L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Nous étions les Mulvaney 6 octobre 2011

Filed under: Divers — Dominique @ 8:00

Que celui qui n’a jamais entendu parler de Joyce Carol Oates lève la main ! Cette dame américaine de 73 ans a écrit plus de 70 livres ! Ces dernières années j’ai l’impression qu’un nouveau roman sorti de sa plume était édité chaque six mois. Un peu comme James Patterson, Danielle Steel ou Mary Higgins Clark. Sauf que Madame Oates, deux fois finaliste sur la liste du Prix Nobel de littérature, est exigeante en matière de littérature, et ne lésine pas sur la longueur de ses romans (on en connaît dont les écrits ont les interlignes et les marges qui s’élargissent, sans parler de la taille du caractère qui gonfle afin d’atteindre péniblement les 100 et quelques pages, justification minimale du prix de 17, 50 euros. Mais c’est un autre débat).

Elle a la réputation d’une auteure pas forcément facile et, justement, la longueur de certains de ses romans peut effrayer. J’ai d’ailleurs il y a quelques années, lu quelques livres de sa production, parmi les plus courts, évitant soigneusement son Blonde (un millier de pages, quand même), probablement son oeuvre la plus célèbre, qui romance la vie de Marilyn Monroe.

Nous étions les Mulvaney traite des sujets favoris de J.C. Oates : comment un grain de sable vient enrayer une mécanique bien huilée et mène à la catastrophe. Le titre est d’ailleurs tout à fait évocateur, « nous étions » suggérant que ce qui était n’est plus.

Donc, les Mulvaney. Le père, Michael, parti de rien, a monté avec succès une entreprise de toiture, mais malgré son succès, relent d’une enfance difficile sans doute, il est sans cesse en quête de reconnaissance sociale. Son épouse Corinne est une femme originale et d’un optimisme indéfectible qui tient sa petite famille unie en sifflant et riant sans cesse. Le fils aîné, Michael Jr. est un champion de football, Patrick un élève brillant passionné par la science, Marianne une des filles les plus populaires de son lycée. C’est le petit dernier, Judd, qui est le narrateur de l’histoire de sa famille. Une famille heureuse, unie, pleine d’amour. Jusqu’au soir de la Saint-Valentin 1976…

Ce soir-là, un événement va survenir, bouleversant le destin de toute la famille. Ce n’est pas tant l’événement, certes traumatisant en soi, qui est à l’origine du déclin des Mulvaney, que la réaction de ses membres face à lui. Notamment celle du père, avide de vengeance, qui va finir par se ridiculiser, voir ses amis se détourner de lui et s’enfoncer lentement mais inexorablement dans l’alcoolisme.

Je préfère ne pas vous en dévoiler davantage, même si le secret ne sera pas gardé bien longtemps après l’ouverture du livre.

En tout cas, j’ai admiré la maestria avec laquelle J.C. Oates orchestre son histoire, la psychologie des personnages, le déclin – dès le moment où un parti a été pris au détriment d’un autre – inéluctable de cette famille, pourtant dûment estampillée « famille Ricoré » (si l’on se souvient de cette publicité). Comment chacun, à sa manière va y laisser des plumes, tout d’abord par l’éclatement du noyau familial, de cette union aimante et sublime. Même si l’optimisme faussement enjoué de Corinne, oiseau qui siffle dans la tempête en tâchant de rassembler ses petits, finit par ne plus tromper personne.

Bref, ce livre est une grande claque à se prendre en pleine face. Merci Madame Oates. On tend l’autre joue.

Disponibilité

OATES, Joyce Carol. Nous étions les Mulvaney. Paris, Stock, 1998 (Nouveau cabinet cosmopolite). 605 p.

 

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