L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

World war Z 7 septembre 2010

Filed under: Roman — davide @ 2:37
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Qu’est-ce que le zombie moyen a-t-il à offrir ? Je parle évidemment du zombie cinématographique, le « vrai » zombie vaudou étant beaucoup moins intéressant et lucratif.
Et bien tout d’abord, comme toutes les créatures mythiques, il est la projection d’un comportement humain, dans ce cas-ci plutôt péjoratif (par opposition à d’autres créatures mythologiques, plus « cool »). Typiquement le zombie est accompagné d’un apocalypse, et la tradition veut que l’on puisse se projeter dans une œuvre où les héros se trouvent seuls face à une horde toujours grandissante de créatures d’apparence humaine grotesque, capables seulement de se traîner lamentablement avec pour seul but de CONSOMMER, CONSOMMER, CONSOMMER de la viande fraîche, humaine de préférence. Toute personne utilisant les transports publics aux heures de pointe et ne lisant pas de presse gratuite verra l’analogie.
Avec l’avènement du zombie rapide (et oui, je sais que, techniquement, un zombie doit être décédé avant de redevenir utile à l’écosystème humain, mais je crois qu’on peut se permettre de passer outre dans ce cas) on a un peu perdu de vue ce symbolisme social, au profit du frisson plus instinctif d’une menace physique directe, accompagnée du petit plaisir coupable et  cathartique de voir le(s) héros faire voler en éclat un maximum de boîtes crâniennes sans le souci d’être taxé de psychopathe xénophobe (hormis dans la série des jeux pour ordinateur Resident evil, dont les producteurs réussirent malencontreusement à donner une nationalité à leurs zombies).
Brooks revient au zombie traditionnel dans son roman World war Z, donc le zombie lent, sous forme d’un reportage / témoignage de survivants à une invasion zombie ayant pris place à notre époque au niveau du globe tout entier. On a droit à un joli florilège de personnages multiethniques qui, tout en maintenant une distance intéressante vis-à-vis de l’action trépidante qu’un tel phénomène pourrait engendrer, nous plonge bien dans cette atmosphère d’effroi désespéré si propre à ce genre.
A mon avis, un des attraits de ce roman se trouverait plutôt dans le descriptif de situations géopolitiques qui nous sont reconnaissables, et dont l’absurdité fatale et particulièrement bien mise en abîme par une bonne louche de cadavres réanimés. Je pense particulièrement à tous les épisodes qui touchent à l’armée et ses équipements super sophistiqués (inutiles voire contre-productifs), à la création (et au succès) d’un faux vaccin, aux décisions tragiques de sacrifice de populations innocentes et aux réactions des gouvernements de certains pays sous l’emprise d’une dictature. On aurait pu croire que ce livre a du potentiel, et il en a peut-être un peu, mais il est malheureusement à gratter tout au fond de ce qui ce révèle être une caisse à chat littéraire toute pleine du sable de l’ignorance géopolitque et des occasionnelles crottes de patrio-nationalisme toutes américaines. Je m’explique :
Que des individus à priori peu enclins à la collaboration se passent la bague au doigt sous le feu de l’action, ça, je suis prêt à l’admettre, mais qu’un auteur me décrive un monde où l’IDF ouvre le feu sur des orthodoxes pour protéger des réfugiés arabes à qui on a largement ouvert les Territoires Occupés, et je vais lui prier de bien vouloir ajouter quelques nains et elfes à son monde de fantaisie. Idem lorsque l’on me décrit que la pire bataille imaginable en France se déroule dans les catacombes de Paris (ce qui est le genre de considération que l’on entend plutôt aux nouvelles de la chaîne CNN) alors que je défie quiconque de me prouver que les populations françaises banlieusardes ou provinciales n’auraient  pas un coefficient de survie vastement supérieur que n’importe quel Parigot; ou, pire que tout en ce qui me concerne, que l’on fasse baver au seul personnage britannique de ce livre la plus odieuse propagande pro-royaliste qui m’ait été donnée de subir ce siècle. Je ne parle même pas des japonais de World war Z : un otaku et un ermite zen, tous deux adeptes d’arts martiaux.
Pour ce qui est du reste, rien de nouveau : on aura compris que si l’Américain moyen peut se révéler être un salaud, c’est un vrai de vrai qui ne mérite que de mourir, et que le reste ne sont que des kamikazes dévoués corps et âmes à la survie de leur enfants, de leur patrie et de leur apple-pie. Sont particulièrement insupportables :

-Les héros ordinaires.

-Les chiens qui sont des héros ordinaires.

-La soudaine et glorieuse renaissance économique et démocratique cubaine sous les virils coups de boutoir capitaliste des réfugiés américains.

-L’incapacité totale et absolue de comprendre une fois pour toutes que plus le temps avance et plus se développe notre conscience, plus nous sommes à mêmes de comprendre l’extrême précarité de notre place sur terre en tant que race humaine, et que tous les bons sentiments du monde ne pourraient suffire à contrebalancer le poids de notre égoïsme et de notre cupidité.

En fait, je me trouve particulièrement cruel face à ce pauvre roman qui n’a rien fait d’autre que d’essayer de me distraire un peu, en fait mon désarroi face à ce genre de lecture est comparable à la grande morse que l’on prend dans une tranche de forêt noire industrielle, quand, satisfait tout de même de la crème fouettée trop sucrée et du biscuit un peu cartonneux on découvre avec déception qu’un plaisantin à remplacé toutes les cerises confites par des pétoles de lapin. Il est difficile de les en extraire, et on aurait quand même aimé avoir été averti.

BROOKS, Max. World war Z. Paris, Calmann-Lévy, 2009 (Interstices). 428 p.

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