L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Mangez-moi ! 26 août 2011

Filed under: Roman — Roane @ 12:31
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D… comme Desbiolles, Desarzens,  Desplechin, Desarthe ou comme Dames écrivaines respectables que je n’osais déranger dans leurs rayonnages. Pour les laisser entre elles, nous avons même enlevé les derniers Guy Des Cars… Je les ai donc toujours considérées avec des a priori négatifs, sans réellement savoir pourquoi, jusqu’au jour où une amie  me conseille la lecture de Mangez-moi d’Agnès Desarthe. Si le conseil n’était pas venu de quelqu’un aux goûts littéraires sûrs, j’aurais certainement haussé les épaules sous l’effet de mon « syndrome DES ». J’ai donc commencé ledit roman et je dois reconnaître qu’il est parfois bien agréable d’aller gratter ses idées préconçues !

« Mon restaurant sera petit et pas cher. Je n’aime pas les chichis. Il s’appellera Chez moi, car j’y dormirai aussi : je n’ai pas assez d’argent pour payer le bail et un loyer ». C’est ainsi que Myriam nous présente son rêve de femme mûre qui, six ans auparavant, à fait voler sa famille en éclat.
Le lecteur est convié aux balbutiements de l’ouverture du restaurant. On participe à l’élaboration du menu, à la décoration des lieux. On fait connaissance avec le quartier, les voisins,  les premiers clients et Ben, un jeune garçon qui va s’imposer comme serveur et tant pis s’il n’y a pas assez d’argent pour sa paye.

Entre ces épisodes, Myriam digresse et parle de son passé, de cette vie de famille qu’elle subissait. Un acte en appelait un autre et telle une bobine de fil, son existence se déroulait de plus en plus vite sans qu’elle ne se sente vraiment concernée. Même son enfant, Hugo, que son mari et la société jugent normal, naturel, d’aimer, elle ne l’accepte pas. Quand elle prend comme  jeune amant un ami de son fils, elle provoque l’explosion : son mari et Hugo ne veulent plus entendre parler d’elle.

Au bout de son errance, il y aura un cirque. Quand son directeur lui demande ce qu’elle sait faire, « rien » lui traverse d’emblée l’esprit. Honteuse, culpabilisée d’être mauvaise mère et épouse, elle ne se considère pas avec bienveillance. Pourtant, à la question « Tu sais faire à manger ? », elle répondra un oui enthousiaste. Elle est engagée et une fenêtre s’ouvre sur son avenir. Lentement le rêve de posséder son propre restaurant s’impose. Faux diplômes, copies de contrats, il est indispensable de berner les banquiers car il n’est plus temps de le perdre.

C’est donc quelques jours avant l’inauguration de Chez moi que nous entrons dans le roman pour un voyage très doux et sensible en compagnie de cette femme qui ose pour la première fois s’affirmer et dire JE. L’écriture est belle et  les nombreuses métaphores n’enlèvent rien à la fluidité du récit, au contraire, elles favorisent la réflexion sur le sens de sa vie. Pour Myriam, faire à manger pour les autres c’est un peu se révéler intimement . Goûter à sa cuisine, c’est aussi goûter à son âme.

Bon appétit !

DESARTHE, Agnès. Mangez-moi. Paris, Olivier, 2006. 306 p.
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