L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Les orphelins de Brooklyn 30 juin 2011

Filed under: Roman — Roane @ 8:00
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Quel roman lire quand on part quelques jours à New York ? Quelle histoire vous tiendrait en haleine jusqu’à oublier que l’avion hoquette ? Quand vous arrivez à New York, plus le temps de lire. C’est surtout au retour, si on souhaite prolonger un peu le voyage, ne pas trop vite quitter l’atmosphère envoûtante de cette ville, c’est là qu’il est important d’avoir LE bon livre sous la main. C’est du côté de Jonathan Lethem, plus particulièrement vers Les orphelins de Brooklyn que je vous envoie chercher ce supplément de rêve américain.

« J’ai la tourette ». Dès la quatrième ligne, on y est , le ton est donné par Lionel, le narrateur, qui se bat jour après jour contre le syndrome de Gilles de la Tourette. Pour mieux l’appréhender, il a inventé Bailey, un auditeur imaginaire de ses soliloques, de ses injures et de ses cris qui sortent de sa bouche qui semble ne plus lui appartenir. Incontrôlables, handicapantes en public, ces logorrhées jetées contre Bailey l’aident à être plus calme avec les autres. Le pire c’est de retenir, de ravaler les mots car ils explosent ensuite plus violemment. En cas de stress, le syndrome s’intensifie, Bailey ne peut plus rien pour Lionel qui s’enfonce. Sa vie est difficile à cause également des TOC liés à sa maladie : il compte tout et ne peut s’empêcher de toucher, lisser, étreindre les choses et les gens…

Quand on fait sa connaissance, Lionel a tout juste 13 ans, il est considéré comme un idiot par ses camarades et professeurs dans l’orphelinat de Brooklyn où il vit. Sa chance c’est qu’il est Blanc (les autres orphelins sont presque tous Noirs) et que lorsque Frank Minna cherche 4 « Minna boys » parmi les jeunes de l’orphelinat, il veut des Blancs pour ne pas heurter les préjugés de ses clients, dit-il… Lionel a été préféré, par défaut, à un vraiment trop gros gaillard, le cinquième Blanc… De combines douteuses en activités louches, les jeunes se soudent, quittent l’école et deviennent alors les « Minna men », officiellement un service de voiturage, en réalité, une façade pour une agence de détectives. Lionel prend de l’assurance car Minna lui fait confiance. Des quatre il est celui qui l’accompagne le plus souvent. C’est Minna qui mettra un nom sur sa maladie et lui offrira un livre expliquant ce syndrome. Ceci lui permettra de mieux se comprendre et s’accepter en sachant que d’autres sont comme lui. Pour la première fois, quelqu’un lui donnera de l’attention et de l’affection.

Quant à moi j’étais une paire d’yeux et d’oreilles supplémentaires, une espèce de confident. Minna m’entraînait dans les négociations du salon de coiffure ou autre arrière-boutique et m’interrogeait après coup. Qu’avais-je pensé de tel paroissien ? Craignos ou non ? Crétin ou attardé mental ? Requin ou gogo ? Il m’encourageait à me forger une opinion sur tout et à l’exprimer sans retenue ; il semblait interpréter mes dégorgements verbaux comme de simples commentaires encore bruts de décoffrage. Et il adorait mon écholalie. Il pensait que je faisais des pastiches.

Vous aurez compris qu’il s’agit d’un roman d’apprentissage, d’un jeune qui, même s’il participe à quelques activités pas très catholiques, sera en quelque sorte sauvé grâce à sa rencontre avec ce Minna, un grand frère de substitution, un modèle.

Non seulement vous aurez du plaisir à parcourir en Limousine les rues de Brooklyn et de Manhattan, de prendre l’air de New York, vous suivrez aussi une enquête déjantée pleine de rebondissements (je ne vous en dirai rien car je risque d’en dire trop) mais, en plus, vous serez touché par ce jeune Lionel qui vous accompagnera bien après avoir terminé le roman. Et pour finir, j’ajouterai que le texte n’est pas dénué d’humour. Alors, que lire de mieux ? Je vous le demande !

LETHEM, Jonathan. Les orphelins de Brooklyn. Paris, Olivier, 2003
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Les derniers jours de Mussolini 27 juin 2011

Les derniers jours des personnages historiques sont toujours fascinants. Encore plus si leur fin n’est pas due à une mort naturelle. C’est le cas du dictateur fasciste italien Benito Mussolini.

