L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Mes parents / Fou de Vincent 2 juin 2010

Filed under: Roman — davide @ 11:14
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« Oups », comme le dirait la philosophe Spears, « oups », donc « je l’ai fait de nouveau ». « Oui, mais quoi ? » me direz-vous (en fait, j’embellis, ce que l’on me dit le plus souvent est : « il nous faudrait 400 livrets d’accueil pour l’ouverture dans cinq minutes », ou « ces livres-lus sur CD ne fonctionnent pas, fais quelque chose s’il te plaît ». « J’ai un cours/je suis malade/ responsable de la caisse du mois et ne pourrai ranger les bandes dessinées » est aussi un bon favori, avec « quand vas-tu te mettre à lire des livres NORMAUX ! »)
Bref, reprenons. Un collègue dont je tairai le nom me parlait de littérature française, et n’arrêtait pas de faire allusion à ce Guibert que je ne connaissais pas. Il avait cependant le bon goût d’être passionné, et du coup je me laissai recommander deux de ses meilleurs livres : Mes parents et Fou de Vincent.
Vu leur format quelque peu rachitique, je ne pouvais que les lire l’un après l’autre et les « billetter » ensemble.
Ce que je pense avoir « fait de nouveau », c’est être complètement passé à côté de l’esprit dans lequel ces œuvres méritaient d’être lues, CAR J’AI RI ! Bien sûr pas d’un bout à l’autre de ces romans, et pas toujours d’un gros rire gras accompagné de claques sur la cuisse (pas toujours) mais tout de même, si je devais retenir une qualité dans l’écriture de Guibert, c’est son humour.
Celui-ci est à mon avis plus flagrant dans Mes parents qui, loin des tensions et traumatismes infligés par des parents un peu médiocres à cet enfant qui découvre assez tôt son attirance pour les garçons, nous régale d’une suite de scènes qui oscillent entre le pathétique et la farce, mais où la tendresse et l’amour familial ne sont jamais loin. Une scène qui m’a achevé est celle de la sortie au théâtre (Hervé est fou de théâtre) : il est clair que  ce n’est qu’un prétexte pour fricoter, mais comme s’il savait que sa cause était perdue d’avance, le père finira tout de même par se laisser entraîner à la suite d’un combat physique ayant l’ampleur épique d’un spectacle de Guignol. La relation à la mère, en particulier en fin de vie, est très particulière, et s’il passe par une dramatisation un peu égocentrique, il n’en est pas moins poignant. Le rapport au corps est également un point saillant ; ces corps malmenés dès avant la naissance, des corps malades dans leurs recoins les plus honteux, mais aussi des corps qui donnent accès à un monde de plaisirs intellectuels et charnels.
Cette notion du corps est celle qui m’a donné le plus de fil à retordre dans Fou de Vincent. A priori un roman sur la tragédie d’un amour impossible, il me semble pourtant y avoir détecté l’humour d’une situation ou deux êtres paraissant être faits l’un pour l’autre dans leur débordements n’en peuvent plus de se danser autour, de se faire mille petites tortures exquises, mais qui goûtent finalement à un bonheur un peu doux-amer entièrement voulu.
S’il devait y avoir un côté moins humoristique à Fou de Vincent, c’est à nouveau celui des corps, qui sont avant tout le théâtre de faiblesses, d’ivresses (pas au bon sens du terme, l’autre, celui dont on peut témoigner sur les trottoirs en chemin pour la bibliothèque le samedi matin) et de maladies. Mais là encore, quelque chose fait que ces corps sont transcendés, les squames, humeurs et tares disparaissent et il ne semble rester que le bonheur d’une relation englobant le sensuel et l’éthéré qui tend à la perfection, à mille à l’heure, un peu vouée au néant, mais dont chaque seconde est bue jusqu’à la lie. Mais humour ! quand la réalité vient heurter de plein fouet ces grands sentiments et que Guibert, malgré tout, trouve encore de quoi se réjouir un peu malgré lui-même.
C’est pourquoi je recommande chaudement en tout cas ces deux ouvrages, qui pour de l’autofiction sont remarquablement ouverts sur le monde, lisibles, et DRÔLES !

GUIBERT, Hervé. Mes parents. Paris, Gallimard, 1997 (Folio, 2582). 168 p.

Disponibilité

GUIBERT, Hervé. Fou de Vincent. Paris, Minuit, 1989. 85 p.

Disponibilité


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