L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Planet 25 février 2011

Filed under: Documentaire — chantal @ 8:00
Tags: , ,

 

Entrer dans l’univers de Plastic planet, c’est avoir la confirmation absolue que le plastique a envahi nos vies privées et professionnelles au quotidien.
La lecture de ce documentaire est tout à fait aisée, l’auteur nous fait part de moult détails chiffrés et de quelques notes en bas de page, sites internets et blogs à découvrir pour étayer son discours.
En quelques mots, depuis que la formule du plastique a été mise au point, celui-ci a pris de plus en plus d’ampleur  jusqu’à devenir presque invisible, mais toujours présent dans notre consommation, notre environnement, notre habitat, bref notre planète.
L’auteur, Werner Boote, nous raconte les diverses expérimentations de scientifiques pour mettre au point les multiples formules, structures, matières plastiques avec leur contexte historique. C’est à tour de rôle un contexte historique, politique et toujours économique qui détermine les quantités de plastique à produire. Si ma mémoire est bonne, « quelques » 80 millions de tonnes de plastique finissent chaque jour dans l’océan…
Le plastique au départ apparaît comme un progrès lorsque dans les ménages, dans les années 50, il remplace petit à petit les assiettes en porcelaine par exemple, avec l’argument du non-cassable (par contre on ne sait pas encore – ou si mal ! – comment va évoluer ce matériau une fois soumis à la chaleur, aux fissures, à la dégradation progressive et au fait qu’il va libérer des substances toxiques qui nuisent au consommateur, etc….) mais avec la société de consommation de masse, tout prend des proportions gigantesques, jusqu’à la réalité  que nous connaissons aujourd’hui.
Werner décortique les notions de développement durable et de recyclage car là aussi, tout n’est pas si simple. Le plastique PET, par exemple, peut être recyclé, mais on n’en récupère qu’une partie seulement, et où finit le reste ? La grande question de la gestion et de l’élimination des déchets est mise en évidence. Si on choisit la combustion : quelles sont les conséquences pour la planète lorsque les particules de plastique sont rejetées dans l’atmosphère ?
Et que faire des lobbys du plastique, des normes, des législations propres à chaque pays, bref  le plastique a de nombreux effets collatéraux, soulève de nombreux problèmes et ça vaut la peine de s’y intéresser.
L’auteur qui est Autrichien a également tourné un film du même nom et une version française va sortir en salle le 30 mars 2011, si vous ne voulez pas lire le livre, allez voir le film, vous regarderez votre environnement autrement…
Vous pouvez aussi faire une prise de sang et voir à quel point le plastique est présent dans votre corps et en quelle quantité, avec combien de « Bisphénol A » je vis tous les jours ?

A méditer…

BOOTE, Werner. Plastic planet. Arles, Actes Sud, 2010. 249 p.

Disponibilité

 

