L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

L’oubli que nous serons 27 juillet 2011

Filed under: Divers,Roman — Dominique @ 8:00
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Il y a presque deux ans, lors d’un voyage en Colombie, l’amie que je visitais, alors que nous nous promenions dans un quartier de Bogota plein de bouquinistes et de petites boutiques, m’offrit El olvido que seremos de Héctor Abad, un auteur du cru dont je n’avais jamais entendu parler. Elle m’en parla avec des sanglots dans la voix, me persuadant de l’indispensabilité de lire ce merveilleux livre. Je m’attelai péniblement à la tâche, mon espagnol ne me permettant pas de me dispenser d’un dictionnaire, puis laissai traîner ce livre. Une année exactement après cela, il a enfin été traduit en français, me permettant ainsi de reprendre ma lecture. Donc.

Héctor Abad est né dans les années 50 à Medellin, ville qui fut longtemps tristement célèbre en Colombie pour la violence qui y régnait. Il y vivait avec son père, Héctor également, sa mère et ses cinq soeurs. Héctor senior était médecin et professeur d’université. Il était d’une bonté inimaginable, humaniste, pédagogue, généreux et juste. Un père parfait, Héctor ne cesse de le répéter, avec lequel, en tant que seul fils de la fratrie, il connut une relation privilégiée. La famille vivait dans un grand bonheur. Et puis, Héctor a commencé à s’occuper un peu trop du bien-être du peuple, donnant des soins et son argent aux pauvres, qui étaient légion. Il se mit peu à peu à dos aussi bien le gouvernement que le clergé ou ses collègues de l’université : on n’aimait pas trop qu’il donne de l’espoir aux plus démunis, et par là, peut-être l’idée de se rebeller. Il passait pour un communiste, ce que sa conscience était sans doute, à vouloir tenter de prodiguer à tous les conditions nécessaires à un bien-être basique : combien d’enfants mouraient par faute d’eau potable ? ou de malnutrition ?

Je n’ai pas envie de vous gâcher la découverte de ce magnifique récit. Sachez que le bonheur de la famille Abad est compté. Et puis, que le père, cet homme extraordinaire, qu’on a tellement envie de connaître, a finalement été assassiné un jour d’août 1987. Pour que sa vie n’ait pas été inutile, pour qu’il reste une trace tangible de lui, pour qu’il n’illustre pas la phrase de Borges « Nous voici devenus l’oubli que nous serons », son fils a décidé de le faire revivre à travers ce récit qu’il mit tant de temps à écrire.

Voici un livre donc, qui nous fera découvrir non seulement une saga familiale, mais également une fresque historique de la Colombie, dans un récit intimiste d’une très grande sensibilité. Que vous dire de plus, si ce n’est que je suis sortie de cette lecture littéralement bouleversée. Et heureuse d’avoir pu rencontrer, ne serait-ce qu’un peu, cet homme hors du commun, Héctor Abad.

ABAD FACIOLINCE, Héctor. L’oubli que nous serons. Paris, Gallimard, 2010 (Du monde entier). 318 p.

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