L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Yéti : du mythe à la réalité 30 mai 2011

Par un soir de juillet 1986, le célèbre alpiniste Reinhold Messner semble apercevoir dans une vallée perdue de l’Himalaya une créature effrayante qui lui rappelle les récits colportés par les Sherpas. Aurait-il vu le Yéti, cet être mythique et insaisissable qui hante l’imaginaire collectif des habitants du Népal, du Tibet, du Bhoutan et du Nord de l’Inde ?

De cette rencontre furtive naît une véritable quête qui durera plus de dix années et qui conduira Reinhold Messner sur les traces du Yéti dans les régions les plus réculées de l’Himalaya. De monastères retirés en villages perdus, Reinhold Messner collecte anecdotes, témoignages et indices pour tenter de démêler le mythe de la réalité.

Au fil des rencontres, il se forge une  opinion qui rejoint celle communément admise par les plus rationnels d’entre-nous. Le Yéti – appellé aussi Chemo ou Dremo – serait une variété locale d’ours dont la mythologie tibétaine se serait emparée pour en faire une créature fabuleuse et monstrueuse. Il s’agit donc d’une hypothèse ethnologique qui avance l’idée d’un syncrétisme entre le monde réel et des convictions religieuses animistes.

Le Yéti est-il tout simplement l’Ours Isabelle (Ursus arctos isabellinus),  une sous-espèce de l’ours brun qui vit dans l’Himalaya ? Ou l’a-t-on confondu avec le rare et très discret Léopard des neiges (Panthera uncia)  qui vit reclus dans les montagnes ? Ou alors, sommes-nous véritablement en présence d’une créature encore inconnue qui vit cachée dans les forêts de l’Himalaya ? A vous de le découvrir et d’en tirer votre propre conclusion en lisant cet ouvrage passionnant.

Reinhold Messner est le premier homme à avoir gravi les quatorze sommets de plus de 8 000 mètre et sans doute l’un des plus grands alpinistes de tous les temps. Fin connaisseur de l’Himalaya et de ses contrées avoisinantes, il nous invite à faire un long voyage en sa compagnie dans l’une des régions les plus emblématiques du globe. En cours de route, on y croisera des Sherpas, des moines bouddhistes et de nombreux témoins qui ont vu le Yéti, preuves à l’appui !

Mythes et réalité se confondent dans ce récit intrigant qui nous conduit au plus profond du folklore himalayen.

MESSNER, Reinhold. Yéti : du mythe à la réalité. Grenoble, Glénat, 2000. 211 p.

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Terroriste 27 mai 2011

Dans ma lancée si proactive de faire de ce blog une véritable plateforme d’échange et d’ouverture (tout en restant fidèle à mon goût pour la mort violente et la misère humaine), je me suis laissé tenter par une lecture présentée sur Livraison, des gens plutôt sympathiques et au goût littéraire ma foi fort éclectique, ce qui n’a rien à voir avec le fait que ce blog soit à présent clos.

J’avais vaguement entendu parler de John Updike mais sans plus, ce qui est un peu lamentable puisqu’il qu’il a gagné le Pulitzer, le National Book Award, le American Book Award, le National Book Critics Circle Award, le Rosenthal Award, ainsi que la médaille Howells, et qu’il est mort (ça peut aider un auteur, ça). Le type est donc une pointure, ça aurait été dommage de ne pas au moins lire un des ses ouvrages…

Terroriste est celui qui me parlait le plus, vu que je l’imaginais traiter à peu près du même thème que Les Taqwacores, qui m’avait assez touché.

Au menu, jeunesse américaine et islam contemporain : Ahmad est un jeune Américain à l’héritage mêlé qui, à la fin de sa scolarité, voit une opportunité de se mettre au service d’un islam plutôt militant, confronté qu’il est à la dépravation de la sinistre région du New Jersey ou il vit seul avec sa mère.

Et c’est sinistre : n’ayant aucune expérience personnelle de l’Axe du Bien, je pars du principe que hormis une certaine licence littéraire, Updike s’efforce d’établir une représentation plus ou moins objective d’une certaine Amérique, et celle-ci est pleine de non-Caucasiens à l’avenir bouché s’il ne finit pas par une fin de vie prématurée et lamentable en passant par la case prostitution et /ou toxicomanie. Ahmad s’en sort plutôt bien ; il est intelligent, propre sur lui, ne fornique ni se drogue. Evidemment, cela est dû à une observation extrêmement rigoureuse d’un islam des plus orthodoxe sous la direction de son imam personnel, personnage plus que douteux. Il n’est pas aidé non plus par une mère artiste volage et égocentrique, et un orientateur scolaire en bout de course, juif athée dépressif et déprimant.

