L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Un peu de nostalgie peut-être… 7 avril 2011

Filed under: Polar,Roman — Françoise A. @ 8:58

Coup de nostalgie, ringardise absolue. J’assume. Depuis quelque temps, je relis lentement, très  lentement afin de faire  durer le plaisir, une partie des polars de Monsieur Georges Simenon, dans un premier temps les Maigret. Je gardais une  idée somme toute  désuète du commissaire.  Pour moi, c’était l’homme massif  à  la pipe, celui des demis de bière et des sandwiches de la brasserie Dauphine. Je me souvenais aussi de la très effacée Madame Maigret en bigoudis, cantonnée au logis du boulevard Richard Lenoir en train de préparer la valise de son commissaire de mari… et la blanquette de veau.

J’avais aussi en tête les visages et les silhouettes de Jean Richard et de Bruno Cremer. Finalement, heureusement que j’avais un peu oublié ces excellents téléfilms.

Au-delà des clichés convenus, il y a la redécouverte d’un formidable fabriquant d’atmosphère, certains l’ont traité de sous- Balzac, moi il me fait surtout penser à Robert  Doisneau : c’est le Paris d’après-guerre, des bords de Seine, des bords de mer, ou des plats pays du nord qui revivent sous sa plume.

En quelques lignes, il plante le décor; on est au commissariat : les locaux sont déjà vétustes, mais Maigret a obtenu de garder son poêle. On rentre dans un café, humble bistrot ou Majestic; on pénètre avec lui dans l’ appartement d’un humilié. On est dans la peau de la petite jeune fille qui fait durer son café toute la journée, ou bien dans celle du marin qui a tout misé et perdu sur son bateau.

Ce n’est certes pas la lutte des classes mais presque. D’un côté il y a les bourgeois à la Jacques Brel, du genre: « les bourgeois, c’est comme les cochons, plus ça devient vieux, plus ça devient bête, les bourgeois, c’est comme les cochons, plus ça devient vieux, plus ça devient c… », et de l’autre, les vieilles filles, les filles de joie, les paumés, les perdants.

Petit extrait du Chien jaune :

Le bouton tourna. La porte s’ouvrit comme par enchantement et l’on put relever sur le tapis les mêmes traces boueuses : celles du chien et des fameux souliers.

La villa, d’une architecture compliquée, était meublée d’une façon prétentieuse. Ce n’était partout que recoins, avec des divans, des bibliothèques basses, des lits clos bretons transformés en vitrine, des petites tables turques ou chinoises. Beaucoup de tapis, beaucoup de tentures! La volonté manifeste de réaliser, avec de vieilles choses, un ensemble rustico-moderne… Et Maigret ouvrait les portes, jetait un coup d’oeil dans les chambres. Certaines n’étaient pas meublées. Le plâtre des murs était à peine sec. Il finit par pousser une porte du pied et il eut un murmure de satisfaction en apercevant la cuisine, Sur la table de bois blanc, il y avait deux bouteilles à bordeaux vides. Une dizaine de boîtes de conserve avaient été ouvertes grossièrement, avec un couteau quelconque. La table était sale, graisseuse. On avait mangé, à même les boîtes, des harengs au vin blanc, du cassoulet froid, des cèpes et des abricots. ..

Simenon aime ses héros, les petites gens, les perdants, il leur trouve de la beauté, les fait vivre et les défend. Aujourd’hui, ce sont peut-être l’Islandais Arnaldur_Indridason et la Française Fred Vargas les dignes successeurs du maître.

Simenon, Georges. Oeuvres complètes

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