Et qui d’autre que Pierre Milza, grand spécialiste de la période fasciste italienne, pouvait écrire un livre aussi passionnant que Les derniers jours de Mussolini? Le titre porte bien son nom, en effet Milza nous place aux côtés du Duce heure par heure lors de ses trois derniers jours. Un peu comme dans le Paris-brûle-t-il des Lapierre-Collins, un autre livre que j’ai adoré, où l’on vit l’insurrection parisienne aux côtés des insurgés de façon si intense qu’on souffre, qu’on meurt, qu’on crie, qu’on gagne avec eux. Mais revenons au sujet du jour… Un sujet qui, encore aujourd’hui, fait couler beaucoup d’encre et n’a pas une version définitive à défaut d’en avoir une officielle : les partisans italiens, et seulement eux, ont éliminé le dictateur. Il semblerait que ce ne fut pas aussi « simple » que ça. L’auteur étudie, chaque fois que le récit le demande, plusieurs pistes. Même s’il ne prend pas parti, Milza nous donne son point de vue sur la thèse la plus crédible selon sa connaissance et ses recherches.

Ce livre historique passionnant se lit comme un roman.  Un document qui n’occulte aucune piste et qui n’épargne personne, même pas les dérives et assassinats de la part de certains résistants. La lumière de l’histoire,  qui a présenté et démontré le visage noir et criminel de la dictature fasciste, nous évitera de tomber dans la compassion pour ce dictateur qui durant ses derniers jours, est un homme sans pouvoir, malade, et fragile que l’on accompagne jusqu’à sa mise à mort. 

Personnellement je serais très heureux de pouvoir lire un prochain livre de Pierre Milza qui traiterait exclusivement des crimes des hommes de la République de Salò. Autre sujet, le fait qu’aucun criminel de guerre italien n’ai été jugé. Ou enfin, la terrible histoire de l’exécution de 15 antifascistes le 10 août 1944 à Milan sur Piazzale Loreto. Là-même ou le 29 avril 1945, le lendemain de son exécution, Mussolini a été pendu par les pieds pour éviter que son corps exposé ne subisse un lynchage post-mortem de la part de la foule en colère… Colère plus que justifiée.

MILZA, Pierre. Les derniers jours de Mussolini. Paris, Fayard, 2010. 350 p.

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L’envers du vent 23 juin 2011

Qui, mais qui donc va lire L’envers du vent de Milorad Pavić (écrivain serbe décédé en 2009) ?

Il faut, tout d’abord, aimer jouer. Car ce livre, tout comme les autres ouvrages de Pavić, font partie de la famille mutante et fascinante de la littérature ergodique. On reconnaît ses membres de la manières suivantes : faut-il, ou le lecteur peut-il, faire mieux que juste tourner la page, lire la ligne pour s’approprier le texte ? Si la réponse est oui : BAM !, littérature ergodique. Citons en exemple, hormis les livres de Pavić, La maison des feuilles de Danielowski, 253 de Geoff Ryman et La nuit je suis Buffy Summers de Delaume.

De plus, il faut aimer l’exercice physique, car la nature en tête-bêche du roman implique qu’à un moment ou un autre il va vous falloir le retourner pour en lire l’intégralité.

Mais pourquoi ? Car Pavić veut aussi vous faire faire un petit effort mental. Pas du genre sudoku du Pontron-minet Azur, mais un exercice plus sournois, plus profond, qui va faire suer votre cerveau sans même que vous vous en aperceviez…

Car en s’appuyant sur le mythe de Héro et Léandre, l’auteur s’évertue à faire vivre ce titre en poussant le lecteur à essayer de voir ce qui est éternellement caché, l’envers du vent étant sa face qui reste sèche lorsque tombe la pluie. Concrètement, les Hero et Léandre de Pavić sont, comme dans le mythe, séparés par un gouffre a priori infranchissable, voire même plusieurs gouffres : le premier étant la manière dont le livre est relié. Les autres seront plus difficiles à cerner, car dans ces deux histoires partageant la même couverture, à priori peu de points communs si ce n’est les nom de nos deux héros, et c’est LÀ qu’intervient l’ergodisme, car le lecteur va se trouver en position de devoir faire des choix et des interprétations. Le premier choix étant : par quel côté commencer ?

