de couverture nous y invite, au conte de Grimm, mais surtout à la version plus mélancolique qu’en a fait Andersen. Le personnage de Sorcha m’a aussi rappelé celui d’Ayla l’enfant de la terre. Mais ses réminiscences ne gênent en rien la lecture, bien au contraire!

Marillier, Juliet Soeur des cygnes . 2 vol. Nantes, Atalante, 2009 (La dentelle du cygne)

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Le bon larron 4 mars 2010

Filed under: Roman — chantal @ 12:10
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Ce livre repose à côté de moi, je l’ai refermé il y a quelques heures à peine, je le regarde et ne sais pas comment commencer à en parler.
Difficile de dire du bien d’un livre qu’on a dévoré presque d’une traite, comme à la lecture d’un bon polar, c’est REN qui me hante, je me suis attachée à lui tout au long du roman, inquiète pour lui, triste pour lui, par moments heureuse pour lui, mais toujours avec au fond de moi la peur à son égard et la question « et maintenant que peut-il encore lui arriver de pire ? ».-  Bon, vous me direz… oui, mais encore ? Alors le titre du livre Le bon larron, eh bien c’est lui, c’est Ren, un nom, des initiales brodées sur un morceau de lin, chiffon abandonné avec lui à la porte de l’orphelinat de St Anthony, puis quand on fait connaissance avec lui, il a déjà douze ans et l’histoire ou plutôt son histoire peut débuter, et avec elle, une multitude d’histoires, les personnages sont pauvres et misérables, vilains, pas sur le bon chemin, mais l’imagination qui les décrit et leur fait à leur tour raconter des histoires est forte et magique.
Ren et ses compagnons d’infortune vivent  au jour le jour. Inutile de dire que la vie du garçon a changé du tout au tout depuis la sortie de St Anthony, il est plongé dans une vie d’adulte misérable dans l’Amérique du dix-neuvième siècle, villages pauvres, villes portuaires au décor gris, soldats, mendiants, prostituées, mines, etc. C’est, pour ce petit homme, la découverte d’un monde dur sans confort, sans protection.
On nous décrit les rencontres depuis sa sortie de l’orphelinat, quand un certain Benjamin Nab vient le chercher en proclamant être son frère,  l’espoir de Ren, sa porte de sortie de l’orphelinat et l’assurance de ne pas devoir finir soldat. Puis sa nouvelle vie, en fait, la survie, les vols, les arnaques, les cachettes, les fugues, la peur au ventre, mais la chance aussi, car Ren, enfant à la main coupée et au passé inconnu porte bonheur et c’est la clé du livre, mais je ne vais pas vous en dévoiler davantage, à vous de vous lancer dans cette merveille, de découvrir, en même temps que Ren, qui il est. Ce garçon d’à peine douze ans est un exemple de détermination, de sagesse, de courage et d’intelligence, comme une sorte de résilient, il surmonte les épreuves de la vie  et affronte son destin en manchot magnifique!
C’est le premier roman d’Hannah Tinti, la narration est forte, les personnages touchants, on est emporté, en tout cas moi, je l’ai été, Ren m’a envoûtée, un vrai plaisir de lecture, à découvrir de suite!

TINTI, Hannah. Le bon larron. Paris, Gallimard, 2009 (Du monde entier). 375 p.

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