D’autres personnages viendront s’ajouter à cette joyeuse bande, mais en lisant, il était difficile de me départir de l’idée que :

a) la trame de l’histoire toute entière tourne autour du héros, y compris les actions et motivations des personnages les plus secondaires. C’est peut-être l’effet voulu, toujours est-il que j’y trouve une sorte de déséquilibre qui place un enjeu trop important sur ce héros en plein bildung et étouffe ou réduit les personnages secondaires à :

b) des stéréotypes. Je ne suis pas contre un bon stéréotype. Il peut être l’expression d’une facette de l’humanité fort commune, ou que l’auteur désire explorer. Il peut également servir de moteur à l’intrigue, voire focaliser la réponse émotionnelle du lecteur. Cependant les personnages de Terroriste ne me semblent remplir aucune de ces fonctions, mais servir uniquement de catalyseurs au héros pour aboutir à

c) la chute de l’histoire. Beuuhah. Je m’explique : il serait naïf d’attendre de ce genre de roman une radiographie explorant objectivement (au possible) le choc des cultures, d’autant plus que Terroriste sait très bien dépeindre une culture face à sa propre violence auto-destructrice et sa xénophobie, mais j’ai un peu l’impression que Updike a manqué une splendide occasion de montrer le gâchis et les conséquences que le recours aux extrémismes quels qu’ils soient a tendance à amener, à cause de cette chute un peu fadasse qui clôt le roman. Mais bon, de là à ne pas le lire…

UPDIKE, John. Terroriste. Paris, Seuil, 2008. 314 p.

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La Fin du pétrole 24 mai 2011

Nul ne peut ignorer qu’aujourd’hui l’humanité se dirige vers l’une des plus grandes crises annoncées : la fin du pétrole.

Vous en avez sans doute entendu parler ces dernières années, le sujet étant tout à coup devenu brûlant à la faveur de sursauts boursiers erratiques, d’invasions militaires savamment planifiées, et de la soif inextinguible du grand dragon chinois qui décapsule baril sur baril.

La déplétion et la fin du pétrole, ça fait pourtant 60 ans qu’on en parle. Les plus avertis ont tout de suite pris au sérieux les prédictions du géologue Marion King Hubbert qui pronostiquait un pic pétrolier suivi d’une lente raréfaction des ressources ; d’autres auront mis plus de temps. Mais la plus part d’entre nous, la vision troublée par la buée qui recouvre le pare-brise de notre berline familiale, continue à rouler dans le brouillard, certain de pouvoir faire le plein à la prochaine station-service. Oui mais jusqu’à quand ?

La bonne question n’est pas de se demander jusqu’à quand nous aurons encore du pétrole, mais qu’est-ce qu’il adviendra lorsqu’il sera rare et cher, et comment nous vivrons sans lui. Les plus optimiste tablent déjà sur un monde idyllique rempli d’éoliennes et de panneaux solaires dans lequel tout le monde se déplacerait à vélo ou en voiture électrique. Une utopie à la Bogdanov qui ne fait rire que les nostalgiques de Temps X.

Le scénario le plus plausible est un peu moins joyeux. James Howard Kunstler, auteur de l’ouvrage intitulé « La Fin du pétrole » annonce même le début de la « Longue catastrophe », rien de moins que la fin de notre mode de vie moderne.

Notre dépendance actuelle vis-à-vis du pétrole est totale. Agriculture, transports, commerce, énergies, industries, tous les pans de l’économie mondiale seront touchés et contraints de se rééquilibrer. La mondialisation et la globalisation auront vécu et les sociétés n’auront d’autre choix que de se recentrer sur elles-même dans un mouvement de re-localisation.

James Howard Kunstler parle d’un retour à une société plus sédentaire dans laquelle la vie sera plus lente et plus locale. L’économie s’organisera à plus petite échelle et les échanges commerciaux intercontinentaux seront moins intenses, voire réduits à la portion congrue. La culture de la consommation s’effondrera et le marché de l’emploi se déplacera davantage vers les secteurs primaires et secondaires. Voyager en avion redeviendra un luxe élitiste et pour les longues distances, nous devrons nous rabattre sur les trains et les bateaux.

