L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Les nuits sombres de Bogota 26 juillet 2010

Filed under: Polar — Françoise A. @ 8:00
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Tout ce livre pourrait ressembler à un très mauvais cocktail de hard-boiled mal troussé : le détective journaliste alcoolo, le policier peu soucieux d’enquêter,des avocats véreux, une femme fatale naturiste, un ancien sportif reconverti dans des boîtes de nuit. N’en jetez plus… ah si, il y a encore un mort empalé, un homme qui cherche son frère, une amoureuse déçue, une prostituée au grand cœur, un grand journaliste déchu. Tous les ingrédients sont réunis pour une overdose de clichés. J’ai pourtant savouré ce roman noir comme le café colombien de bout en bout car Santiago Gamboa m’a scotchée à son histoire pourtant quelque peu embrouillée. Au bout d’un moment je me fichais un peu de savoir qui avait les fameux papiers de ces terrains inconstructibles, et si c’était bien lui l’auteur de la macabre mise en scène du cadavre. J’étais juste curieuse de savoir si Victor (le journaliste désabusé) allait perdre son amoureuse ou pas. J’ai tremblé pour lui dans le cimetière lorsque, avec l’homme qui cherche son frère, ils ont fait ouvrir une tombe par le gardien lépreux. J’ai bien aimé sa visite au « Paradis terrestre », ces bains turcs repère de naturistes quelque peu dangereux. Et j’ai souri aux confidences d’Aristophane Moya qui s’interposent entre les chapitres de la «vraie« histoire. Le patronyme du policier est lourd à porter. Non seulement il s’appelle Aristophane, mais de plus il pèse cent vingt-quatre kilos pour un mètre quatre-vingts et s’est décidé de maigrir en lisant la Bible avec une association évangélique. Bref comme le rappelle le titre « Perdre est une question de méthode » et ma foi, tous les protagonistes de cette histoire ont chacune la leur.
Un petit extrait pour vous mettre en appétit ? Aristophane s’était arrêté de manger quand il avait 11 ans parce que son père avait dit de lui qu’il ne savait que bouffer, et surtout, qu’il lui faisait honte.

« Alors que j’étais au bout du rouleau, que les os perçaient ma peau de partout, mon père est venu passer une nuit à l’hôpital. Très tard au petit matin, j’ai été réveillé par des gémissements. C’était mon papa qui pleurait. Vous devez savoir ce que ressent un être humain qui voit pleurer son père. C’est quelque chose de si profond, si essentiellement mystérieux que le monde vacille et que c’est une sorte de remise en ordre, quelque chose qui renvoie le passé aux oubliettes…Les blessures faites par les mots ne se soignent pas avec de l’alcool et une perfusion, mais dans la tristesse totale. Elles ne saignent pas, mais restent latentes, prêtes à vous sauter dessus, comme ces araignées, si vous me permettez cette métaphore zoologique, qui guettent dans l’obscurité pour attaquer ce qui tombe dans leur toile. »

De ce roman, Sergio Cabrera a réalisé un film en 2004 :Perder es cuestion de metodo.

Gamboa, Santiago. Perdre est une question de méthode. Paris, Points. 2009 (Points ; 2281. Roman noir)

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