L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Le roman de Bergen 3 août 2011

Filed under: Roman — Roane @ 8:00
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Nous bibliothécaires avons la chance de voir défiler des dizaines de livres. D’abord, au moment où nous les choisissons pour les acquérir (ou non) et puis quand les lecteurs les cherchent, les empruntent, les rendent, parfois les commentent.
Ainsi, Le roman de Bergen me faisait de l’oeil depuis quelques années. Je le laissais passer malgré les avis très positifs de ceux qui avaient eu le courage de s’attaquer à ces six volumes. Pas envie, plus tard, me disais-je… Et puis j’oubliais pour à nouveau hésiter au passage suivant. Cette saga n’a pas eu beaucoup de critiques des médias mais a bénéficié du bouche-à-oreille, ce qui me l’a rendue encore plus sympathique. Ces jours, elle paraît en poche, preuve de son succès en librairie.

Avant mes vacances, la voilà donc qui, tel le furet, repassa par là avec son lot d’éloges. Cette fois, j’ai craqué et m’y suis plongée le soir-même pour la goûter afin d’éviter de charger mes bagages de kilos inutiles au cas où elle n’aurait pas été à mon goût.
Ah oui, j’oubliais un autre frein à sa lecture (outre le pavé) : des pages roses à la place des blanches traditionnelles. L’éditeur nous notifie que « la teinte du papier sur lequel cet ouvrage est imprimé est le résultat d’une recherche soucieuse d’un plus grand confort de lecture« . Je ne sais pas si c’est vrai mais en tous les cas, je m’y suis vite habituée. J’imagine que nous étions nombreux à avoir un a priori sur la couleur puisque les nouveautés des éditions Gaïa ont viré au blanc. Ou alors, est-ce une question écologique comme je l’ai lu sur un site ? Peut-être un peu des deux car il n’est pas rare aujourd’hui que l’économie flirte avec l’écologie.

Gunnar Staalesen, qui est né à Bergen, a décidé de brosser un portrait de sa ville de 1900 à 1999, sous forme de fiction. A travers le regard d’une multitude de personnages, on suit l’évolution de la ville, son Histoire, leurs histoires.
Tout commence par le décès du consul Frimann. Il s’avère que c’est un meurtre et nous faisons alors connaissance avec l’inspecteur Christian Moland chargé de l’affaire. Ce fait divers sera le fil conducteur des six tomes. L’inspecteur va donc enquêter et découvrir qu’au bal masqué du 31 décembre 1899 où le consul a été vu pour la dernière fois, il n’était pas accompagné de sa femme, mais de sa maîtresse, une prostituée bien connue des messieurs de Bergen. L’inspecteur, dès le premier interrogatoire, va lui aussi succomber à ses charmes et le lecteur deviendra alors spectateur de sa double vie.
Une jeune fille de la campagne norvégienne, Trine, venait d’être engagée pour travailler aux cuisines de la bonne famille Frimann. L’auteur nous donne alors une idée bien précise de la condition de nombreuses « employées de maison » de l’époque qui, comme Trine, étaient violées par leur patron (le fameux consul dans notre cas) et chassées ensuite par l’épouse humiliée. Souvent enceintes, elles repartaient dans leur famille où elles se consumaient dans la honte et la misère avec leur bâtard comme fardeau. Dans notre histoire, Trine s’en sortira un peu mieux. On va la retrouver à préparer les repas sur le chantier du chemin de fer entre Bergen et la capitale, Kristiania (ancien nom d’Oslo) où les jeunes hommes venaient proposer leurs services, souvent au péril de leur vie, les accidents n’étant pas rares. Elle rencontre Torleif Nesbo qui l’aimera avec passion et adoptera son enfant.

Je pourrais ainsi continuer à tirer les fils entre les personnes de cette saga mais ça n’en finirait plus et je risquerais de vous embrouiller plutôt que de vous donner envie de lire. J’ajoute simplement qu’on ne se perd jamais dans ces histoires qui s’enlacent d’une génération à l’autre, au fil des hasards de rencontre, grâce au talent du narrateur. Les arbres généalogiques des familles principales au début du cinquième volume nous aident si on a des doutes sur certaines filiations. Le seul bémol de ce roman, c’est parfois le style.  Est-ce dû à la traduction ? A la longueur du texte qui peut léser la créativité ? Les descriptions physiques sont répétitives : beaucoup de gens sont « chenus », ont des visages « oblongs », des cheveux « tirés en arrière ».

Parallèlement à ces histoires de vie, la ville, elle aussi se modifie après les quelques incendies gigantesques. Celui de 1916 qui clôture le premier tome est impressionnant et des quartiers entiers vont être détruits. Il y aura aussi des explosions de bateaux et surtout la deuxième guerre mondiale avec ses bombes qui la mutileront. Cette époque est très bien décrite avec ses résistants, ses collabos, ses « neutres » et ses nazis omniprésents. Staalesen montrera la diversité humaine dans cette période très trouble de la Norvège. Le théâtre de Bergen jouera également son rôle en tant que haut lieu culturel où il était bien vu d’y être vu. La grève de 1926 dans les tramways sera également très bien décrite et on comprendra la révolte des anciens, souvent militants communistes, qui se battront pour des meilleures conditions de travail en opposition violente avec les jeunes qui accepteront de travailler à n’importe quel prix. Les épidémies, les maladies puis les violences domestiques, urbaines, rien ne sera laissé de côté. Pour finir, dans les années 80, le développement des plates-formes pétrolières en Mer du Nord va prendre énormément d’importance dans le destin de beaucoup de familles qui verront leurs hommes partir longtemps et parfois ne jamais revenir, la sécurité n’étant pas toujours la préoccupation première des employeurs.

A la fin du dernier tome, Cecilie, la fille du consul assassiné en 1900, fête ses cent ans. Elle demande à la petite-fille de Christian Moland (l’enquêteur de l’époque) de trouver enfin le coupable. L’auteur fait un clin d’oeil à son oeuvre en introduisant un l’enquêteur Varg Veum portant le même nom que celui qu’on retrouve dans ses romans policiers. Il apportera la réponse à cette longue enquête.

Un roman dont on ressort ébloui, comme après un très beau voyage. Et qui sait si peut-être, après l’horrible carnage de cet été 2011 en Norvège, ce Roman de Bergen ne vous aiderait pas à mieux connaître ce pays ?

STAALESEN, Gunnar. 1900 l’aube. Larbey, Gaïa, 2007 (vol. 1 et 2 du Roman de Bergen)
Disponibilité
STAALESEN, Gunnar. 1950 le zénith. Larbey, Gaïa, 2007 (vol. 3 et 4 du Roman de Bergen)
Disponibilité
STAALESEN, Gunnar. 1999 le crépuscule. Larbey, Gaïa, 2007 (vol. 5 et 6 du Roman de Bergen)
Disponibilité

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