Saddam Hussein : interrogatoires par le FBI 22 février 2011

Filed under: Documentaire — davide @ 8:00
Tags: , , ,

Et c’est reparti pour un tour de Moyen-Orient !
Cette fois-ci nous visitons le champ de ruines contaminées, le terrain de jeux pour agences de sécurité privées, le « terrain zero » de la belligérance aveugle, la région au mieux résumée en citant la philosophe Gale : « des corps brûlés, des gosses crevés, de la barbaque a évacuer »,  j’ai nommé l’Irak !
Commençons par mentionner que ce pays a une place particulière dans le cœur des bibliothécaires et autres spécialistes en information documentaire, car c’est précisément dans cette région que, il y a entre 5 et 6000 ans naquit l’écriture, et sans écriture… pas de bibliothèque !
Bref, un rapide saut en avant nous amène en décembre 2003. Le dénommé Saddam Hussein est arrêté et détenu par le FBI, car il est, selon la plupart des médias et une large partie de l’ «opinion publique» des «pays civilisés», l’ennemi public numéro un, le pivot central de l’axe du mal, dissimulateur d’armes de destruction massive, génocidaire et pote d’Al-Qaida.
Si l’on ne saurait réfuter certaines étiquettes ci-dessus, on sait à présent que d’autres ne sont qu’un ramassis de fadaises, mais compte tenu de l’intérêt, des intérêts qu’on eus et qu’ont encore certains services plus ou moins avouables, plus ou moins politiques des Etats-Unis d’Amérique, un aperçu clair et surtout véridique de la situation est aussi envisageable qu’un arc-en-ciel dans le désert.
Mais ça ne semble pas être le propos de Saddam Hussein : interrogatoires par le FBI, dont la forme est celle d’un interrogatoire simplement constitué de questions et de réponses, avec de vagues et rares notes en fin de chapitre, donc une sorte de tribune ouverte des derniers jours du défunt dictateur.
Impossible donc de se forger un avis, vraiment, non seulement au vu des questions clairement intéressées (mais par quoi et pourquoi… mystère) et dirigistes de l’interrogateur, mais aussi devant des réponses désarmantes de sincérité et parfois de recul (mais pas forcément de véracité) formulées par Hussein. Il arrive à mentionner les conditions répugnantes dans lesquelles l’Irak moderne à été constitué, à donner plusieurs exemples de doubles mesures utilisées pour le juger, et à laisser transparaître le désarroi dans lequel il se trouve, vu sa soudaine solitude sur la scène de la direction politique et militaire de ce pays, sorti du naufrage pour être consciencieusement violé. Il faut aussi remarquer l’interrogateur qui, sur un ton assez propre à celui du fonctionnaire moyen, pose des questions qui sont vraiment loin d’être anodines.
Ceci est donc un livre à lire si on a un minimum de connaissances (des vraies, pas celles du 20 minutes) des conflits du Golfe, des intérêts occidentaux dans cette région et surtout de la créativité de l’esprit humain en matière de mensonges, d’hypocrisie et de lâcheté.

Saddam Hussein : interrogatoires par le FBI. Paris, Inculte, 2010 (Temps réel). 223 p.

Disponibilité

 

Des placards et des livres 18 février 2011

Filed under: Roman,Science fiction — Françoise A. @ 8:02
Tags: ,

La jeune Lila a grandi dans un centre de psychiatrie pour enfants en difficulté. Après avoir été brutalement séparée de sa mère maltraitante et malgré tout aimée, elle ne supporte ni la nourriture, ni la lumière, encore moins le contact avec les autres. Dans ce monde du futur du 21ème siècle, les caméras de surveillance sont partout, les conversations enregistrées, l’orgasme bi-hebdomadaire obligatoire. J’allais oublier:  évidemment, les dangereuses drogues comme l’alcool et le tabac sont totalement prohibées. Autre danger terrible dont la société se protège : les livres. Le contact avec le papier et l’encre pourrait être dangereux pour la santé, c’est ce que proclame l’avertissement gouvernemental. Les livres sont donc numérisés  à la Grande Bibliothèque, après censure évidemment. Un des éducateurs de Lila, M. Kauffmann a le malheur de posséder de tels objets et d’en offrir à la petite fille. Exit M. Kauffmann. Il a quand même pu léguer à la jeune fille une écharpe qu’elle cache soigneusement, et un dictionnaire que les employés n’ont pas eu le courage de détruire. C’est grâce à ce vieux dico que Lila trouve son nom, elle sera, par la grâce du hasard, Mademoiselle K. Après la disparition de son cher M Kauffmann, Lila cesse de se rebeller ouvertement contre l’autorité. Elle se laisse formater  par Fernand, éducateur plus conformiste et réaliste.La femme de Fernand a pourtant défié toutes les mises en garde des médecins, refusé l’avortement programmé et mis au monde un enfant « anormal. Fernand et le chat abyssin génétiquement modifié et soi-disant stérile en sont restés tout étonnés et meurtris. Lila grandit, mais, au fil des années, sa quête reste la même : retrouver sa mère dont toute trace a été effacée par l’Administration. Elle ignore tout d’elle: son nom, son adresse. Tout a  disparu. M. Kauffmann, son éducateur, lui avait assuré qu’il ne l’abandonnerait pas, et dans un sens c’est vrai: Lila réussit à se faire engager à la Très Grande Bibliothèque, à soudoyer un des employés et à retrouver la trace de sa mère.Impossible de ne pas penser à Georges Orwell en lisant ce roman, mais la ballade de Lila K ne  se résume pas à une simple promenade dans notre éventuel futur cauchemardesque. C’est  une ballade interrogative sur la filiation et les liens.

