L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Roman à l’eau de bleu 29 juillet 2010

Filed under: Roman — davide @ 8:00
Tags: , ,

Vu que la situation moyen-orientale sur laquelle j’ai un tel plaisir masochiste à me documenter pour ensuite la partager avec vous s’enlise chaque jour à une vitesse vertigineuse dans un bourbier explosif et nauséabond qui dépasse de loin même ma propre capacité à m’exprimer, j’ai attrapé au vol ce roman d’Isabelle Alonso, dont j’avais apprécié les documentaires et les articles dans Siné Hebdo.
Le propos du livre ne dérange pas vraiment : dans une réalité contemporaine à la nôtre, à l’exception près que le sexe fort est féminin, Kim et Loup, deux jeunes hommes faisant leurs premiers pas dans la vie d’adulte dans la capitale française connaissent déboires professionnels et sentimentaux. L’intérêt réside donc dans ce renversement complet des situations liées au genre, par exemple les hommes sont ceux qui doivent soigner leur apparence à outrance (tout en maintenant l’exclusivité du jardinage, de la mécanique et du football, domaines devenus risibles). Ce sont également les hommes qui prennent le mauvais rôle dans l’exercice de la procréation, ses aspects glorifiés étant la gestation et l’enfantement. Aux hommes aussi la prostitution, le traitement abject en cas de viol, les comportements d’auto-dénigrement propres aux victimes. Mais comme le renversement se cantonne aux rôles de genre, on retrouve dans le rôle d’oppresseur inconscient les femmes (malgré un mythe fondateur basé sur la prédominance historique de l’intellect sur la force brute).
On retrouve aussi quelques tours de force stylistiques, notamment l’usage du féminin comme forme neutre ou plurielle, avec des justifications clairement aussi valables que les nôtres (preuve à l’appui), le remplacement systématique de l’insulte « con » pour « gland » (ceci d’ailleurs me plaît beaucoup, et je pense personnellement en faire une habitude). La divinité monothéiste la plus en vogue est Dia, et Jessie est sa prophétesse.
Mais comme je l’ai mentionné, l’histoire elle-même ne vole pas bien haut. On est loin des romans de science-fiction qui imaginent des sociétés uto- ou dystopiques, qui exploreraient des systèmes sociaux au-delà du simple renversement, et Alonso colle au plus près au schéma du roman sentimental que je trouve habituellement tellement imbuvable, avec ses protocoles narratifs attendus qui flattent nos attentes les plus viles et avec la subtilité d’une campagne de publicité pour sous-vêtements : ceci a pour effet de questionner en filigrane les positionnements de genre dans les attentes littéraires d’une manière que je qualifierais d’ergodique, puisque c’est notre perception d’un style même qui nous pousse à des réactions que le texte ne cherche pas sciemment (ouf !). A ceci près que c’est un roman d’Alonso, n’attendez donc pas une fin à la Harlequin (ce qui aurait été intéressant).

ALONSO, Isabelle. Roman à l’eau de bleu. Paris, Laffont, 2003. 317 p.

Disponibilité

Publicités
 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s