L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Mainstream 31 août 2011

A cette heure où tout le monde, son chat et son voisin ont le droit et les moyens d’être créateurs de contenus sur la vaste toile de l’interweb, je sens peser de tout son poids le doute que j’ai quant à mes qualifications pour vous présenter – et tenter de vous influencer au sujet de, cela va sans dire – Mainstream de Frédéric Martel.

Car le type est une pointure ; dans le désordre, écrivain (de livres adaptés en films), journaliste, docteur en sociologie, attaché culturel aux USA (2001-2005), enseignant, animateur…

C’est probablement grâce au bagage hérité d’une telle variété d’activités professionnelles à tendance culturelle que Martel est à l’aise pour écrire Mainstream, car les sujets couverts par ce titre sont nombreux, compliqués, et difficiles à présenter.

Martel part donc d’un constat. Non, de deux constats : le premier est que ses sources bibliographiques peuvent très bien vivre ailleurs que dans le livre, c’est donc mon premier documentaire sans bibliographie, car celle-ci se trouve sur un site web qui lui est dédiée, avec en boni des outils, des documents et diverses statistiques, ce qui est plutôt aimable.

Deuxième constat : la culture de masse est américaine. Martel expliquera bien vite que cette affirmation ne relève en rien d’une notion nationale, mais plutôt d’une stratégie géopolitique et économique, selon le modèle : chercher l’argent.

En utilisant des exemples cohérents des pays qui s’offrent une culture de masse exportable et rentable, dans les domaines du cinéma, de la télévision et de la musique (la littérature est curieusement absente de l’exercice, ce qui pourrait indiquer que les gens qui lisent « encore » sont profondément alternatifs voire même PUNKS !), Martel arrive à tisser une trame bien solide, mais surtout digeste, d’arguments non seulement parlants, mais qui en plus se répondent. Ainsi, si son argumentaire ne suit pas une ligne géographique rigide, il passe néanmoins par les jalons culturels les plus représentatifs, que ce soit le cinéma hollywoodien et ses modèles de succès planétaire (de par son nivelage par le bas), ses échecs chinois, son intérêt pour le marché émergent du cinéma indien qui, lui-même, a des vues sur les populations indiennes migrantes. Cinéma indien qui fait d’ailleurs concurrence aux chaînes télévisées « arabes », qui ont des visées panarabes voire pan-musulmanes, malgré les apparentes contradictions à voir des ressortissants de pays plutôt peu ouverts à la culture occidentale financer des émissions tournées dans des pays plus « occidentalisés » pour être ensuite diffusés ou vendus de manière vaguement illégale dans des pays aux normes fluctuantes.

Ce que le livre de Martel illustre parfaitement est la grande part d’arbitraire et d’illogisme dans tout ce qui touche aux « affaires culturelles », mais aussi le gigantesque nivellement par le bas dès que la norme de ces mêmes cultures devient « globale ».

MARTEL, Frédéric. Mainstream : enquête sur cette culture qui plaît à tout le monde. Paris, Flammarion, 2010. 460 p.

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