Il y aura aussi de fortes tensions entre les pays grands consommateurs de pétrole qui seront en compétition pour l’accès aux dernières ressources énergétiques. Dans un avenir relativement proche, les relations diplomatiques internationales prendront un autre tour. La vie pendant la Longue Catastrophe sera sans doute très différente de celle que nous connaissons aujourd’hui : la faim remplacera l’abondance ; le froid, la chaleur ; l’effort, le loisir ; la violence, la paix. Nous devrons adapter nos attitudes et nos idées pour construire une société différente, plus simple, plus sobre, moins vorace.

A ce jeu, les pays émergents semblent être les mieux dotés pour faire face à cette crise majeure, leurs modes de vie actuels n’étant pas très éloignés de ce que pourrait être un futur sans pétrole. En Occident et dans les société modernes, ce sont par contre toutes les valeurs consuméristes actuelles qui devront être remises en question.

Vous sentez-vous déjà prêt à vivre sans pétrole ? Sans doute pas ! Mais si vous voulez vraiment savoir ce qui vous attend, entreprenez sans tarder la lecture de cet ouvrage fondamental et méditez…

KUNSTLER, James Howard. La fin du pétrole : le vrai défi du XXIe siècle. Paris, Plon, 2005. 370 p.

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Le troisième Reich 21 mai 2011

Filed under: Roman — Françoise A. @ 8:00
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Au premier abord, les héros de Bolaño sont insupportables de fatuité et de futilité. Après avoir adoré Les détectives sauvages où les poètes se provoquent en duel dans un décor truqué de western mexicain, j’abordais avec une certaine réserve ce roman de jeunesse de l’auteur. J’avais tort car très vite le charme a opéré. L’histoire se déroule en Espagne, dans le décor factice de la Costa Brava. Le héros est un jeune homme en vacances passionné de wargame.  Il doit écrire un article sur le jeu du Troisième reich, car il est en théorie le meilleur joueur de toute l’Allemagne. Ado, il est venu avec ses parents dans ce même hôtel et a gardé un souvenir très présent de la belle hôtesse dont le mari est gravement malade. Udo est accompagné de sa petite amie qui se lie d’amitié superficielle avec un autre couple allemand.

Les quatre personnages se baignent ensemble, sortent dans des bistrots et des boîtes. Ils font connaissance du duo Loup-Agneau, et du  Brûlé. Ce personnage énigmatique travaille et vit sur la plage. Puis l’homme du couple allemand disparaît, apparemment noyé. La copine du disparu et la copine du héros rentrent en Allemagne, et Udo n’arrive pas à quitter l’hôtel. Est-ce par nostalgie de sa jeunesse ? par amour pour Frau Else qui ne se rappelle même pas de lui ? pour s’assurer que Charly est bien mort ? pour terminer le jeu ?

C’est la voix même du Brûlé qui est venue à mon secours. Comme s’il parlait d’une distance infranchissable, il a dit : tu crois que nous nous comprenons? J’ai répondu affirmativement d’un mouvement de la tête, plusieurs fois, heureux de pouvoir me délivrer du sortilège qu’exerçait sa joue difforme. Le visage que j’avais dessiné était toujours là, c’était à peine une esquisse (même si, je dois le reconnaître, je ne m’en tire pas mal comme dessinateur), jusqu’à ce que, soudain, je découvre avec horreur que c’était le portrait de Charly. La révélation m’a laissé sans voix. C’était comme si quelqu’un avait guidé ma main. Je me suis empressé de l’effacer et j’ai immédiatement dessiné la carte de l’Europe, l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient et j’ai illustré avec une profusion de flèches et de cercles ma stratégie décisive du Troisième Reich.

 Fantastique? réalisme magique? ’irréalité poétique? Il m’est impossible de qualifier ce roman, je ne peux que vous encourager à le lire.

BOLANO, Roberto. Le troisième reich. Paris, Bourgois, 2010. 412 p.

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Féroces 18 mai 2011

Filed under: Divers,Roman — Dominique @ 8:00
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 Comme tous les mercredis matins, me voilà devant ce que les professionnels du cru appellent « le chariot » : une sélection de nouveautés qu’après examen, chaque bibliothèque décide d’acheter ou pas.

