L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Une fièvre impossible à négocier 23 juin 2010

Filed under: Documentaire — davide @ 5:20
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Dans la série « les livres que lisent mes collègues, les pauvres, en ma présence, et sur lesquels je me rue comme le chacal sur l’agnelet uniquement parce que Chloé Delaume ne publie pas assez vite à mon goût», nous avons aujourd’hui : Une fièvre impossible à  négocier.
Une immigrée roumaine en France qui nous livre sous forme de roman une partie de sa vie, celle de son passage plutôt actif dans un groupuscule d’agitateurs opposés au fascisme, cela semblait tout à fait dans mes cordes, d’autant plus qu’un gavage intensif aux rapports d’Amnesty International m’a laissé un peu en panne de fiction, substance dont j’ai besoin comme un lord anglais de son earl grey.
La description faite par la narratrice des activités sportivo-politiques, ainsi que de la vie communautaire des squatteurs, est efficace, car probablement un peu idéalisée. On y retrouve non seulement les revendications de telles activités, mais également une approche plus intimiste de leur ressenti et des émotions qui traversent l’âme de ces personnages. Le fait que le point de vue soit celui d’une femme ayant grandi dans un pays où la dictature pseudo communiste fut une des plus impitoyables n’est pas sans le rendre vraiment intéressant, et ne pas approuver les agissements de ces agités revient à faire (à mon avis) preuve d’un manque de conscience ou d’un désintéressement un peu scandaleux.
Il est d’autant plus plaisant de lire une fiction – en l’occurrence les fabuleuses aventures de casseurs au pays des 15% en faveur du Front National – que dans la réalité, ces personnes sont toutes aussi portées à des débordements assez éloignés de la pure flamme de leurs idéaux (allez donc une fois pour voir à une réunion anarchiste et, malheureusement, vous risquez fort d’être rassasié de méchanceté et de bêtise, comme partout ailleurs).
Bref, tout ce qui touche à la politique dans ce roman serait facilement et clairement bien écrit quoiqu’un peu naïf, s’il n’y avait pas, en parallèle, l’expérience d’un viol subi par la narratrice, et subi est le terme qui convient le mieux. En effet, ce viol sera non seulement (avec l’attitude monstrueuse d’une maison de disques bien connue) un des moteurs de son engagement politique, mais également une méchante épine dans le pied dans les moments où il lui faudrait courir et se battre, une entrave aux relations amicales ou intimes qu’elle tente de lier et d’entretenir, enfin une blessure à vif qui jamais ne cicatrise.
Entre engagement pour une cause désespérée et tentative de vivre avec un traumatisme dont la portée est difficile à concevoir, ce petit roman (d’ailleurs, je le relève, sélectionné pour un public adolescent) est une mine de frustration et de saine colère.
Ce qui résume finalement assez bien mon point de vue, du coup.
J’en profite pour vous fournir les liens vers différentes brochures mises à disposition par l’infokiosque ayant trait aux blacks blocs et leurs convictions :

« Otan en emporte les black blocs: notes sur la journée strasbourgeoise du 4 avril 2009 »

« Des black blocs pas vraiment sans Gênes » (qui comporte des articles de black blocs femmes)

« Black bloc(s), au singulier ou au pluriel… mais de quoi s’agit-il donc? »

 

LAFON, Lola. Une fièvre impossible à négocier. Paris, Flammarion, 2003. 339 p.

Disponibilité

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