L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

La société des amis de Clémence Picot 29 novembre 2011

Filed under: Roman — davide @ 11:44
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Philippe Adam est un auteur français.

Complètement basé sur le livre Clémence Picot, La société des amis de Clémence Picot en est le complément quasi-parfait. A peine sorti du maëlstrom de mélasse psychotique qu’est la lecture du livre de base, on se retrouve face à des personnage qui, dans leur bêtise, semblent incarner soit

a) le lecteur moyen de Clémence Picot, tout à son impossibilité d’admettre qu’il a lu un livre qui le dépasse très certainement 
b) le genre d’antisocial en devenir pour qui Clémence est un modèle.

Or on imagine que les aventures de a) ou b) seront nécessairement cocasses voire pénibles à lire, et c’est parfaitement le cas.

Quelques membres de ladite société se mettent en tête d’inscrire Clémence à un club de célibataires pour lui faire rencontrer l’âme sœur, et l’on suit ces péripéties à travers les notes du secrétaire (et membre de la catégorie a), avec une petite chance de finir dans la b) ), mais pas avant d’avoir tenté de retrouver Clémence (car personne dans la société ne sait… ehhh, vous voyez où je veux en venir) et d’avoir essayé personnellement le club de rencontres…

Bref, ce livre est court, ce qui est une bonne chose, et a quelque chose à dire sur le roman Clémence Picot et ses lecteurs (dont je fais partie – youpie).

Du coup, si vous vous avez lu Clémence, enchaînez sur la Société.

ADAM, Philippe. La société des amis de Clémence Picot. Paris, Verticales, 2003 (Minimales). 104 p.

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Du domaine des murmures 15 novembre 2011

Filed under: Roman — chantal @ 12:45
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Pour les fans de Carole Martinez, enfin pour ceux qui ont adoré Le cœur cousu, son premier et précédent roman, on peut se réjouir d’avoir une nouvelle perle à dévorer. Elle nous emmène à nouveau dans des contrées lointaines mais cette fois on se retrouve au moyen-âge dans une ambiance religieuse ou guerrière.  Il y a ceux qui habitent le château et ses alentours, puis ceux des domaines avoisinants, et le monde extérieur, loin, où seuls les hommes peuvent s’aventurer pour guerroyer ou répandre la foi chrétienne. Un monde masculin dans lequel les femmes ont peu de marge de manœuvre, elles sont là pour enfanter ou prier.

 Plus dans le vif du sujet, que dire sans tout dévoiler… L’héroïne du roman, une jeune pucelle de quinze ans, Esclarmonde, va commettre un acte violent dans l’Eglise face à Lothaire, son fiancé, contre la volonté du père, le châtelain, un acte inattendu qui fait suite à une décision bien mûrie, devenir recluse, un acte choquant qui va transformer sa vie et aussi celle du château. Afin de pouvoir rester libre elle va se faire emmurer à côté de la chapelle. Sa voix s’impose pour la première fois.

Dès ce moment, tout bascule et elle vit enfermée derrière les barreaux d’une fenestrelle, elle est jugée, magnifiée ou méprisée, mais surtout idolâtrée, elle passe pour sainte.  La voix d’Esclarmonde et ses visions créent un univers mystique et surprenant. Elle jette en quelque sorte les dés, le royaume est apaisé, la paix règne mais il y aura un point de rupture. La violence engendre la violence et le sang reflue…

Les personnages sont puissants et forts, blessés, desespérés, on partage leur tristesse et leurs combats respectifs, chacun est pris dans une douleur personnelle et est amené à aller jusqu’au bout de son choix.

Carole Martinez  inscrit encore une fois la notion de liberté et de combativité des femmes dans son roman.  On y retrouve aussi les croyances et  les superstitions des personnages, son style  d’écriture magique qui nous emporte dans cette époque mystique et parfois sombre. C’est une conteuse et son monde est merveilleux, son écriture détaillée et précise. Tout en finesse, à lire absolument !

Elle vient de recevoir le prix Goncourt des lycéens 2011.