Il ne paie pas de mine, ce Féroces. La couverture est blanche, titre calligraphié sobrement en noir, en caractère penché. L’auteur m’est inconnu, un certain Robert Goolrick, Américain, une soixantaine d’années aujourd’hui. Il est édité chez Anne Carrière qui s’est fait connaître en faisant de Paulo Coelho un prophète des temps modernes. Donc, bof.

Mais la quatrième de couverture me pousse à l’ouvrir.
« Mon père est mort parce qu’il buvait trop. Quelques années auparavant, ma mère était morte parce qu’elle buvait trop. Il fut un temps où moi-même je buvais trop. Les chiens ne font pas des chats ».
J’accuse le coup. J’ai l’envie immédiate de me plonger dans cette confession, d’en savoir plus. J’aurai patienté le temps qu’il faudra pour que ce livre soit disponible au prêt. Tout est relatif, mais ce fut long.

Dans les années 50, aux Etats-Unis, la vie avait l’air facile. Il n’y avait pas beaucoup d’argent, mais les gens étaient beaux, insouciants, avaient de la répartie et passaient leur temps à boire des cocktails en devisant brillamment. Du moins, c’est comme cela que ça se passait chez les Goolrick. Un père professeur d’université, une mère qui pourrait jouer la doublure de Dorothy Parker. Ils sont jeunes et beaux. Et le temps passe. Quelque chose ne tourne pas rond. Comme le tissu sur les canapés qui finit bien par s’élimer, les corps accusent le coup. L’alcoolisme mondain devient une pathologie. 

Le petit Robert, son frère et sa sœur sont tous les trois brillants, mais on sent pointer un sentiment particulier à l’égard du narrateur, quelque chose qui se rapproche de l’indifférence ou même de la haine. Pourquoi ? 

Pourquoi sa mère est-elle si dure avec lui ? Pourquoi lui interdit-elle d’écrire le moindre mot qui pourrait dévoiler un quelconque moment de la vie de leur famille ? 

Il faudra patienter jusqu’aux quatre cinquièmes du livre avant de subir le choc. Mais jusque-là, on aura goûté avec délectation l’écriture incroyablement sensible de l’auteur. Il décrit à perfection une Amérique qui laissait présager une vie de rêve et qui n’a pas tenu ses promesses. Et surtout il raconte une vie, la sienne, avec une sincérité si désarmante qu’on a l’impression d’écouter un homme rencontré un soir au bar et qui viderait son sac avant de repartir traîner son blues tout seul.

Percutant, douloureux, mais indispensable.

GOOLRICK, Robert. Féroces. Paris, Carrière, 2010. 254 p.

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Quand la vitesse change le monde 15 mai 2011

Les belles rencontres sont souvent le fruit du hasard. Celle-ci, je l’ai faite sans que rien ne m’y prédestine. Un jour, je repère sous une pile d’ouvrages un livre qui ne paye pas de mine et dont la couverture ferait fuir toute personne normalement constituée. Un truc d’acabit universitaire écrit par un sombre professeur de géographie de l’Université de Rennes : Quand la vitesse change le monde de Jean Ollivro.

Son titre m’interpelle. En ce début de 21e siècle, la vitesse semble être l’un des grands enjeux sociétaux : toujours plus, toujours plus vite, toujours plus loin, au détriment de l’humain et des rythmes naturels. Comment en sommes-nous venus à considérer la rapidité comme une valeur absolue, une règle, un indicateur de performance ? Pourquoi la société ne cesse-t-elle  d’accélérer ? Après quoi courons-nous ?

En nous racontant l’histoire de la vitesse et son évolution au cours des âges, Jean Ollivro replace ce concept dans son contexte et nous rappelle qu’avant le milieu du 18e siècle, le monde était lent et le temps avait une toute autre dimension. L’accélération de la société est le fruit de l’industrialisation et une invention très récente dont nous n’avons pas encore fini de mesurer les répercussions, qu’elles soient économiques, sociales ou culturelles.

Ce document est un bel antidote contre la course à la performance. S’y plonger et le lire, c’est déjà ralentir un peu. Au fil des pages, on ne peut être qu’interpellé par les incidences qu’à la vitesse sur nos vies ; de là peut naître une réflexion, un recentrage, une prise de conscience qui peut nous mener vers un sain ralentissement, une vie plus harmonieuse dans laquelle on se donne plus temps.