LE CALLET, Blandine. La ballade de Lila K. Paris, Stock, 2010. 393 p.

Disponibilité

 

La bouquineuse 14 février 2011

Filed under: Roman — davide @ 8:00
Tags: , , ,

La bouquineuse est un petit livre dont le titre ressemble fort au nom de ce blog. Ensuite…eehh…c’est un livre dans lequel il ne se passe pas grand-chose. Mlle Tamara lit et mange des fruits, et parfois les livres qu’elle lit provoquent des événements surprenants, parfois ce sont les fruits (ce que je connais bien, surtout en ces périodes au cours desquelles je consomme bien trop de mandarines).
Honnêtement, difficile pour moi de vendre ce livre. Le propos (et la couverture) promettait tant : les aventures magiques d’un rat de bibliothèque (et une jeune femme à la chevelure méduséenne, les yeux fermés, la bouche légèrement entrouverte, les joues rosies et un livre MONUMENTAL sur les genoux…je…hum) bref, il faut tout de même reconnaître une construction intéressante à l’ensemble, mais le rythme m’a semblé un peu bancal. D’autre part, j’ai eu l’impression que l’écriture était un peu désuète, avec ici ou là un terme nous rappelant que nous étions bien au 21ème siècle. Mais il est tellement difficile de trouver un lien avec ce personnage, pas forcément fade. C’est juste que Mlle Tamara n’a que peu d’intérêts (ce que je comprends), mais ne les développe pas tant que ça, et semble stagner dans une sorte d’attente de l’événement qui lui remontera la petite clé qu’elle a dans le dos et fera avancer l’intrigue.
Enfin, il faut reconnaître que la chute peut potentiellement se sortir des ornières coulées dans le béton armé qui régissent l’écriture de la plupart des romans contemporains et, comme mentionné plus haut, que le livre est court. Mais il vous faudra ne compter que sur vous-mêmes pour trouver une raison de le lire.

ŽIVKOVIĆ, Zoran. La bouquineuse. Vevey, Xenia, 2009. 121 p.

Disponibilité

 

Du sang plein les mains 9 février 2011

Filed under: Polar — thierry @ 2:44
Tags: , , ,

La fille du gouverneur de Louisiane est enlevée. Toutes les polices du coin, le FBI, tout ce qui porte un uniforme est sur le pied de guerre pour la retrouver. Très vite Ernesto Perez, 80 ans, se dénonce et dit savoir où est la fille. Mais il ne le dira qu’à deux conditions : il veut pouvoir raconter sa longue vie et la raconter à une seule personne : Ray Hartmann, un obscur fonctionnaire de Washington. Et il ne racontera sa vie à personne d’autre. Quand il aura fini, alors il dira où est la fille.
Ray Hartmann, lui, n’a vraiment pas que ça à faire, d’aller écouter un vieux raconter sa vie à l’autre bout du pays alors que sa femme le quitte, sa fille l’aime même si elle n’en peut plus d’être déçue par son père. Mais Ray est un bon gars et il se dit que si la vie de la fille du gouverneur est en jeu, il écoutera cet Ernesto Perez raconter sa petite vie.
En fin de compte, il ne sera pas déçu, parce que la vie d’Ernesto est plutôt riche. Il a été un tueur à gages de la mafia et malgré que son nom soit totalement inconnu de la police, il a tué plusieurs dizaines de personne tout au long de sa vie. Très vite Ray se rendra également compte que ce n’est pas par hasard qu’il a kidnappé la fille du gouverneur, celui-ci étant sans aucun doute devenu grâce à la mafia un homme politique si influent. Au moment de l’histoire, nous sommes en 2006 et Ernesto va raconter plus de 50 ans de l’histoire de la mafia vue de l’intérieur, de ses yeux d’employé payé par de redoutables parrains. De Cuba à Chicago en passant par Las Vegas et La Nouvelle-Orléans, la vie d’Ernesto a été étroitement liée à plusieurs affaires mafieuses : les morts de la famille Kennedy, les luttes de clan entre les Italiens, les latinos et les Irlandais. Bref, Ernesto en connaît long.
Bien sûr, les scènes extrêmement violentes, les tueries, les manipulations seront présentes tout au long de son récit mais en même temps tout comme Ray Hartmann on se prendra de sympathie pour Ernesto, pour sa femmes et pour ses deux adorables jumeaux. Etrange, non ?
Les jours passent, Ray veut retrouver sa famille à Washington, la police patauge complètement dans l’enquête de la fille du gouverneur, mais Ernesto n’a pas fini son récit et on sent bien qu’il aura le dernier mot et que sa vengeance sera implacable et fulgurante…