MARTINEZ, Carole. Du domaine des murmures, Paris, Gallimard, 2011. 200 p

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Antoine Chainas Le noir et le cru 8 novembre 2011

Filed under: Polar — Françoise A. @ 8:00
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Attirée par le titre et le label de la prestigieuse Série noire, je me suis plongée dans la lecture de ce roman avec enthousiasme. Et puis comment dire ? J’ai d’abord été saisie  par les pages très crues décrivant avec moult détails l’amour entre le capitaine Javier et son beau lieutenant de police. Puis je n’ai pas vraiment compris le lien entre cette histoire d’amour- où Chainas est très convaincant- et la mystérieuse femme qui serait responsable du suicide d’hommes brutalement tombés malades. Ils auraient été empoisonnés par irradiation. Tous ces messieurs bien rangés ont radicalement changé du jour au lendemain après avoir rencontré une artiste insaisissable qui expose des photos d’organes humains.

L’une des victimes est un dénommé DRH. L’auteur ne l’explique pas, mais chacun pourra traduire par Directeur des ressources humaines. Ce DRH est un cadre chargé de faire du chiffre, donc de supprimer des emplois pour le profit de sa société. C’est un être petit, coupé de sa famille, tributaire de l’orgasme hebdomadaire et  du micro-ondes. Pour communiquer avec les siens, il utilise le post-it et c’est tout. Si on lit les chapitres séparément, tout est passionnant et captivant, digne des meilleurs « hard-boiled ». On y retrouve le policier fatigué, la drogue, la femme fatale et, même, ô nouveauté par rapport aux années 40, l’homme fatal.  L’ennui, c’est que l’intrigue se dilue dans la description des personnages en quête de mort. J’aurais apprécié un soupçon d’explications sur la mystérieuse femme, et du coup, je suis restée sur ma faim. 

Heureusement pour moi, je n’ai pas voulu en rester là car le style de l’auteur me trottait dans la tête. Bien m’en a pris, car j’ai dévoré Versus. Il s’agit encore d’un duo de flics et l’histoire se passe aussi dans une ville du midi de la France, peut-être Nice ? Chainas ne le précise pas. Nazutti est un guerrier misanthrope raciste qui déteste les homos, les touristes, et surtout lui-même. Dans une vie antérieure, il a été marié et père d’une fille. Son lieutenant Andreotti est un pur. Il y a des années, il a voulu mener à bien une enquête sur le meurtre d’un SDF. Les assassins avaient trop d’appuis politiques et le petit flic intègre s’est fait jeter. Sa femme ne l’a pas quitté, mais cette réintégration dans la police aux côtés de Nazutti est en quelque sorte sa dernière chance. Les deux sont aux prises avec une enquête bizarre où des pédophiles se retrouvent assassinés à côté de leurs victimes.

  • Il y avait un temps
  • Où nous étions seuls
  •  Démunis
  •  Effrayés
  •  Et honteux
  • Réjouissez-vous
  •  Et redressez-vous
  •  Ce temps-là est révolu 

L’assassinat des pédophiles n’est pas pour déplaire à Nazutti, Andreotti le voit bien. Ce qu’il sait moins, c’est que Nazutti se flagelle régulièrement la mémoire en se répétant les noms des petites victimes dont les assassins courent toujours. Il entraîne pourtant Andreotti dans une drôle de maison où se passent de curieuses représentations sexuelles : déviances en tous genres garanties ! Est-ce vraiment pour les besoins de l’enquête, pour lui montrer la fange de la ville, pour lui révéler son passé trouble? Manoeuvres en tous genres, guerre des flics? Chainas décrit à merveille l’administration de la police qu’il a l’air de fort bien connaître. Quoiqu’il en soit, Andreotti se rend vite compte qu’il est manipulé, toute la question est de savoir par qui? J’ignore si Chainas est fan de Frédéric Dard et du Yasmina Khadra des débuts, mais son Nazutti m’a fait penser à un San Antonio très noir couplé avec le révolté commissaire Llob.  Si vous voulez retrouver Antoine Chainas après lecture, voyez son blog ainsi que sa passionnante interview virtuelle sur Bibliosurf .

CHAINAS, Antoine Une histoire d’amour radioactive. Paris, Gallimard, 2010 (Série noire). 275 p.

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CHAINAS, Antoine.Versus. Paris, Gallimard, 2010 (Folio policier; 547). 645 p.

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