Et du coup c’est seulement dans l’imagination du lecteur que nos deux héros séparés se retrouvent…

Sinon, pour lire L’envers du vent, il faut aimer le surréalisme (ou du moins le supporter). Il faut être ouvert aux descriptions un peu non-sensuelles, aux impossibilités physiques et la poésie factuelle.

En enfin, il faut être prêt à ne pouvoir parler de cet ouvrage qu’avec d’autres lecteurs. Pour preuve, nous sommes à la 28ème ligne, et je n’ai toujours pas parlé de l’histoire. Alors c’est parti : côté Héro, c’est l’histoire d’une fille, chimiste, qui commence par donner des leçons de français à des enfants, dont un est absent, puis elle va avoir quelques histoires avec son frère, qui finira par la trahir pour un militaire.

Côté Léandre, c’est l’histoire d’un type qui n’aime pas assez son instrument de musique, et finit par devenir moine puis architecte de l’extrême.

C’est clair, non ?

PAVIĆ, Milorad. L’envers du vent ou le roman de Héro et Leandre. Paris, Belfond, 1992. 117, 111 p.

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André Georges : une vie pour la montagne 20 juin 2011

Filed under: Documentaire — Christian L. @ 10:57
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Pierre Ravanel, guide de montagne à Argentière près de Chamonix, raconte cette anecdote :

« J’ai rencontré André Georges pour la première fois en refuge sur la Haute Route Chamonix-Zermatt. Je l’ai vu. Je me suis dit : ce doit être un solide celui-là.

– Salut !

– Salut !

Et on a été boire un verre à la cuisine… et faire la vaisselle. »

Avec Jean Trolliet et Erhard Loretan aujourd’hui disparu, André Georges est l’une des plus grandes figures de l’alpinisme helvétique contemporain.

L’histoire d’André Georges est une belle histoire. C’est l’histoire d’un personnage taillé dans le roc, solide, pur, humble, comme la montagne aime à les produire. L’histoire d’un homme au parler simple et franc, à l’accent rude et chantant qui fleure bon l’authenticité et le terroir. L’histoire d’un alpiniste prestigieux et d’un guide exceptionnel. L’histoire d’une passion.

Cette histoire commence voilà bien longtemps, dans un 19e siècle finissant qui voit les premiers alpinistes parcourir les Alpes. Dans la famille Georges, il y a des guides depuis plusieurs générations, une tradition qui se perpétue et une expérience qui se transmet. André aime rappeler à son souvenir son oncle Joseph, le skieur, le « Chat des Alpes », une figure charismatique et un guide au palmarès remarquable.

André sera le douzième guide de la famille. Très tôt, ce sont les hauts sommets et l’altitude qui le capteront, plutôt que les bancs de l’école. L’appel de la liberté, des grands espaces, une quête d’un certain absolu. Très tôt il sera guide, à vingt-deux ans déjà, avec une solide expérience, un physique hors normes, beaucoup de détermination et de combativité. Et surtout, il y a cette fougue, cette envie d’en croquer…

André est lancé et il ne s’arrêtera plus. En solo, en cordée, avec des amis, des clients, des copains guides ou alpinistes, il marche, il court, il grimpe, infatigable, en été comme en hiver. Petit à petit se construit la légende, à force de premières audacieuses, d’ouvertures engagées, d’enchaînements improbables et d’expéditions aventureuses.

En un peu plus de quarante ans de montagne, André aura gravi plus de 2000 sommets aux quatre coins du globe, parcouru plus de quatre fois le tour de la Terre et emmené des milliers de clients avec lui. Et puis un jour, le corps se fatigue et s’use, et il faut ralentir, se ménager. Aujourd’hui, André Georges ne guide plus et s’est retiré de l’alpinisme. Il vit à Gietty, un petit hameau perché à 1800 mètres d’altitude au-dessus des Haudères dans le Val d’Hérens où il élève des Yaks avec sa compagne, en harmonie avec la nature, en toute simplicité.

L’histoire d’André Georges, c’est l’histoire d’une vie pour la montagne, totale et sans concessions, une belle vie.

