L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Mainstream 31 août 2011

A cette heure où tout le monde, son chat et son voisin ont le droit et les moyens d’être créateurs de contenus sur la vaste toile de l’interweb, je sens peser de tout son poids le doute que j’ai quant à mes qualifications pour vous présenter – et tenter de vous influencer au sujet de, cela va sans dire – Mainstream de Frédéric Martel.

Car le type est une pointure ; dans le désordre, écrivain (de livres adaptés en films), journaliste, docteur en sociologie, attaché culturel aux USA (2001-2005), enseignant, animateur…

C’est probablement grâce au bagage hérité d’une telle variété d’activités professionnelles à tendance culturelle que Martel est à l’aise pour écrire Mainstream, car les sujets couverts par ce titre sont nombreux, compliqués, et difficiles à présenter.

Martel part donc d’un constat. Non, de deux constats : le premier est que ses sources bibliographiques peuvent très bien vivre ailleurs que dans le livre, c’est donc mon premier documentaire sans bibliographie, car celle-ci se trouve sur un site web qui lui est dédiée, avec en boni des outils, des documents et diverses statistiques, ce qui est plutôt aimable.

Deuxième constat : la culture de masse est américaine. Martel expliquera bien vite que cette affirmation ne relève en rien d’une notion nationale, mais plutôt d’une stratégie géopolitique et économique, selon le modèle : chercher l’argent.

En utilisant des exemples cohérents des pays qui s’offrent une culture de masse exportable et rentable, dans les domaines du cinéma, de la télévision et de la musique (la littérature est curieusement absente de l’exercice, ce qui pourrait indiquer que les gens qui lisent « encore » sont profondément alternatifs voire même PUNKS !), Martel arrive à tisser une trame bien solide, mais surtout digeste, d’arguments non seulement parlants, mais qui en plus se répondent. Ainsi, si son argumentaire ne suit pas une ligne géographique rigide, il passe néanmoins par les jalons culturels les plus représentatifs, que ce soit le cinéma hollywoodien et ses modèles de succès planétaire (de par son nivelage par le bas), ses échecs chinois, son intérêt pour le marché émergent du cinéma indien qui, lui-même, a des vues sur les populations indiennes migrantes. Cinéma indien qui fait d’ailleurs concurrence aux chaînes télévisées « arabes », qui ont des visées panarabes voire pan-musulmanes, malgré les apparentes contradictions à voir des ressortissants de pays plutôt peu ouverts à la culture occidentale financer des émissions tournées dans des pays plus « occidentalisés » pour être ensuite diffusés ou vendus de manière vaguement illégale dans des pays aux normes fluctuantes.

Ce que le livre de Martel illustre parfaitement est la grande part d’arbitraire et d’illogisme dans tout ce qui touche aux « affaires culturelles », mais aussi le gigantesque nivellement par le bas dès que la norme de ces mêmes cultures devient « globale ».

MARTEL, Frédéric. Mainstream : enquête sur cette culture qui plaît à tout le monde. Paris, Flammarion, 2010. 460 p.

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L’armée furieuse 29 août 2011

Filed under: Polar,Roman — Roane @ 8:00
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Depuis que j’ai fait la connaissance du commissaire Adamsberg, c’est devenu un ami (à comprendre dans le sens quelque peu dénaturé de facebook) : il est celui dont j’attends le retour avec impatience, que j’accueille volontiers à la maison, qui se faufile dans ma valise entre la nuisette et le bikini et qui m’a pris huit bonnes heures de mon (précieux) temps. Cet Adamsberg, il m’émeut par son côté brouillon, sa balourdise, j’ai plaisir à me projeter dans son univers, à bafouiller avec lui. Le quitter est toujours un peu difficile car son absence durera bien deux, trois ans, et qui peut dire s’il ne va pas d’un coup disparaître, comme le commissaire Wallander de Mankell.

