L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Les décisions absurdes 27 septembre 2011

Bon.

Et bien, puisque j’ai passé tout mon été à essayer de trouver de la fiction qui me prenne vraiment, sans aucun succès, vous allez devoir subir ce petit bijou de documentaire, que je me permettrai d’introduire par sa première phrase:

L’objectif de cet ouvrage est de décrire, analyser et comprendre des décisions étranges: celles où leurs auteurs agissent avec constance et de façon intensive contre le but qu’il se sont fixé.

Je vous imagine sourire, un de ces petits sourires narquois, un seul coin des lèvres très LÉGÈREMENT relevé, les yeux un peu dans le vague dès le moment ou votre mémoire vous fait une séance gratuite des meilleurs moments de cette veine d’occasions si particulières que sont celles des situations d’échecs absurdes, qui (si j’en crois mon expérience personnelle) sont de plus en plus habituelles pour le commun des mortels du monde occidental.

Christian Morel, cadre dirigeant dans une grande entreprise industrielle – mais ce n’est pas une raison de lui en vouloir – utilise donc 14 cas, allant de l’explosion de la navette américaine Challenger en 1986 à l’achat d’une montre analogique dont seuls les numéros (et pas les aiguilles) sont phosphorescents pour illustrer les mécanismes cognitifs (humains) qui mènent à des décisions absurdes.

Pour préciser, est absurde une décision qui ne fait pas sens même dans son contexte ; ainsi, la magie n’est pas absurde pour qui y croit, un peu comme le cocktail vin rouge/coca.

Et bien ce livre est vraiment très sympathique : d’une part il flatte les tendances voyeuristes catastrophisantes de tout un chacun avec son ressassement de bourdes, boulettes et bêtises bêlantes. Et il y en a pour tous les goûts, toutes les couleurs, avec schémas s’il vous plaît. Il faut tout de même relever l’intérêt de la troisième partie, qui traite en particulier des décisions absurdes d’un point de vue collectif, et quels meilleurs exemples que les décisions absurdes prises dans les milieux professionnels pour illustrer cela, et c’est là que le salarié ordinaire se sentira probablement le plus à l’aise…

D’autre part, si la part de l’analyse cognitive est assez importante, elle est fort bien vulgarisée et illustrée, et que l’on soit d’accord ou pas avec les conclusions de l’auteur, son argumentaire est solide. C’est peut-être là le seul reproche que je pourrais trouver à ce livre (et il y a peut-être un petit lien avec la situation de l’auteur) ; il s’agit bien entendu de cette impression fort désagréable qu’à force de déconstruire les mécanismes tant individuels que collectifs, ou organisationnels qu’instinctifs, l’auteur oublie consciencieusement mais pas forcément à dessein les facteurs qui (de l’avis du monstre de cynisme que mon séjour sur cette sympathique planète à fait de moi) sont, si pas les plus importants dans les décisions absurdes, du moins fort bien représentés, j’ai nommé l’incompétence crasse, la mauvaise foi boursouflée d’hypocrisie, la mesquinerie fainéante, et la pure méchanceté. Ah, revoilà ce petit sourire…

Mais sinon, ça va.

MOREL, Christian. Les décisions absurdes : sociologie des erreurs radicales et persistantes. Paris, Gallimard, 2002. 309 p.

Disponibilité

Publicités
 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s