GEORGES, André. Une vie pour la montagne. Lausanne, Favre, 2010.

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Acier 15 juin 2011

Filed under: Roman — chantal @ 8:00
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D’acier, Silvia Avallone

Terriblement magnifique, on est tout de suite pris dans cette histoire, l’écriture est puissante et nous donne tout à voir. Pas étonnant que l’adaptation au cinéma soit déjà en cours en Italie.

Le premier chapitre se lit à travers les jumelles… et au bout de la lentille, une jeune adolescente, Francesca, première protagoniste de ce roman. C’est son histoire et celle de son amie Anna, amies pour la vie, qui nous est racontée au premier plan. Suivront d’autres personnages, qui gravitent autour d’elles. 

Piombino, ville au coeur du roman, n’est pas le lieu que l’on choisirait pour des vacances en Italie, mais si on est né là-bas, on y reste souvent, car l’usine donne du travail à la plupart des gens qui y grandissent. L’usine est aussi un personnage de ce roman, on la voit de tous les côtés, de nuit comme de jour, omniprésente, avec son grand four toujours en fonction. Elle est le symbole et la métaphore épuisante de ce roman.

Ca pourrait être une simple histoire d’amitié entre deux adolescentes, c’est beaucoup plus, c’est un portrait de l’Italie actuelle dans une ville prolétaire, en marge, avec une société en pleine mutation, prise entre son passé et le changement omniprésent. Une ville avec des ouvriers qui craignent la délocalisation, le nouveau management, les ressources humaines. Des parents qui ont peur de voir leurs filles grandir, partir. Les jeunes, abrutis par leur travail, qui ne pensent qu’à se défoncer. 

 Une forme de misère, car au-delà de l’usine d’acier et de la mer, il n’y a rien ou presque, et il est difficile de dépasser ce qu’on connaît, quand on n’a jamais rien pu voir d’autre. Reste toujours la capacité de rêver pour certains et l’amitié ou l’amour, mais là c’est peut-être encore une source de souffrance…

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AVALLONE, Silvia. D’acier. Paris, Liana Levi, 2011. 387 pp

 

La ville des voleurs 11 juin 2011

Filed under: Roman — Françoise A. @ 8:00
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1941, Leningrad est assiégée par les nazis. Les gens ont faim et froid, tout le temps. Lev, 17 ans, fils d’un poète juif « disparu » veille sur le toit de son immeuble avec ses copains. Trop jeune pour s’enrôler dans l’armée rouge, il est responsable du service incendie. Lorsqu’un parachutiste allemand leur tombe presque dessus, la tentation est trop forte. Les jeunes gens entreprennent de dépouiller le cadavre, afin de chercher s’il n’y aurait pas quelque chose à manger ou à boire. Hélas la patrouille les repère. Lev, toujours galant, laisse passer la petite Vera avant lui. Résultat, il est le seul à être embarqué en prison et sait très bien qu’il encourt la peine de mort.
Arrive dans sa cellule Kolya, beau parleur, et beau tout court. Kolya est le type même du vrai aryen, blond aux yeux bleus, alors que Lev se trouve laid et a horreur de son gros nez. Kolya risque aussi d’être fusillé, car il a quitté son bataillon de l’armée rouge. Cela ne l’empêche pas de garder son calme, de parler à Lev littérature, puis de s’endormir d’un sommeil paisible…
Miracle, le lendemain matin, le voleur et le déserteur, dixit le colonel, ont un sursis. S’ils parviennent à réunir une douzaine d’œufs d’ici cinq jours, ils seront graciés. Pourquoi cette lubie me direz-vous, alors que tous les habitants en sont réduits à manger un horrible pain de sciure? et bien, c’est pour faire un gâteau pour le mariage de la fille du même colonel. Tout le roman de Benioff raconte la quête de cet incroyable duo à la recherche de ces incroyables œufs.