Adamsberg et son équipe, aussi déglinguée que son patron, ont été imaginés par Fred Vargas. Pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas Fred Vargas (par expérience, je sais qu’il en reste), il est nécessaire de préciser que Fred est une femme, le diminutif de Frédérique. Ayant posé ce premier élément identitaire,  j’ajoute qu’elle est française, ce qui n’est pas anodin pour nous francophones puisque nous n’avons pas affaire à des traductions, celles des polars ou thrillers souffrant souvent d’un déficit de style. Sans être proustiens, ses polars sont agréables à lire. Si les dialogues sont nombreux (trop, pour certains critiques), je les trouve souvent très drôles, très enlevés ; ils donnent un rythme à l’intrigue. Ils sont aussi la voix des personnages et permettent de mieux les appréhender et ainsi d’éviter de longues descriptions peu adaptées au genre.

L’armée furieuse vient donc de sortir,  il s’agit du 8ème opus des aventures de Jean-Baptiste Adamsberg (série commencée par L’homme aux cercles bleus). Au fil des ouvrages on suit l’évolution de la carrière d’Adamsberg, les changements dans sa vie personnelle. Si vous n’avez pas lu les précédents, ce n’est pas compliqué de s’y retrouver, l’auteure balise, vous pouvez donc commencer par ce livre-ci.

Adamsberg reçoit la visite d’une dame venue de Normandie : lui seul peut l’aider, dit-elle, sa réputation ayant dépassé les frontières du 13ème arrondissement où son commissariat est situé. Comme dans tous les livres de Fred Vargas, le point de départ paraît farfelu, peu intéressant, seul Adamsberg sent la faille qui lui donne envie de s’en mêler et nous de le suivre. Sa visiteuse raconte une histoire « d’Armée furieuse », des morts-vivants cavalant dans la nuit devant un témoin médusé (ici, la fille de la visiteuse).

Les chevaux et leurs cavaliers sont décharnés et il leur manque des bras et des jambes. C’est une armée morte à moitié putréfiée, hurlante et féroce, qui ne trouve pas le ciel.

Chevauchant avec des mort, des personnes encore vivantes, connues du témoin, sont alors condamnées à mourir dans les semaines qui suivent l’apparition. La fille a reconnu trois hommes du coin (l’un d’eux d’ailleurs vient de mourir d’un soi-disant suicide) et une quatrième personne qu’elle n’a pas bien distinguée. Le commandant de police Danglard, au savoir aussi intense que son addiction au bon vin, connaît cette vieille légende du Moyen-Âge et ses explications avec tout le mystère qui l’entoure, pousse le commissaire à partir dans le Calavados. L’occasion de dénouer les vieilles rancunes entre les familles, trouver qui a intérêt à profiter de la crédulité de certains pour attiser le feu et faire accuser des innocents, tels sera le challenges de notre brigade de police.

Parallèlement à cette enquête, Adamsberg est aussi chargé de résoudre d’autres énigmes à Paris. Il semblerait qu’une vieille ait été étouffée par des miettes de pain… Il y a aussi un pigeon maltraité auquel on a attaché les pattes, un acte sauvage qui l’aurait conduit à agoniser lentement. Adamsberg déteste qu’on s’en prenne aux plus faibles ! C’est au nom de ce principe qu’il a dans le colimateur deux garçons de bonne famille, protégés par le pouvoir, qui font porter le meurtre de leur père à un jeune  marginal connu de son service de police.

L’intérêt des livres de Vargas ne réside pas seulement dans les faits et leur dénouement  mais dans les relations entre les personnages. Chacun a son caractère, ses bizarreries, ses faiblesses et, dans ce roman,  il sera particulièrement question des rapports tendus entre Danglard et le lieutenant Veyrenc, chacun en demande de reconnaissance de son chef ; c’est à celui qui aura le plus d’idées, se montrera le plus érudit (avantage Danglard), le plus subtil (avantage Veyrenc), jusqu’à commettre de dangereuses erreurs.

