L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Au pays de Candy 5 juillet 2010

Filed under: Roman — Dominique @ 8:00
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                                                                     Vous vous souvenez de Candy, cette petite fille blonde et espiègle, dotée d’énormes yeux humides, dont les histoires en dessin animé ont bercé l’enfance de certains d’entre nous ? Pour autant que je m’en souvienne, c’était l’une des premières incursions du manga dans notre monde occidental. Ceci dit, oubliez la Candy japonaise, car celle dont je vais parler ici est australienne et, même si elle est aussi blonde, belle et pleine de vie que la Candy qui introduit cet article, elle va connaître une vie tragique. Ce roman autobiographique (j’ai cru le comprendre, si bien que je vais ci-dessous nommer le narrateur Luke même si son nom n’est jamais mentionné dans le roman) de Luke Davies débute lorsqu’il vient de connaître Candy, elle est tellement belle, ils sont fous amoureux, jamais il n’a connu un tel bonheur. Luke se shoote, Candy est clean mais elle aimerait bien essayer l’héro, il commence par refuser, puis lui offre son premier fix. En deux coups de cuiller à pot, la voici aussi accro que lui. Comme toutes les histoires dont l’héroïne est… l’héroïne, ça ne peut que mal finir. Bien sûr, il y a les moments de grâce : avec la drogue, la vie est incroyable, les sensations démultipliées, l’amour est fou, le sexe extraordinaire. Luke et Candy s’aiment, sont fous et rient sans arrêt. Mais, sans la drogue… la tension est insoutenable, les nerfs sont à vif, les disputes cinglantes. Il faut trouver de la poudre, des dealers, de l’argent. C’est l’enfer, un enfer qui s’éteint comme par magie au moindre coup de piston d’une seringue. L’héroïne est capricieuse, elle exige de plus en plus, jusqu’à prendre les commandes de la vie : il devient de plus en plus difficile de trouver assez d’argent. Luke et Candy deviennent ingénieux, arnaquent autant qu’ils peuvent, en vivant constamment au jour le jour : le petit surplus de poudre prévu pour le lendemain matin est immédiatement injecté et, la nave va ! on trouvera bien une solution demain. La solution ? elle s’impose d’elle-même, inévitable : Candy va commencer à se prostituer. C’est le début d’une nouvelle déchéance, Luke se sent coupable d’imposer cela à la femme qu’il aime, elle s’en veut (et lui en veut) de devoir l’accepter. Un jour elle rentre dans leur bouge pour lui remettre l’argent qui lui permet d’aller acheter leur dose, le voilà parti par les rues de Sydney, mais lorsqu’il a le produit en main, incapable d’attendre d’être rentré pour se fixer ensemble, il va s’injecter dans des toilettes publiques. Candy est hors d’elle : l’héroïne est une maîtresse bien plus puissante qu’elle. Ce sera encore un nouveau coup de couteau sanglant dans leur contrat amoureux. Enceinte de six mois, Candy fait une fausse couche et les moments de grâce et de bonheur se font de plus en plus rares, faisant place à une déprime constante. Chaque tentative d’arrêt est si physiquement insupportable – de nombreuses et trop longues journées, nuits de fièvre, de frissons, de diarrhée, de vomissements, d’insomnie, de chair de poule, de froid glacial, de chaud infernal – qu’inévitablement, l’un des deux propose d’aller acheter une dose. Et cette dose les soulage d’une manière si instantanée, radicale, absolue qu’y renoncer relève de plus en plus de la mission impossible. Que dire de plus ? ils ont fini par s’en sortir. Mais à quel prix!
Après avoir refermé ce livre, j’ai eu beaucoup de peine à penser à autre chose qu’à cette histoire terrible, tragique, et en même temps pathétique. Les deux personnages m’ont habitée longtemps, j’ai beaucoup pensé à eux, à leur calvaire, à leur petite vie merdique. Et pourtant, je n’ai pas lâché ce livre, on peut même dire que je l’ai aimé, pourtant je ne pourrais pas le conseiller à tout va. Vous voilà donc averti, à vous de voir !

DAVIES, Luke. Candy. Paris, Ormesson, 2010. 344 p.

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