Voici un court extrait qui résume bien les rapports entre les personnages, et le ton du roman. Avant de quitter la ville, Kolya regarde Lev dans les yeux et lui dit:
« – Ne t’inquiète pas, mon ami… Je ne te laisserais pas crever comme ça.
  – J’avais dix-sept ans et j’étais un imbécile : je le crus sur parole »

Lev et Kolya se retrouvent aux prises avec des cannibales, des Einsatzgruppen, des cadavres de toutes sortes, humains et même canins. Pourtant, malgré ces scènes d’une violence inouïe, on ne peut s’empêcher de rire et de sourire très souvent. Un de mes passages préférés est celui de la rencontre avec la malheureuse poule « Chérie ». La description de la bestiole découverte sur un toit, puis ramenée avec moult précautions dans l’appartement d’une des nombreuses conquêtes de Kolya, est d’une irrésistible drôlerie. Je vous laisse découvrir la conclusion de cet épisode cocasse…

J’ai beaucoup aimé le personnage de Lev, ado lucide insomniaque, tourmenté par l’éveil de sa sexualité et par sa judéité. « Pour ma malédiction, [explique-t-il] j’avais hérité du double pessimisme des Russes et des Juifs- deux des plus mélancoliques tribus de la terre».
Kolya, le bourreau des cœurs, arrive à percer la carapace de cette mélancolie, grâce à son humour et à ses bons conseils. Il se présente expert « en filles, en littérature et en échecs ». Pour les filles et la littérature, c’est en partie vrai; pour les échecs, c’est plus discutable. Quoiqu’il en soit, lui-même a ses propres blessures, littéraires ou intestinales, mais garde toujours une élégance certaine.

David Benioff présente  l’histoire de Lev comme celle de son grand-père. Je ne me prononcerais pas sur la véracité de ce récit. En tous cas, j’ai marché à fond!

Benioff, David. La ville des voleurs. Paris, Flammarion, 2010. 365 p.

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L’auteur dit s’être inspiré de deux livres Kaputt de Malaparte qui fut correspondant de guerre sur le front est, et, pour le siège de Leningrad,  des Neuf cents jours de Harrison E. Salisbury.

 

Salomé : drame en un acte 8 juin 2011

Et du théâtre une fois de plus!

On est en droit de se poser la question: pourquoi diable Davide s’est-il intéressé à ce minuscule livre pas bien lourd de thèses socio-politiques ?

Laissons planer le suspense, et voyons un peu d’où nous vient cet opuscule.

Salomé a été écrit par le célèbre auteur anglais Oscar Wilde en 1891, lorsque, sa renommée assise grâce au Portrait de Dorian Gray, il se laisse un tout petit peu aller à une vie de sodomite parfaitement assumée. A priori cela n’a rien à voir, mais il faut noter que Salomé est écrit en français. Des corrections sont demandées à Adolphe Retté et Stuart Merril. Elles sont cependant assez mal reçues, puisque le dossier est passé au célèbre Pierre Louÿs , enfin je dis célèbre, surtout pour les amateurs de coquineries pseudo-classiques et de vaseline sur les lentilles de la caméra de David Hamilton.

Bref, Louÿs vire une grande partie des corrections, ce qui explique les tournures un peu capillotractées de certaines répliques de cette pièce.

D’autre part, son acte unique, et une certaine densité des personnages mettent le lecteur assez vite au parfum d’un courant émotionnel chtonien à cette pièce. Les personnages sont certes antiques, mais passablement caricaturaux ; cela vaut surtout pour Iokanaan, une espèce de proto-chrétien punk à chien (par le terre-à-terre de ses propos) sans chien, et Hérodote, dont même les infortunés choix matrimoniaux ne pourraient expliquer la tendance au pleurnichage tragique.

La clé du mystère doit être Salomé, que son amour pour Iokannan poussera à le faire sommairement exécuter (après avoir peu subtilement allumé son beau-père).

Alors pourquoi lire cette pièce si particulière? A mon avis, pour se donner l’envie de l’expérimenter par le jeu. En effet, sa représentation est,expérience faite, l’occasion d’un ressenti plus abstrait de ce que Wilde montre sur ces pages (à moins qu’il n’ait juste eu envie d’écrire un truc bien décadent.)

A défaut de vous en trouver une représentation théâtrale à vous mettre sous les yeux, peut-être serez-vous assez courageux pour tenter la vignette interactive « Fatale » inspirée par la Salomé de Wilde aux développeurs belges Tale of Tales (malheureusement en anglais uniquement). Franchement, j’ai essayé, qu’avez-vous donc à y perdre?

WILDE, Oscar. Salomé : drame en un acte. Toulouse, Ombres, 1992. 94 p.

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