Il n’est pas inutile de relever que Fred Vargas est aussi archéologue et aime creuser. D’un banal papier de sucre, d’une étrange texture de fil, de curieuses miettes dans une cuisine trop bien tenue, d’un détail, elle dénoue l’enquête avec une vraie rigueur scientifique. Chez Vargas, le loufoque côtoie le sérieux et c’est bien là que réside le charme de ses polars.

VARGAS, Fred. L’armée furieuse. Paris, Hamy, 2011

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American psycho 26 août 2011

Bon.

Et bien.

Lors de mon dernier billet, je m’acharnais autant que possible sur Comment j’ai liquidé le siècle de Flore Vasseur, et je vous proposais de nous retrouver plus tard autour de American Psycho.

Car soyons honnêtes, ce billet sera moins une observation pointue, équilibrée et objective de ce roman qu’une explication détaillée de pourquoi ce roman de Bret Easton Ellis est un véritable chef d’œuvre.

C’est parti.

Tout d’abord ce n’est pas juste un bon livre, ou un très bon livre. Ellis à déjà frappé fort avec ses deux premiers romans, Moins que zéro et Les lois de l’attraction, dans lesquels il établit sa plume. Mais en 1991 on voit publier American psycho, qui reprend le style d’une efficacité glacée dans son illustration de la vacuité d’une jeunesse non pas en perdition mais complètement perdue.

Car tout brille dans American psycho, à commencer par l’écrin: on entre de plein-pied dans la vie de Patrick Bateman, frère d’un personnage d’un roman précédent et employé modèle à Wall Street. A travers son point de vue nous découvrons son quotidien de restaurants chics, de salles de sport chics, de vidéocassettes à rendre, de bars à la mode, de marques à posséder déclinées en listes à la limite du supportable, de groupes de musique à écouter absolument, le tout présenté en chapitres denses et chronologiques, et d’un ton presque uniforme, qu’il s’agisse de comparer des cartes de visite ou de torturer un clochard et son petit chien.

Les rares dérapages qui surviennent dans la narration n’en sont que des fissures plus foudroyantes dans ce mur monumental d’inhumanité. Ces derniers d’ailleurs donnent une clé pour véritablement entrer dans le roman après une première lecture souvent trop brute pour être véritablement profitable, car jamais fin de siècle n’aura été plus habilement dépeinte. Evidemment aucune mention n’est faite des attaques sur les tours jumelles de New York, aucune référence à la crise des sub-primes, et pour cause, les seuls mouvements catastrophiques dont le lecteur est témoin sont ceux propres à Patrick et à sa déconnexion de plus en plus totale d’avec la réalité qui l’entoure, et il est important de le dire, PAS parce que c’est un vilain psychopathe (car le titre est taquin), mais bien parce que Patrick ne PEUT PAS se connecter à cette réalité et aux êtres qui la peuplent qui, comme lui, consomment drogues, marques et individus comme si leur vie en dépendait, ce qui est le cas, tout simplement car Patrick est un pur produit de la machine qui l’a créé et le fait vivre. Les scènes très courtes de prise de conscience de Patrick restent des exemples en la matière, et peuvent faire pleurer.

Une mention toute particulière doit être faite des scènes violentes, qui le sont d’autant plus qu’elles sont elles aussi minutieusement décrites à la première personne, et qui du coup se fondent parfaitement dans une suite logique des autres chapitres (chapeau bas à Ellis qui a réussi à les renforcer en faisant surgir cette violence au détour d’un chapitre « normal », sans pour autant qu’elle soit relevée par ses témoins). Sa misogynie est un signe supplémentaire de l’époque où les femmes ne sont remarquables qu’à leur indice de conformité physique (et à leur utilité pulsionnelle, sexuelle ou autre).

Du coup, cette violence alimente la sensation d’assister non pas à la déchéance d’un individu mais d’un stéréotype vivant, véritable symbole d’une a-culture.

