L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Un endroit discret 11 mars 2011

Filed under: Roman — Dominique @ 11:59
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Tsuneo Asai, obscur fonctionnaire du ministère de l’agriculture, est en déplacement à Kôbe lorsqu’il apprend qu’une crise cardiaque vient de terrasser sa femme. De retour à Tokyo par le premier train, il repense à leur couple un peu triste : la maladie d’Eiko l’empêchant de subir de trop grandes émotions, ils avaient renoncé à toute sexualité depuis longtemps. Une vie sans grande passion, si ce n’est la composition pour elle, depuis quelque temps, de haïkus, au sein d’un groupe de femmes.
Au moment où son coeur a commencé à faiblir, Eiko s’est réfugiée dans un petit magasin de cosmétiques d’un quartier lointain où, selon Tsuneo, elle n’aurait jamais dû être. Un quartier inconnu où il apprend que se trouvent plusieurs maisons de rendez-vous, ces lieux où les couples illégitimes viennent passer quelques heures, en toute discrétion… La douce Eiko, soumise et réservée, aurait-elle eu une vie cachée ? Tsuneo décide de mener l’enquête. Et l’air de rien, il dirige plutôt bien sa barque, faisant des recoupements audacieux qui lui permettront de poser un oeil neuf sur la vie de cette femme qu’il croyait connaître. Eiko, donc, n’était pas seulement une épouse discrète et sans passion, versée uniquement dans la copmposition, talentueuse certes, de haïkus. Elle était peut-être cette femme capable de ressentir de l’amour et du plaisir. Et ça, ça fait mal à Tsuneo, comme on peut l’imaginer. Si mal qu’il va aller, je dirais, un peu trop loin…
Matsumoto Seicho (1909-1992) est considéré comme un des plus grands auteurs de romans policiers japonais. Je ne suis pas friande de polars et celui-ci à mon avis, n’en est pas un au sens strict. D’accord, il y a l’enquête de Tsuneo lui-même, ainsi que l’intervention d’un détective, mais elle est surtout prétexte à décortiquer la société japonaise, celle des convenances et du carriérisme. J’ai beaucoup aimé plonger dans cet univers décrit de manière délicate, et j’ai été rapidement happée par l’intrigue, me demandant avec Tsuneo ce qui se cachait derrière l’apparence lisse de cette Eiko. De surcroît, je trouve la trame bien ficelée et la chute inattendue car au départ, on se fait une idée un chouïa négative de ce terne monsieur et puis on le trouve sacrément subtil au moment où il commence enfin à se poser des questions sur lui et sur sa vie… Mais ça, c’est avant qu’il se mette dans la mouize jusqu’au cou…

MATSUMOTO, Seicho. Un endroit discret. Arles, Actes sud, 2010 (Ates noirs). 215 p.
Disponibilité

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2 Responses to “Un endroit discret”

  1. dasola Says:

    Bonsoir, j’ai dit tout le bien que je pensais de ce roman le 07/01/11. J’ai pressenti la catastrophe finale mais pas de cette façon. Il est sûr que si Tsuneo était resté bien tranquille après son forfait, la fin aurait été différente. Et oui, j’ai été aussi sensible aux codes qui régissent cette société. Il y a un côté très pesant où tout est dans les apparences. Bonne soirée.

  2. sentinelle Says:

    Je ne connaissais pas du tout cet auteur mais ce que vous en dites m’intrigue, je le note !


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