L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Féroces 18 mai 2011

Filed under: Divers,Roman — Dominique @ 8:00
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 Comme tous les mercredis matins, me voilà devant ce que les professionnels du cru appellent « le chariot » : une sélection de nouveautés qu’après examen, chaque bibliothèque décide d’acheter ou pas.

Il ne paie pas de mine, ce Féroces. La couverture est blanche, titre calligraphié sobrement en noir, en caractère penché. L’auteur m’est inconnu, un certain Robert Goolrick, Américain, une soixantaine d’années aujourd’hui. Il est édité chez Anne Carrière qui s’est fait connaître en faisant de Paulo Coelho un prophète des temps modernes. Donc, bof.

Mais la quatrième de couverture me pousse à l’ouvrir.
« Mon père est mort parce qu’il buvait trop. Quelques années auparavant, ma mère était morte parce qu’elle buvait trop. Il fut un temps où moi-même je buvais trop. Les chiens ne font pas des chats ».
J’accuse le coup. J’ai l’envie immédiate de me plonger dans cette confession, d’en savoir plus. J’aurai patienté le temps qu’il faudra pour que ce livre soit disponible au prêt. Tout est relatif, mais ce fut long.

Dans les années 50, aux Etats-Unis, la vie avait l’air facile. Il n’y avait pas beaucoup d’argent, mais les gens étaient beaux, insouciants, avaient de la répartie et passaient leur temps à boire des cocktails en devisant brillamment. Du moins, c’est comme cela que ça se passait chez les Goolrick. Un père professeur d’université, une mère qui pourrait jouer la doublure de Dorothy Parker. Ils sont jeunes et beaux. Et le temps passe. Quelque chose ne tourne pas rond. Comme le tissu sur les canapés qui finit bien par s’élimer, les corps accusent le coup. L’alcoolisme mondain devient une pathologie. 

Le petit Robert, son frère et sa sœur sont tous les trois brillants, mais on sent pointer un sentiment particulier à l’égard du narrateur, quelque chose qui se rapproche de l’indifférence ou même de la haine. Pourquoi ? 

Pourquoi sa mère est-elle si dure avec lui ? Pourquoi lui interdit-elle d’écrire le moindre mot qui pourrait dévoiler un quelconque moment de la vie de leur famille ? 

Il faudra patienter jusqu’aux quatre cinquièmes du livre avant de subir le choc. Mais jusque-là, on aura goûté avec délectation l’écriture incroyablement sensible de l’auteur. Il décrit à perfection une Amérique qui laissait présager une vie de rêve et qui n’a pas tenu ses promesses. Et surtout il raconte une vie, la sienne, avec une sincérité si désarmante qu’on a l’impression d’écouter un homme rencontré un soir au bar et qui viderait son sac avant de repartir traîner son blues tout seul.

Percutant, douloureux, mais indispensable.

GOOLRICK, Robert. Féroces. Paris, Carrière, 2010. 254 p.

Disponibilité

 

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