L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Un pur espion 1 juillet 2010

Filed under: Polar,Roman — davide @ 8:00
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Il est intéressant (pour moi) de noter à quel point depuis que je publie des billets ici mon champ de lecture s’est ouvert ; je me souviens encore de mes réactions, lorsque petit (plus petit), je voyais ma mère s’appuyer les romans de Le Carré. Peu de signes extérieurs de plaisir, bien que le fait qu’elle les ait lus en fut un en soi. Cependant, rien ne m’a plus rebuté que ces pavés compacts, ces titres cryptiques et la promesses d’aventures plus jamesbondesques les unes que les autres.
Or, il fallait que ça arrive, au fil d’une conversation comme une autre, un collègue me chante les louanges de Le Carré, et me sort du rayon Un pur espion, me le présentant comme un des meilleurs titres du bonhomme.
Et alors, mon collègue (et Le Carré) ont-ils su me satisfaire ?
Et bien oui. Pas tout de suite, car ayant plus de préjugés qu’un fanatique de Musso devant une étagère pleine d’ouvrages de la collection Pléiade, j’étais tout prêt à me moquer outrageusement de courses-poursuites au clair de lune, de séductions de vamps agentes triples et des gadgets aussi minuscules que sophistiqués. Or il n’en fut rien.
L’intrigue est des plus simples. En proie à un stress professionnel dû aux excès de réceptions de l’ambassadeur, Magnus Pym, britannique diplomate, nous fait un petit burn-out et disparaît subitement en laissant plein de traces. Or monsieur Pym est aussi agent secret, et s’il laisse des traces c’est bien pour semer le trouble parmi les cohortes d’espions qui se montrent soudainement très intéressés par sa destination, vu qu’en guise de bagage le Pym en question s’est fait un souvenir de la seule copie de la recette royale ultra-secrète du mouton à l’étouffée.
Donc, la crème des services de renseignements britanniques, américains et d’autres moins avouables essaient désespérément de mettre le grappin sur Pym, pendant que, dans une alternance de chapitres assez classique, celui-ci écrit du fond du paisible village où il se terre ses mémoires sous la forme d’une lettre à son fils, sa femme et/ou son mentor, voire possiblement lui-même. Et c’est là que l’on trouve la juteuse moelle de ce roman.
D’abord par la peinture réaliste et sans concession qu’il fait de son père, escroc sans foi ni loi, et de la société dans laquelle il évolue. Son fils sera dès son plus âge une sorte de complice doublé de faire-valoir et le public privilégié de ses nombreuses mises en scène sociales.
On assiste tout au long du roman à l’évolution de ce Pym de plus en plus transparent, qui, avide d’amour et de reconnaissance, se met dans les situations les plus tragiques pour plaire à tous, est manipulé avant de se faire jeter jusqu’à la prochaine fois. La duplicité qu’il développe dans sa quête d’une relation sincère au sens le plus large du terme le conduira entre les griffes non seulement des services secrets d’une Angleterre qui n’a plus rien à dire ni à faire et commence à s’enliser dans son rôle de tiers-monde culturel et économique du nord civilisé, mais aussi des services politiques plutôt troubles de la Tchécoslovaquie, à une époque où faire partie d’un quelconque service de l’état est autant synonyme de survie voire de pouvoir que de perspective d’être le premier sur le bûcher au moment des nombreux soubresauts politiques des pays placés sous la botte soviétique. Et c’est au contact des parasites avides de pouvoir gogeant dans ce marasme que se noueront les tragiques (dans le plus beau sens du terme) vies de Pym jusqu’au moment où il ne pourra plus se regarder en face.
Malgré le cynisme grinçant et désabusé que j’affiche généralement, je n’en suis pas moins exigeant comme une ménagère d’un certain âge quant à, disons, une certaine droiture morale et pourtant, chose exceptionnelle dans un roman, je n’ai pu ressentir que sympathie et pitié pour le personnage de Pym, en particulier devant son aptitude à rationaliser les comportements de ceux qu’il fréquente, jusqu’à son complet et total dévouement pour eux, que l’on verra se développer comme un véritable amour.
Un livre fort bien écrit et très triste.

LE CARRE, John. Un pur espion. Paris, Laffont, 1991 (Bouquins). 1141 p.

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