Contrairement à Comment j’ai liquidé le siècle, American psycho ne nous fait pas la leçon sur un monde pas joli-joli, mais observe plutôt le résultat des protocoles par lesquels nous menons nos existences, par le petit bout de la lorgnette, et nous laisse donc tout loisir d’en tirer de riches enseignements, sans pour autant abandonner la tension ludique propre au roman.

Il faut enfin relever que ce chef d’œuvre a beaucoup moins vieilli qu’on pourrait le penser. Les téléphones cellulaires sont énormes, internet n’est pas encore, et comme mentionné plus haut  personne ne se méfie encore suffisamment des yuppies. Cependant, les manières de faire, l’arrogance d’une culture « globale », qui pense pouvoir se permettre d’exister sans un seul véritable jalon moral, de sa seule superficialité, sont toujours et chaque jour un peu plus d’actualité.

Enfin, j’aurais pu aussi faire référence au juteux racisme, qui lui aussi est toujours d’actualité, mais je crois que vous avez saisi où je veux en venir.

Enfin, sachez qu’une adaptation cinématographique (assez médiocre ma foi) a été réalisée en 2007. Elle est intéressante mais ne remplace en aucun cas la lecture de cette gemme, cette pépite de littérature.

Vous ne me devez rien. Absolument rien. Mais s’il vous plaît, lisez American psycho.

ELLIS, Bret Easton. American psycho. Paris, 10-18, 2008. 526 p.

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Mangez-moi !

Filed under: Roman — Roane @ 12:31
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D… comme Desbiolles, Desarzens,  Desplechin, Desarthe ou comme Dames écrivaines respectables que je n’osais déranger dans leurs rayonnages. Pour les laisser entre elles, nous avons même enlevé les derniers Guy Des Cars… Je les ai donc toujours considérées avec des a priori négatifs, sans réellement savoir pourquoi, jusqu’au jour où une amie  me conseille la lecture de Mangez-moi d’Agnès Desarthe. Si le conseil n’était pas venu de quelqu’un aux goûts littéraires sûrs, j’aurais certainement haussé les épaules sous l’effet de mon « syndrome DES ». J’ai donc commencé ledit roman et je dois reconnaître qu’il est parfois bien agréable d’aller gratter ses idées préconçues !

« Mon restaurant sera petit et pas cher. Je n’aime pas les chichis. Il s’appellera Chez moi, car j’y dormirai aussi : je n’ai pas assez d’argent pour payer le bail et un loyer ». C’est ainsi que Myriam nous présente son rêve de femme mûre qui, six ans auparavant, à fait voler sa famille en éclat.
Le lecteur est convié aux balbutiements de l’ouverture du restaurant. On participe à l’élaboration du menu, à la décoration des lieux. On fait connaissance avec le quartier, les voisins,  les premiers clients et Ben, un jeune garçon qui va s’imposer comme serveur et tant pis s’il n’y a pas assez d’argent pour sa paye.

Entre ces épisodes, Myriam digresse et parle de son passé, de cette vie de famille qu’elle subissait. Un acte en appelait un autre et telle une bobine de fil, son existence se déroulait de plus en plus vite sans qu’elle ne se sente vraiment concernée. Même son enfant, Hugo, que son mari et la société jugent normal, naturel, d’aimer, elle ne l’accepte pas. Quand elle prend comme  jeune amant un ami de son fils, elle provoque l’explosion : son mari et Hugo ne veulent plus entendre parler d’elle.

Au bout de son errance, il y aura un cirque. Quand son directeur lui demande ce qu’elle sait faire, « rien » lui traverse d’emblée l’esprit. Honteuse, culpabilisée d’être mauvaise mère et épouse, elle ne se considère pas avec bienveillance. Pourtant, à la question « Tu sais faire à manger ? », elle répondra un oui enthousiaste. Elle est engagée et une fenêtre s’ouvre sur son avenir. Lentement le rêve de posséder son propre restaurant s’impose. Faux diplômes, copies de contrats, il est indispensable de berner les banquiers car il n’est plus temps de le perdre.

