L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Faites-vous une scène avec Feydeau 26 mars 2011

Filed under: Documentaire — Roane @ 2:12
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Le théâtre, parfois on y va… rarement, on en lit… Mon challenge c’est réussir ce doublé tout en ajoutant que vous ne verrez ni Huppert, ni même Balmer dans les premiers rôles, mais des amateurs, des passionnés de la scène qui manient la réplique à côté de leur travail, pour leur plaisir et si possible, pour celui du public. Donnez-leur une chance, faites-moi confiance et réservez un billet pour Feu la mère de Madame de Georges Feydeau (dates et infos sur le site du Moulin à poivre, Genève). En attendant, pour vous mettre dans l’ambiance, empruntez dans votre bibliothèque cette courte pièce en un acte et avant de vous y plonger. Voyons ensemble de quoi il s’agit.

L’entrée en scène de Lucien est remarquable. Il revient très tard du bal des Quat’Z’arts où il était de tradition de se rendre costumé. C’est donc en Louis XIV qu’il arrive (voyez ci-dessus la fière allure dudit Lucien !), trempé par une pluie qui tombe dru et dégoulinant sur le tapis. Il a réveillé toute la maisonnée (Yvonne, sa femme et Annette, sa bonne) avec ses coups de sonnette car il a naturellement (soulignera Madame très énervée) oublié sa clé. La scène de ménage peut donc commencer.

Yvonne. – Je suis sûre qu’il doit être des heures…
Lucien sans conviction. – Oh ! non, il est à peine…
A ce moment de la soirée la pendule se met à sonner quatre coups.
Yvonne lui coupant la parole. –
Attends ! (Tous deux prêtent l’oreille. Lucien avec une certaine grimace. Une fois les quatre coups sonnés, Yvonne avec un rictus aux lèvres). Quatre heures dix !
Lucien. – Comment « dix » !
Yvonne coupante. – Evidemment ! La pendule retarde de dix minutes !
Lucien. – C’est pas possible, elle bat la breloque… Tout à l’heure, quand je suis passé devant la gare Saint-Lazare…
Yvonne. – Oui ! oui ! tu vas me dire qu’il était minuit…
Lucien. – Minuit, non, mais…
Yvonne. – Mais si ! mais si ! c’est une chose connue : quand les maris découchent, les pendules de leurs femmes battent toujours la breloque…

Cette magnifique chute  en est une choisie parmi plein d’autres aussi drôles, toutes amenées avec beaucoup d’habileté et de justesse. Sans tout dévoiler, je peux tout de même dire que peu après cette scène, un valet va également sonner à la porte de notre couple toujours en chamaille. Il a une très mauvaise nouvelle à annoncer, ce qui va rendre plus grinçant le comique déjà bien installé. Le spectateur se doute d’un immense quiproquo et le talent de Feydeau est de le maintenir en haleine… Quand il écrit en 1908 cette « farce conjugale », l’auteur est lui-même en train de se séparer de sa femme. D’une situation banale autour du thème universel « Je ne te fais pas de scène, je constate » (une autre réplique de l’épouse énervée), Feydeau et ceux qui le jouent arrivent à nous emmener dans les délires de bourgeois bousculés dans leur vie facile. On dit de Feydeau qu’il est un peu le précurseur du théâtre de l’absurde de Ionesco. Et si, après avoir lu cette pièce, après l’avoir vue, vous alliez sonner chez vos voisins à quatre heures du matin pour leur annoncer qu’un Feydeau vaut bien mieux qu’un Boon… même si l’un fera 300 entrées (si vous y allez) et l’autre 20’500.000 (même si vous n’y allez pas)…
Pour terminer, je vous invite à associer plus souvent théâtre avec sortie mais aussi avec lecture. Pour vous y aider, chaque année les Bibliothèques Municipales de Genève publient une bibliographie des textes présents dans leurs fonds et qui sont joués durant la saison dans les théâtres de Genève et environs (ici la saison théâtrale 2010-2011).

RIDEAU !

FEYDEAU, Georges. Théâtre. Omnibus, 2009. 1216 p.
Disponibilité

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One Response to “Faites-vous une scène avec Feydeau”

  1. morgouille Says:

    Comme ça fait plaisir de voir du Feydeau sur un blog !!! Précurseur de l’Absurde, peut-être, mais c’est surtout le père du Vaudeville (avec Labiche, mais il a moins bien vieilli à mon goût :p) ! Bref, je serais venue avec grand plaisir, mais je suis un peu loin, hélas !


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