ELLORY, Roger Jon. Vendetta. Paris, Sonatine, 2009. 651 p.
Disponibilité

 

 

Dans la nuit brune 3 février 2011

Ne nous leurrons pas; l’homme occidental doit souffrir pour s’affranchir de ses péchés, et personne n’est aussi frétillant que moi à l’idée d’une bonne flagellation livresque pour expier tous les infâmes actes commis entre 10h et 17h derrière le bureau du prêt.
Cependant il m’arrive de fauter et de lire un livre si plaisant, si agréable que tout se trouve à refaire, et Oh! Éditions se retrouve à nouveau en pôle position sur ma liste de lecture.
Car je suis tombé sur le dernier Desarthe…
On ne devrait plus présenter Agnès Desarthe; cette grande dame (au moins 1.90m) de la littérature française publie depuis 1992 presque sans arrêt, pour tous les âges et dans une variété d’éditions et de collections à faire pâlir n’importe quel Levy, Musso ou même Meyer.
D’autre part, elle a aussi participé à la traduction de l’anglais d’un certain nombre d’auteurs américains non-négligeables, dont le versatile Sachar , l’improbable Fine et surtout la troublante (et pas forcément dans le bon sens du terme) Lowry.
Mais ça, c’est pour contextualiser la dame, car déjà lorsque j’étais petit Davide à la section jeunesse des BM et que je faisais rire les grand(e)s en lisant des livres des collections « Grands galops » ou « Coeur grenadine« , la parution et surtout la lecture d’un Desarthe était un moment de pur bonheur, car c’était la promesse de l’humour noir à souhait, aux situations terriblement, désespérément humaines, aux dialogues juste ce qu’il faut de verbeux, et aux chutes particulièrement bien amenées.
Alors, 10 ans plus tard, la grande Agnès est-elle encore sur le ring ?
La réponse est oui, et c’est tant mieux!
Dans la nuit brune est un non-roman, ou plutôt un multi-roman, dont l’histoire est des plus simples. Un personnage principal vit avec sa fille adolescente. Le petit ami de celle-ci se tue, et c’est tout un engrenage qui se met en branle autour du père, entraînant avec lui un nombre très exactement suffisant de personnages secondaires tous superflus, mais tous tellement justes à leur place. De plus, le roman est multi; pas vraiment un roman policier, pourtant il y a enquête; on pourrait croire au roman sentimental, car il y en a à foison, mais le sentiment que dépeint Desarthe est par trop proche de l’espèce de résidu collant, salissant et embarassant qu’on rencontre dans la vraie vie pour se parer l’étiquette du genre à ce roman. On passe par le roman historique, le Bildungsroman, même un peu de science-fiction voire du gothique sans jamais être sûr que le propos du roman ait fini d’évoluer, et c’est très bon.
S’il devait y avoir une critique un tant soit peu négative à ce livre, il s’agirait de la même qu’on pourrait faire à d’autres chefs d’œuvre de Desarthe, particulièrement Je manque d’assurance, c’est de ne pas se contenter de l’excellence développée au cours du roman et d’avoir besoin de rajouter une dernière couche de récit totalement superflue qui fait passer un livre autrement exceptionnel à un exercice un peu surfait. Dans le susmentionné Je manque d’assurance il s’agissait d’une fin heureuse des plus indigestes, pour Dans la nuit brune il s’agit plutôt d’une tirade historico-familiale un brin démagogique dont on se serait bien passé. Mais bon, cela reste du Desarthe, de l’excellent Desarthe.

DESARTHE, Agnès. Dans la nuit brune. Paris, Olivier, 2010. 210 p.

Disponibilité

p.s.: pour un autre avis, voyez donc celui de Morgouille