C’est donc quelques jours avant l’inauguration de Chez moi que nous entrons dans le roman pour un voyage très doux et sensible en compagnie de cette femme qui ose pour la première fois s’affirmer et dire JE. L’écriture est belle et  les nombreuses métaphores n’enlèvent rien à la fluidité du récit, au contraire, elles favorisent la réflexion sur le sens de sa vie. Pour Myriam, faire à manger pour les autres c’est un peu se révéler intimement . Goûter à sa cuisine, c’est aussi goûter à son âme.

Bon appétit !

DESARTHE, Agnès. Mangez-moi. Paris, Olivier, 2006. 306 p.
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Comment j’ai liquidé le siècle 24 août 2011

Affh.

S’il y a une chose que je n’aime pas dans les romans, c’est la fausse science-fiction. Je me hérisse tout dru lorsque je tombe sur un texte qui me sert ma propre réalité, puis qui commence à essayer de me faire croire qu’il suffirait d’UN TOUT PETIT RIEN pour que tout d’un coup TOUT CHANGE!

J’ai toasté (comme disent les rastafaris et les Britanniques) ce roman sur la suggestion d’une collègue, qui croyait bien faire pour continuer mon exploration des Bilderbergers.

Disons qu’en guignant du côté de la biographie de l’auteur, j’aurais dû me douter de quelque chose… Diplômée d’études politiques, de HEC, championne de planche à neige et  créatrice d’une entreprise de publicité dans la fastueuse ville de la Nouvelle York, Flore Vasseur a le genre de parcours de vie qui suscite en moi la plus grande méfiance dans le pire des cas, et la plus grande indifférence dans le meilleur.

Mais Comment j’ai liquidé… parle de la fin du monde, des Bilderbergers, et on y torture du yuppie.

Donc, le héros, Pierre, est un super-yuppie, tellement calé en math qu’il a bâclé son enfance, et s’évertue à vider de toute substance sa vie d’adulte passée à vendre son âme au grand capital. Las, il accepte une invitation à un sommet Bilderberger, puis une invitation à une entrevue avec le grand chef des Bilderbergers : Mme Krudson.

Et là : premier couac… Madame ? On voudrait nous faire croire que l’incarnation de  la domination économico-capitalo-patriarcale serait prête à se laisser guider par une femme bisexuelle, non seulement comme figure de proue mais bien comme éminence grise ?

Je veux bien que l’on nage en pleine science-fiction, mais cela ressemble à un abus de crédulité.

Bref, MADAME Krudson fait de Pierre sa petite chose, et lui donne un rôle capital dans un plan machiavélique, mais très ennuyeux. Tellement ennuyeux que pour étoffer le temps pris à notre héros pour se décider à faire son boulot, nous avons droit à toutes sortes de retours sur son passé, ou de rencontre avec des personnages secondaires…

Deuxième (gros) couac : ces derniers sont en carton-pâte pas bien épais ; de la fille anorexique traumatisée par la vacuité de son père, à la prostituée au grand cœur charmée par l’humanité cachée de grand timide qu’elle perçoit, en passant par les collègues de travail qui font clairement état de leur rôles de stéréotype clownesque (ma préférence allant évidemment au rital velu, en étant un moi-même), j’ai eu le sentiment que ces personnages étaient aussi efficaces à me faire croire à leur transparence qu’aux inconsistances du héros.

Je ne veux pas être trop méchant, ce roman a un bon fonds, le monde de la finance est en apparence bien rendu, mais là encore je reste interdit par le fait que Flore Vasseur, alors qu’elle démontre une grande facilité à citer des célébrités par leur petit nom, se sente obligée de dissimuler le nom de Daniel Estulin, alors qu’il est clairement reconnaissable et plutôt connu. J’aurais dit que c’est pour le protéger, mais le rôle de pitre paranoïaque qu’elle fait porter à ce personnage m’en fait fortement douter.