Cette lecture m’a ouvert les yeux sur de nombreux travers de notre société moderne. Aujourd’hui, j’ai décidé d’arrêté de courir. Je remets souvent à demain ce que je peux faire le jour même afin de me ménager des petits espaces de temps, rien que pour les goûter. Maintenant, c’est l’éloge de la lenteur que je prône, un éloge partagé par les adeptes toujours plus nombreux d’un vaste mouvement planétaire qui s’appelle « slow ».

Et vous ? Prendrez-vous aussi le temps de ralentir ?

OLLIVRO, Jean. Quand la vitesse change le monde. Rennes, Apogée , 2006. 255 p.

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Le monstre doux 12 mai 2011

Si le titre de cet ouvrage peut faire un peu peur, c’est pour une excellente raison : car il s’agit ici de… de…de… (allez, tentez donc de le deviner !)

…de FASCISME évidemment.

Autant m’excuser tout de suite : je vous présenterais volontiers mes lectures plus légères (romans érotiques lesbiens au temps des vikings ou bandes dessinées techno-horribles), mais comme ces ouvrages sont douloureusement absents de nos collections, je me vois obligé de vous présenter ouvrage après ouvrage de lourds essais tendancieux et autres frivolités du genre…

Du genre, Le monstre doux :

Prenez une tasse de grog, laissez-moi tisonner l’âtre, et asseyez-vous.

Raffaele Simone, linguiste, prof et scrib… essayiste, va tenter dans cet ouvrage de faire un vrai portrait sans concession du paysage politique théorique européen, sans que nous nous endormions.

Son stratagème, remarquablement perfide il faut le dire, est de lancer à la face du lecteur en première partie que si l’Europe s’enfonce dans le chaos et l’anarchie c’est principalement à cause de la « gauche », dans toutes ses incarnations, que ce soit l’officielle politique, avec ses partis au pouvoir ou en opposition, et leur déconnexion de plus en plus hilarante avec la réalité (ou ses compromissions, beaucoup moins drôles celles-là), ou encore la radicale, avec ses blacks-blocs-casseurs-pro-palestiniens-alterno-verts.

Ce n’est évidemment qu’une mise en bouche, car Simone passe ensuite à un portrait de la droite, ou plutôt de la néodroite comme il l’appelle. Car il insiste sur le fait que ce qui se fait appeler la « droite » politique et officielle a peu à voir avec une droite politique historique (il est d’ailleurs dommage qu’il ne fasse pas une rapide synthèse des différences, cela manque un peu, à mon avis).

A noter que la droite radicale non officielle n’est pas du tout mentionnée, ou alors juste une ligne car visiblement, on a bien là des mouvements assez consistants avec leurs idéologies.

Bref, la néodroite est décrite dans ses stratégies, mais surtout dans son absence délibérée de direction politique, ce qui lui permet de ratisser large dans son électorat, de flatter tous les publics, et surtout de puiser dans toutes les bourses.

Mais il reste un petit bout de chemin à parcourir à ce stade, et suit l’explication du titre de l’ouvrage :

Simone part du principe que le virage à droite de l’occident n’est pas seulement le fait d’une direction politique, mais bien de sa combinaison avec une manière d’être individuelle. Cet amalgame invisible et protéiforme est ce qu’il appelle le monstre doux, et plusieurs de ses considérations sur ce sujet monstrueux ne sont pas dénuées de bon sens (je pense en particulier à celle qui suppose une pulsion « naturelle » à un comportement « de droite », qui m’a fait certes frémir, mais aussi réfléchir).

Une fois est coutume, voilà donc un livre qui énerve, ce qui n’est pas un problème, mais qui par moments manque un peu d’explosions, de sexe ou encore de course-poursuite en trottinette, car son écriture est un peu, comment dirais-je… pondéreuse et imbue d’elle-même ?

Mais bon, cela ne rebutera pas les lecteurs intéressés par le sujet, les autres attendront avec impatience la sortie du prochain Kinsella, et je peux vous dire qu’on y parlera aussi de fascisme  (et de shopping) !

SIMONE, Raffaele. Le monstre doux : l’occident vire-t-il à droite ? Paris, Gallimard, 2010. 178 p.

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