L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Black Mamba boy 5 janvier 2012

Il est un peu difficile de rentrer dans ce livre. Le style est peu aisé, le vocabulaire parfois obscur. L’auteure emploie des termes sans doute évidents pour elle mais pas pour un lecteur européen : « ferengis » pour étrangers, « asharis » pour autochtones. Un lexique n’aurait certes pas été de trop. Malgré tout, le personnage de ce Black mamba boy m’a fascinée. L’auteure, une Somalie vivant en Angleterre, raconte  l’histoire de son père.

Jama est né en Afrique de l’est dans les années quarante, dans un pays en guerre en proie aux convoitises de toutes les grandes puissances. C’est  une histoire tragique et pourtant pleine de force et de beauté, celle d’un enfant que sa mère jugeait protégé et béni.  Lorsqu’ Ambaro, la mère de Jama, était enceinte, un serpent mamba s’est approché de son ventre et l’a épargnée. Depuis, pour elle, son enfant est promis à un fabuleux destin.  L’enfant s’appelle Jama, c’est le père de l’auteure. Il grandit auprès de sa mère, domestique au Yémen, « accueillie » ou, plutôt, exploitée par sa famille somalie. Ambaro a accès à une chambre minuscule, elle peut tout juste pénétrer dans la cuisine, elle doit cacher son enfant et gagne sa vie en triant le café. Malgré sa misère, Ambaro est convaincue que son fils est sous la protection des étoiles, et cette idée ne la quitte jamais. Jama vit une existence mouvementée et pourtant paisible dans les rues d’Aden en compagnie de ses copains: chapardage quotidien, amitié intense avec Shidane. A la mort de sa mère, tout bascule, il se retrouve sans chaleur ni affection. Il part à la recherche de son père, rêveur impénitent parti  gagner sa vie on ne sait où, Erythrée, Soudan peut-être? Jama connait toutes les errances. La faim est sa compagne quotidienne. Il accepte tous les boulots: transporteur de charognes, éclaireur de soldats italiens. Il arrive même à monter son petit business d’épicier. Il devient ensuite marin au service de l’Angleterre, avant de retourner vers sa femme copte. Il ne veut pas faire subir à son enfant ce que lui a subi : l’absence d’un père.
J’ignorais à peu près tout de la colonisation italienne en Afrique de l’est. A l’exception du premier employeur de Jama, un soldat juif italien emporté par la guerre, le comportement de ces soldats est absolument terrifiant : bêtise crasse, racisme de bas étage; tout est abject et hélas bien décrit. Pour un vol de nourriture, Shidane est mis à mort de façon si ignoble que je ne me risquerais pas à décrire la scène. La rencontre de Jama – devenu marin anglais – avec les réfugiés juifs en route pour la Palestine, est aussi un moment très fort de Black mamba boy. J’ai dévoré ce roman et n’arrive pas très bien à comprendre les critiques mitigées ou négatives que j’ai pu lire sur ce livre. L’actualité de la Somalie, au-delà des pirates dont parlent les journaux, est certes toujours très difficile; l’intérêt d’un roman « vrai » est de nous donner une vision humaine et chaleureuse sur ces pays d’Afrique de l’est dont on oublie facilement l’histoire et le présent, pour n’en parler, hélas, qu’épisodiquement, lors de prises d’otages de touristes, ou lors de famines brusquement insupportables à nos yeux.

MOHAMED, Nadifa. Black mamba boy. Paris, Phébus, 2011 (Littérature étrangère). 276 p.

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