Enfin, je vais finir ce massacre en ne parlant que brièvement de la conclusion du roman, qui est très brève, tout à fait lacunaire et à nouveau bien peu crédible. Mais bon, je vous en laisse juge.

Cependant, j’aimerais partager quelques réflexions au sujet de Comment j’ai liquidé… :

Tout au long de ce roman j’en étais réduit à me dire que je ne pouvais attendre d’en finir pour pouvoir passer à une lecture bien plus intéressante. Or, coïncidence, il s’avère que la quatrième de couverture porte une citation tirée de Le Point qui compare justement Vasseur à l’auteur du  livre que j’avais tant besoin de lire pour me purger de cette expérience : Bret Easton Ellis.

Ce qui pour moi veut tout dire. Je suis rarement aussi catégorique, mais le fonds de ma pensée est le suivant : Comment j’ai liquidé… est un American psycho pour lecteur du Nouvel Observateur, du Figaro et de Elle, pour les yuppies qui ne s’assument pas et qui essaient de se rassurer dans la projection d’une vague et très peu crédible figure maternelle (et évidemment sacrificielle) à même de sauver leurs billes sans trop de dégâts ou de remise en cause fondamentale, en leur tendant la clé qui fera sauter un système d’existence dangereux en lui-même et pas uniquement parce que tous ces rigolos y croient dur comme fer.

Mais je m’égare. Ce livre est trop court, pas très bien écrit, et somme toute assez faible.

Tenez, pour vous le faire comprendre, mon prochain billet couvrira American psycho, car il en est grand temps.

VASSEUR, Flore. Comment j’ai liquidé le siècle. [S.l.], Equateurs, 2010. 315 p.

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Long week-end 22 août 2011

Filed under: Divers,Roman — Dominique @ 9:23
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Henry, 16 ans, forme avec sa mère une paire sacrément originale. Ca fait un moment qu’ils vivent seuls tous les deux et, si Henry peut s’échapper à l’occasion forcée de la visite hebdomadaire à son père et à sa famille recomposée, Adele, elle, sort le moins possible de chez elle. Ils ont en commun une grande solitude, une absence pathologique d’amis et beaucoup de conversations à bâtons rompus car Adele parle à son fils adolescent, pour la plus grande gêne de celui-ci, des choses de la vie et du reste sans filtre. Mais alors qu’Henry est tourmenté par ses hormones, Adele, qui n’a plu eu de petit ami depuis des lustres, semble avoir mis une croix définitive sur les hommes.

Et puis un jour d’été caniculaire, il faut bien sortir pour faire les achats de la rentrée, acheter de la nourriture (surgelés et boîtes de conserve principalement), si possible pour plusieurs mois, ou une année entière, c’est encore mieux. Et donc se rendre au centre commercial le plus proche. C’est là qu’Henry sera abordé par Frank, un repris de justice évadé, qui convainc Adele de le recueillir chez eux. Il a beaucoup de chance, ou alors il a senti qu’Adele est ce type de femme à s’embarquer dans ce que n’importe qui d’autre appellerait des embrouilles… Il se sent vite comme à la maison, se met à cuisiner, entraîne le sous-doué Henry au base-ball et se met à aimer Adele. Bruyamment. Ce qui fait qu’Henry, qui avait enfin trouvé un ami, se demande si sa vie d’avant n’était pas mieux que ça, finalement. Surtout lorsqu’on évoque devant lui une possible fuite au Canada… entre adultes. Enfin, c’est ce qu’il en comprend. Il essaie d’imaginer ce que serait sa vie chez son père avec sa nouvelle femme, le fils de celle-ci, et le bébé. Ca ne lui plaît pas trop.

Et puis, il rencontre une fille, embourbée dans ses problèmes d’anorexie, à qui il lâche le morceau. Elle lui conseille de dénoncer Frank pour toucher la récompense. Alors que les préparatifs pour le Canada se concrétisent – il fera partie du voyage, finalement – Henry hésite toujours sur la décision à prendre. Une décision qui peut modifier le cours de plusieurs destins.

