L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

L’armée furieuse 29 août 2011

Filed under: Polar,Roman — Roane @ 8:00
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Depuis que j’ai fait la connaissance du commissaire Adamsberg, c’est devenu un ami (à comprendre dans le sens quelque peu dénaturé de facebook) : il est celui dont j’attends le retour avec impatience, que j’accueille volontiers à la maison, qui se faufile dans ma valise entre la nuisette et le bikini et qui m’a pris huit bonnes heures de mon (précieux) temps. Cet Adamsberg, il m’émeut par son côté brouillon, sa balourdise, j’ai plaisir à me projeter dans son univers, à bafouiller avec lui. Le quitter est toujours un peu difficile car son absence durera bien deux, trois ans, et qui peut dire s’il ne va pas d’un coup disparaître, comme le commissaire Wallander de Mankell.

Adamsberg et son équipe, aussi déglinguée que son patron, ont été imaginés par Fred Vargas. Pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas Fred Vargas (par expérience, je sais qu’il en reste), il est nécessaire de préciser que Fred est une femme, le diminutif de Frédérique. Ayant posé ce premier élément identitaire,  j’ajoute qu’elle est française, ce qui n’est pas anodin pour nous francophones puisque nous n’avons pas affaire à des traductions, celles des polars ou thrillers souffrant souvent d’un déficit de style. Sans être proustiens, ses polars sont agréables à lire. Si les dialogues sont nombreux (trop, pour certains critiques), je les trouve souvent très drôles, très enlevés ; ils donnent un rythme à l’intrigue. Ils sont aussi la voix des personnages et permettent de mieux les appréhender et ainsi d’éviter de longues descriptions peu adaptées au genre.

L’armée furieuse vient donc de sortir,  il s’agit du 8ème opus des aventures de Jean-Baptiste Adamsberg (série commencée par L’homme aux cercles bleus). Au fil des ouvrages on suit l’évolution de la carrière d’Adamsberg, les changements dans sa vie personnelle. Si vous n’avez pas lu les précédents, ce n’est pas compliqué de s’y retrouver, l’auteure balise, vous pouvez donc commencer par ce livre-ci.

Adamsberg reçoit la visite d’une dame venue de Normandie : lui seul peut l’aider, dit-elle, sa réputation ayant dépassé les frontières du 13ème arrondissement où son commissariat est situé. Comme dans tous les livres de Fred Vargas, le point de départ paraît farfelu, peu intéressant, seul Adamsberg sent la faille qui lui donne envie de s’en mêler et nous de le suivre. Sa visiteuse raconte une histoire « d’Armée furieuse », des morts-vivants cavalant dans la nuit devant un témoin médusé (ici, la fille de la visiteuse).

Les chevaux et leurs cavaliers sont décharnés et il leur manque des bras et des jambes. C’est une armée morte à moitié putréfiée, hurlante et féroce, qui ne trouve pas le ciel.

Chevauchant avec des mort, des personnes encore vivantes, connues du témoin, sont alors condamnées à mourir dans les semaines qui suivent l’apparition. La fille a reconnu trois hommes du coin (l’un d’eux d’ailleurs vient de mourir d’un soi-disant suicide) et une quatrième personne qu’elle n’a pas bien distinguée. Le commandant de police Danglard, au savoir aussi intense que son addiction au bon vin, connaît cette vieille légende du Moyen-Âge et ses explications avec tout le mystère qui l’entoure, pousse le commissaire à partir dans le Calavados. L’occasion de dénouer les vieilles rancunes entre les familles, trouver qui a intérêt à profiter de la crédulité de certains pour attiser le feu et faire accuser des innocents, tels sera le challenges de notre brigade de police.

Parallèlement à cette enquête, Adamsberg est aussi chargé de résoudre d’autres énigmes à Paris. Il semblerait qu’une vieille ait été étouffée par des miettes de pain… Il y a aussi un pigeon maltraité auquel on a attaché les pattes, un acte sauvage qui l’aurait conduit à agoniser lentement. Adamsberg déteste qu’on s’en prenne aux plus faibles ! C’est au nom de ce principe qu’il a dans le colimateur deux garçons de bonne famille, protégés par le pouvoir, qui font porter le meurtre de leur père à un jeune  marginal connu de son service de police.

L’intérêt des livres de Vargas ne réside pas seulement dans les faits et leur dénouement  mais dans les relations entre les personnages. Chacun a son caractère, ses bizarreries, ses faiblesses et, dans ce roman,  il sera particulièrement question des rapports tendus entre Danglard et le lieutenant Veyrenc, chacun en demande de reconnaissance de son chef ; c’est à celui qui aura le plus d’idées, se montrera le plus érudit (avantage Danglard), le plus subtil (avantage Veyrenc), jusqu’à commettre de dangereuses erreurs.

Il n’est pas inutile de relever que Fred Vargas est aussi archéologue et aime creuser. D’un banal papier de sucre, d’une étrange texture de fil, de curieuses miettes dans une cuisine trop bien tenue, d’un détail, elle dénoue l’enquête avec une vraie rigueur scientifique. Chez Vargas, le loufoque côtoie le sérieux et c’est bien là que réside le charme de ses polars.

VARGAS, Fred. L’armée furieuse. Paris, Hamy, 2011

Disponibilité

 

One Response to “L’armée furieuse”

  1. dasola Says:

    Bonjour, je dois dire que c’est le premier Vargas que je lisais et j’ai beaucoup apprécié, tant l’histoire que le style. Je compte bien en lire d’autres. Bonne journée.


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