L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

La ville des voleurs 11 juin 2011

Filed under: Roman — Françoise A. @ 8:00
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1941, Leningrad est assiégée par les nazis. Les gens ont faim et froid, tout le temps. Lev, 17 ans, fils d’un poète juif « disparu » veille sur le toit de son immeuble avec ses copains. Trop jeune pour s’enrôler dans l’armée rouge, il est responsable du service incendie. Lorsqu’un parachutiste allemand leur tombe presque dessus, la tentation est trop forte. Les jeunes gens entreprennent de dépouiller le cadavre, afin de chercher s’il n’y aurait pas quelque chose à manger ou à boire. Hélas la patrouille les repère. Lev, toujours galant, laisse passer la petite Vera avant lui. Résultat, il est le seul à être embarqué en prison et sait très bien qu’il encourt la peine de mort.
Arrive dans sa cellule Kolya, beau parleur, et beau tout court. Kolya est le type même du vrai aryen, blond aux yeux bleus, alors que Lev se trouve laid et a horreur de son gros nez. Kolya risque aussi d’être fusillé, car il a quitté son bataillon de l’armée rouge. Cela ne l’empêche pas de garder son calme, de parler à Lev littérature, puis de s’endormir d’un sommeil paisible…
Miracle, le lendemain matin, le voleur et le déserteur, dixit le colonel, ont un sursis. S’ils parviennent à réunir une douzaine d’œufs d’ici cinq jours, ils seront graciés. Pourquoi cette lubie me direz-vous, alors que tous les habitants en sont réduits à manger un horrible pain de sciure? et bien, c’est pour faire un gâteau pour le mariage de la fille du même colonel. Tout le roman de Benioff raconte la quête de cet incroyable duo à la recherche de ces incroyables œufs.

Voici un court extrait qui résume bien les rapports entre les personnages, et le ton du roman. Avant de quitter la ville, Kolya regarde Lev dans les yeux et lui dit:
« – Ne t’inquiète pas, mon ami… Je ne te laisserais pas crever comme ça.
  – J’avais dix-sept ans et j’étais un imbécile : je le crus sur parole »

Lev et Kolya se retrouvent aux prises avec des cannibales, des Einsatzgruppen, des cadavres de toutes sortes, humains et même canins. Pourtant, malgré ces scènes d’une violence inouïe, on ne peut s’empêcher de rire et de sourire très souvent. Un de mes passages préférés est celui de la rencontre avec la malheureuse poule « Chérie ». La description de la bestiole découverte sur un toit, puis ramenée avec moult précautions dans l’appartement d’une des nombreuses conquêtes de Kolya, est d’une irrésistible drôlerie. Je vous laisse découvrir la conclusion de cet épisode cocasse…

J’ai beaucoup aimé le personnage de Lev, ado lucide insomniaque, tourmenté par l’éveil de sa sexualité et par sa judéité. « Pour ma malédiction, [explique-t-il] j’avais hérité du double pessimisme des Russes et des Juifs- deux des plus mélancoliques tribus de la terre».
Kolya, le bourreau des cœurs, arrive à percer la carapace de cette mélancolie, grâce à son humour et à ses bons conseils. Il se présente expert « en filles, en littérature et en échecs ». Pour les filles et la littérature, c’est en partie vrai; pour les échecs, c’est plus discutable. Quoiqu’il en soit, lui-même a ses propres blessures, littéraires ou intestinales, mais garde toujours une élégance certaine.

David Benioff présente  l’histoire de Lev comme celle de son grand-père. Je ne me prononcerais pas sur la véracité de ce récit. En tous cas, j’ai marché à fond!

Benioff, David. La ville des voleurs. Paris, Flammarion, 2010. 365 p.

Disponibilité

L’auteur dit s’être inspiré de deux livres Kaputt de Malaparte qui fut correspondant de guerre sur le front est, et, pour le siège de Leningrad,  des Neuf cents jours de Harrison E. Salisbury.

 

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