Ce huis clos n’est suffocant que par la chaleur poisseuse qui semble sourdre d’un soleil de plomb omniprésent. Autrement, il y règne, malgré les circonstances, une insouciance de colonie de vacances. Les personnages sont très attachants, meurtris par la vie chacun à sa manière. Un bon moment d’évasion, ceci dit sans jeu de mots…

MAYNARD, Joyce. Long week-end. Paris, 10-18, 2011 (10/18 ; 4411. Domaine étranger). 251 p.

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Laisse-moi entrer 13 août 2011

Filed under: Divers,Polar,Roman — davide @ 8:00
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Sans être une diva assoiffée de gloire et de reconnaissance, je suis tout de même sensible à l’avis d’autres rédacteurs de blogues, et lorsque la Sentinelle Livresque a fait un billet sur ce livre, j’ai quand même trouvé l’appel de la lecture difficile à résister.

D’une part parce que l’adaptation cinématographique de ce livre m’est absolument bouleversante (mais ça c’est un problème pour eux) d’autre part parce que je n’avais encore jamais lu d’auteur scandinave à part Tove Jansson (ceux qui connaissent son œuvre savent de quoi je parle si j’avance qu’on ne peut la considérer simplement comme « auteur scandinave »).

Ah oui c’est aussi mon premier effort de lecture bit-lit (si j’exclus le billet sur Fascination), ou presque car je doute que les jeunes (et moins jeunes) filles trouvent leur compte dans Laisse-moi entrer

Laissez-moi vous expliquez :

On y trouve du vampire, certes, et il est profondément intégré à l’époque contemporaine, mais Lindqvist n’a en aucun cas essayé d’en faire un succédané mielleux à la figure symbolique de nos plus noires tendances adolescentes.

Les vampires de Lindqvist font peur. Vraiment peur.

Les humains ne sont pas en reste, d’ailleurs. D’abord, ils ne sont pas beaux à voir. Les enfants sont de petits déviants en puissance, s’ils ne sont pas des ados attardés par l’acné et l’abus de colle. Les parents dysfonctionnels ne sont pas juste séparés à l’amiable (mais qui aiment toujours leurs enfants) ; ils sont des lâches, torves, alcooliques (nous y reviendrons), nécessiteux et aveuglés par leur propre mesquinerie (pas de partie de baseball supersonique en vue, donc).

Les héros sont des profs de sport proto-franquistes poètes du patin à glace

M. Ávila, Fernando Cristóbal de Reyes y Ávila, aimait faire du patin à glace. Ça oui

des pochards sociopathes épargnés du vagabondage par le seul système social scandinave :

-Mais tu as bien un peu d’argent.

-Nous somme en Suède, ici. Sors une chaise et place-la au milieu du chemin. Assieds-toi sur la chaise et attends. Si tu sais attendre suffisamment longtemps, quelqu’un viendra et te donnera de l’argent. On prendra soin de toi d’une manière ou d’une autre.

ou encore des caissières suicidaires (elles aussi alcooliques).

Ce n’est pas tellement que Laisse-moi entrer est noir (il l’est, et pas mal), ce qui le distingue des autres romans à bête à crocs c’est qu’il est très, très gris.

Le ciel est bas et gris. Le temps glacial. Les chats victimes de consanguinité. Je n’en dis pas plus car ça serait tout gâcher.

Peut-être souffre- t- il un tout petit peu de sa traduction, mais sans savoir lire le suédois, je ne me prononcerais pas, sauf pour relever une certaine platitude de la langue, ce qui est particulièrement pénible lors des scènes les plus sanguinolentes.

Mais trivialités que voilà! Ce livre est excellent, et ne peut être qu’amélioré par le visionnage subséquent de l’adaptation de Tomas Alfredson (Låt den rätte komma in, ou Morse en français, mais par pitié évitez le remake américain).

LINDQVIST, John Ajvide. Laisse-moi entrer. Paris, SW-Télémaque, 2010. 547 p.

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